Dans la peau d’Albert Camus

Jamais un comédien n’aura autant vénéré l’œuvre et la vie de l’écrivain Albert Camus. Avec une tournée dans toute la France, l’ancien sociétaire de la Comédie Française Francis Huster se met à chaque fois dans «  la peau » d’Albert Camus, cette semaine, il était à la Médiathèque d’Antibes ( 1) dans le cadre de la manifestation Médiathèques en Fête.

Marie Héléne Cazelet Directrice des Médiatèques Francis Huster
Marie Héléne Cazelet
Directrice des Médiatèques
Francis Huster

Costume bleu foncé, plusieurs distinctions sur le revers de la veste qui lui ont été décernées au cours de sa longue carrière, le visage un peu fermé, il fait des allées et retours en parlant aux techniciens mais, sitôt sur l’estrade, son visage s’éclaire, il est déjà dans la peau de Camus, de cette Peste qu’il a joué plus de 1000 fois à travers le monde. Si le fil conducteur est bien sur l’écrivain, Huster connaît tellement la vie de l’écrivain qu’il nous entraîne dans un long voyage, sa vie avec une maman analphabète, l’atmosphère avant et après les guerres, sa vie en Algérie, ses positionnements d’homme et de journaliste mais il y a aussi chez lui, l’idée de bien nous faire comprendre l’histoire de France de cette moitié du 20éme siècle où la guerre d’Algérie occupait les politiciens et les philosophe de tous poils. Le comédien connaît sur le bout des doigts les noms et les comportements de ceux qui vivaient autour d’Albert Camus mais, il y a de l’émotion quand il parle de l’intégrité de l’écrivain en insistant sur le fait qu’il ne l’a jamais transgressée, sauf…j’y reviendrai plus tard ! Écouter Francis Huster, c’est un grand moment, la passion pour lui n’a pas de limites.

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JP L : Quand vous étiez sur scène pour jouer la peste, on avait l’impression que vous aviez deux cerveaux, il y en a un pour jouer ce texte et l’autre pour analyser toujours, toujours la pensée de Camus , quand est-il ?

Francis Huster : Oui, mais c’est la vérité, c’est un travail qui était très dur parce qu’il fallait distancier les deux, parce que, si tu t’embarques uniquement à le jouer, tu fais en accordéon, alors qu’il faut rester horizontal, du début à la fin comme un pianiste, c’est très difficile parce qu’il n’y a rien de plus difficile que Racine et Camus, parce que c’est la simplicité même.

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JP L : En parlant de Camus comme vous le faites avec une telle passion quand vous montez La Peste, il y a un côté vie sociale, politique, internationale…vous ne seriez pas un peu évangéliste pour ceux qui ne font rien, qui doute de tout, qui n’écoute pas ?

Francis Huster : Mais oui, je pense que vous avez raison dans le sens, pour moi le théâtre est une religion, j’ai sacrifié le cinéma et la télévision plus de &à ans, je voulais justement que deux ou trois grands textes soient entendus. Il y a eu 1million de spectateurs pour la Peste et je l’ai fait dans le monde entier. Là je recommence avec Stéphane Zweig, je reviendrai au cinéma l’année prochaine uniquement pour mes filles .

JP L : Pensez vous que Camus aurait eu la même intégrité aujourd’hui ?

F Huster : Je suis persuadé qu’il serait encore plus intègre qu’il ne l’a été, c’est à dire que plus de 40% de son intégrité a été érodé par sa vie privée qui était loin d’être intègre…elle, je pense qu’aujourd’hui, il n’aurait pas le temps d’avoir une telle vie, il serait submergé par ses responsabilités mais, en tout cas, que ce soit Camus, que ce soit Sartre ou Aron, on les entendrait aujourd’hui !

JP L : Est ce que le théâtre est toujours un moyen de faire passer des idées extravagantes, subversives, avant-gardiste ?

F Huster : Le théâtre est fait pour passer des idées que les gens n’osent pas tenir eux mêmes dans leur vie, ils écoutent et ils se disent, tiens, on pense comme moi et, quand ce on, c’est Camus, Zweig ou Corneille ou Shakespeare, les gens qui entendent çà se disent, je ne suis peut être pas le roi des imbéciles ! Avec Huster, il faut vite percuter, il y a des phrases qui résonnent. C’est faux de dire que Camus n’était pas gaulliste …Ce n’est pas un écrivain, c’est un auteur …C’est un « philosofeux », pas un philosophe …Il pose des questions, il n’a pas de réponse, c’est pour çà que les jeunes du monde entier le lisent …Il y a un devoir, une mission, pas avec les mecs d’en haut mais les autres, un côté abbé Pierre …Il reste à hauteur d’hommes …Celui qui a la vision, c’est voir sans voir.

JP L : Il faudrait plusieurs pages afin d’énoncer les phrases fortes de l’acteur, un acteur qui réfute l’image des français qui lisent peu.

Francis Huster : je crois que c’est une fausse idée de penser que les gens ne lisent pas assez, quand on va à la FNAC, on est sidéré du nombre de livres à lire, c’est un peu comme un ballon de football de la pensée, un livre, il faut qu’il soit là, qu’il existe vraiment et je comprends très bien qu’on avance par l’image avec Internet et le reste mais le livre gardera toujours sa qualité de toucher.

JP L : Vous êtes souvent dans des médiathèques pour lire à voix haute, y-a-t-il une différence quand vous êtes sur une scène de théâtre ?

F Huster : C’est tout à fait différent, aujourd’hui je pense que 90% de ces rencontres ne sont pas en lecture parce que j’ai préféré que le rapport soit immédiat, plutôt que de m’éloigner un moment mais, c’est tout à fait différent quand tu interprètes un texte. Le texte est devant toi, c’est à dire que, bien sûr, on reçoit les sentiments d’acteur mais on reçoit la structure du texte et il faut bien comprendre que de la même façon que, quand tu regardes un match de foot, si tu es assis dans ton salon, tu es dans le match, c’est toi qui tape le ballon, c’est toi qui tire vers le penalty, c’est toi qui hurle donc. Il faut bien comprendre que le spectateur dans une salle de théâtre joue en même temps que toi, c’est à dire qu’il bouge en même temps que toi, il prend l’actrice dans ses bras en même temps que toi, il pleure en même temps que toi et, c’est pour çà que le spectateur dans une salle de théâtre comme l’intransigeant fan de football voit tout alors que toi, tu ne vois pas ce que tu fais alors qu’une lecture, c’est tout à fait différent. Le spectateur qui assiste à une lecture ne lit pas en même temps que toi, il écoute, donc ça veut dire qu’il reçoit ce que toi, tu lui donnes, par la lecture du texte mais, c’est lui qui s’en imprègne et, c’est tout à fait dangereux car, quand on pense, par exemple aux discours donc aux textes d’Hitler, de Staline, de Mussolini, de Mao, de tout le monde, de tous les dictateurs du monde, on s’aperçoit que ce sont les textes du mal ou du bien comme ceux de De Gaulle, de Kennedy, de Churchill, on s’aperçoit que la force est d’autant plus incroyable que la lecture est une vraie lecture, c’est à dire que, au lieu de jouer le texte, ils ne pouvaient pas jouer, ce n’était pas des acteurs. Au lieu de jouer le texte, on le fait parvenir, c’est tout à fait différent…je pense que les jeunes sont moins influençables qu’on ne le croit. Ils ont des choix tout à fait particuliers que nous n’avions pas, là où nous avions 200 ou 300 livres, eux ils en ont 15 000, c’est tout un monde différent., ça ne veut pas dire qu’on lit moins, on lit beaucoup de choses différentes et, quand on se balade comme dans le métro parisien, on s’aperçoit que dans chaque wagon, il y a une dizaine une quinzaine de personnes qui lisent…le livre que j’ai écrit sur Camus, il est maintenant en livre de poche et puis, il y a ces médiathèques où on lit, on écoute de la musique, on reçoit des auteurs, c’est intéressant, par exemple, pour moi aussi c’est d’évoquer Camus à l’intérieur de cette médiathèque Albert Camus, il n’y a pas de rideaux rouges, il n’y a pas un décorum, il n’y a pas un côté respect conservatoire, comédie française, c’est important que ce lieu vive en fonction des générations qui vont le transformer au fur et à mesure.

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JP L : J’aimerais connaître vos goûts pour la musique ?

F Huster : Dans la musique en général, il y a d’un côté les poètes mais moi, ce que j’appelle poète, c’est Brel, Trenet, Aznavour, c’est Piaf, on oublie que Piaf a écrit ses chansons. Il y a aussi Ferré, Ferrat poètes du 20ème siècle. Pour moi, vraiment, je pense que dans deux siècles, on les étudiera, on les respectera autant que Verlaine, Ronsard et les autres. Pour moi, je ne vois pas de différences de qualité, donc il y a d’un côté la musique des poètes et puis de l’autre la musique évolue aussi par exemple Witney Houston, Mikael Jakson, Sinatra et Presley aussi et de l’autre côté, ce sont les grands compositeurs, pour moi, mes favoris c’est Rachmaninov, c’est Malher, c’est la moitié de Richard Strauss celle qui est musicale. J’adore la musique qui me fait croire à un autre univers. Je lisais aujourd’hui un article sur Mars et sur l’eau, ça me faisait penser aux planètes. Je n’aime pas la musique qui résonne comme la vie, je trouve que j’aime la musique de l’invisible. J’évoquais au début de cet article l’intégrité de Camus racontée par Huster, Sauf…Ce sauf, c’est qu’il y a un grain de sable dit Huster. Quand après avoir reçu son prix Nobel en 1957, nombreux sont ceux qui lui reprochent de ne pas avoir t dit tout haut ce qu’il pensait tout bas et, plus encore quand il est questionné par un étudiant algérien, il répond…En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger, ma mère peut se trouver dans un de ces tramways, si c’est cela la justice, je préfère ma mère… (pour certains historiens, ces propos n’ont jamais été dit).Très critiqué, raconte Huster, sa vie devient un chemin de croix, il est l’ombre de lui même et, de conclure de 1957 à 1960, Camus est déjà mort. Ces médiathèques en fête de la CASA se sont poursuivies avec d’autres lectures avec Marie France Barrault, Jean Jacques Beineix, l artiste Istvan et son travail extraordinaire sur des photographies numériques, suivrons la Fête de la Science, la semaine du Goût et bien d’autres évènements, à consulter sur le site des Médiathèques de la CASA : Biot, Valbonne, Sophia Antipolis, Semboules et Villeneuve Loubet. Jean Pierre LAMOUROUX   04 89 87 73 00

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