Cinéma / QUAND JE NE DORS PAS de Tommy Weber.

La nuit d’errance dans la Capitale d’un jeune chômeur sans perspectives d’avenir qui décide de s’en aller voir la Mer . Une quête intimiste et existentialiste  d’un personnage à fleur de peau , dont, l’espoir éclaire le visage pour tenter de cacher le désespoir qui se cache derrière sa peau. Petits moyens et équipe réduite , un premier long métrage en forme de ballade poétique , porté par un regard sensible qui respire – aussi – le désir d’un cinéma en liberté…

l'Affiche du Film
l’Affiche du Film

D’emblée, dès la première séquence du  film ( cliquez ici pour la bande annonce) à la gare Saint Lazare , Tommy Weber pose son personnage ,   ( inspiré  du  Holden  de  l’Attrape -coeurs  de J.D Salinger  )  dans une position isolée du monde extérieur ( la société ) avec qui le dialogue semble  devenu  impossible.  A l’image  de  ce plan fixe  sur  Antoine (Aurélien Gabrielli , épatant) , face au guichet et  au vendeur de  billets,
qui s’évertue à faire comprendre à son vis à vis agacé, son désir de partir et s’en aller voir la mer malgré quelques sous en poche insuffisants qui ne lui permettront pas de joindre la plage la plus proche sur  la  côte Normande. De toute manière il n’y a pas de train avant 7 heures du matin, lui dit-on …alors, en attendant, Antoine décide de trouver les quelques Euros qui lui sont nécessaires  et   demande à son « pote » dealer d’herbe , de lui  laisse  l’opportunité  de  …  devenir son   vendeur pour une nuit.  Antoine qui n’a pas eu de chance dans la peau de demandeur d’emploi et s’est laissé « glisser » imperceptiblement dans une dérive à laquelle, dans un sursaut , il va tenter de se soustraire en revêtant les habits d’un chevalier romantique des temps modernes dans cette virée nocturne , et chercher  à  s’offrir comme alternative cette échappée belle vers la mer en forme de ( possible?) sortie de secours. Notre parolier, poète et musicien, dans sa quête solitaire oppose, selon les circonstances, le masque du sourire et des larmes. Idéaliste dans l’âme, sa naïveté d’apparence , renvoie le miroir d’une société figée qui se barricade derrière ses certitudes.

Antoine ( Aurélien Gabrielli )
Antoine ( Aurélien Gabrielli )

Dès lors, Antoine va  chercher l’argent et la solution, en baladant son naturel et son spleen , au cœur de cette nuit et au fil des rencontres et ( ou ) des incrustes dans les soirées où il se glisse , et où , se déclinent les faux-semblants et autres impostures , en même temps que les dangers inhérents à celles-ci. La belle idée du film est d’inscrire dans l’unité de lieu et de temps ( soirée prétexte ) théâtrale cette quête, portée par une mise en scène où le magnifique noir et blanc de l’image ( signée par le cinéaste lui-même) inscrit le décalage d’Antoine avec la réalité , et  les nuances de la gravité en même temps que celles des envolées poétiques (l’apparition du cheval blanc ) et ( ou ) fantastiques , comme l’illustre la quête de la rencontre de l’âme sœur. S’ y ajoute la volonté des auteurs ( Le scénario est co-signé avec Mohamed Kerriche ) de se démarquer des clichés tout en s’inscrivant au cœur de ceux-ci , pour mieux s’en écarter, comme l’illustrent les différentes rencontres d’Antoine. Avec les deux figures féminines : Léa ( Elise Lhomeau ) et Hortense ( Hortense Gélinet ),  puis celles  avec  son frère  si différent  à  tous points de vues , et   avec son dealer d’herbe , Diego   (Mohamed  Kerriche )   , ou encore ,  celles des « bobos » de la soirée d’anniversaire où Antoine s’incruste et  du jeune Gay qui le drague , ou,  du clodo voleur de bicyclettes. Elles sont construites comme des moments au cœur desquels les tensions s’inscrivent en même temps que la diversité des attitudes et des points de vues, voire,  une certaine dérision ( avec Jacques Weber   ) en forme de clin-d’oeil complice.

Antoine (Aurélien Gabrielli ) et Diego ( Mohamed Kerriche )
Antoine (Aurélien Gabrielli ) et Diego ( Mohamed Kerriche )

Au cœur de celles-ci , Antoine y promène son spleen et son idéalisme, en même temps qu’il tente maladroitement de s’y faire accepter , et finit par y prendre des coups . La mise en scène et la caméra de Tommy Weber, y traque  la complexité de cette humanité des caractères et des individus , avec  cette liberté d’approche  qui  s’y inscrit et qui habite par  exemple ,  le superbe plan-séquence de près de Dix minutes de la soirée d’anniversaire . Il y a dans sa mise en scène cette quête de vérité et de la note juste, cette urgence à capter les petits riens ( la scène du marché au petit matin où le jeune homme de l’étal de fruits , offre une pomme à Antoine ) , et à laisser sourdre , cette dimension émotionnelle et humaine dans le cadre des plans et des séquences. Il y a dans la conception de ce film , né et conçu,  dans un cadre économique ( petits moyens , petite équipe ) le reflet de cette générosité et de cette urgence à dire les choses et exprimer un ressenti , avec cette même naïveté ( et parfois ses maladresses ) confondante qui caractérise son personnage.  C’est cette générosité qui emporte l’adhésion du spectateur , et , la ballade nocturne d’Antoine prend dès lors une belle dimension humaine qui trouve sa conclusion dans un final bouleversant où Antoine face caméra, se met à nu et nous confie ses joies et ses peines en un poème musical , nous livrant les deux facettes  : le masque de son sourire « qui cache les larmes derrière sa peau », et celui des larmes «  qui cachent son sourire derrière sa peau » . Dans le rôle d’Antoine le jeune Aurélien Gabrielli, nous offre une diversité de registre  de tonalités d’interprétations, étonnant . Il est à l’image du film qu’il porte sur ses épaules , à la fois attachant, déroutant et surprenant. On a aimé son personnage avec ses qualités et ses défauts et cette sorte de généreuse détermination lunaire qui l’anime. Comme on a aimé,  pour les même raisons,  cette écriture qui le suit dans son parcours, avec la même énergie audacieuse et vibrante .

Aurélien Gabrielli et Hortense Gélinet
Aurélien Gabrielli et Hortense Gélinet

Dans le Dossier de presse Tommy Weber nous explique les conditions dans lesquelles il a voulu travailler pour y parvenir « j’ai commencé à écrire avec l’envie de tourner dans la foulée , vite , sans contraintes . Je savais qu’en procédant ainsi le film serait très compliqué à diffuser , mais cela m’importait peu . Ce qui m’intéressait c’était de travailler avec des gens que j’aime et me confronter à la fabrication d’un film dans un élan continu. Je vois trop de films subir des compromis nécessaires pour un financement . Des films souvent essoufflés . Je ne dis pas que mon film a du souffle, mais je l’ai réalisé porté par une merveilleuse liberté (…) cette liberté me correspond . Je me sens libre de me planter et libre de réussir (..) cette liberté me nourrit et j’aime penser qu’elle transparaît dans le film » , explique-t-il.
Et c’est ce qui nous a touchés en tant que spectateur , cette volonté en forme de prise de risque du cinéaste , parce qu’elle se fait révélatrice d’une véritable « communion » créatrice qui fait sourdre ce souffle de vérité et de liberté recherché qui apporte à son film cette belle authenticité , trop souvent absente des produits formatés qui nous sont  proposés. A noter  que  dans des  conditions  encore  plus marginales , Tommy Weber  avait réalisé  en 2009  Callao,   un  joli  éssai qui a été  diffusé  uniquement , sur  internet.

(Etienne Ballérini )

QUAND JE NE DORS PAS de Tommy Weber -2015-
Avec : Aurélien Gabrielli, Hortense Gélinet , Elise Lhomeau, Mohamed Kerriche , Stanley et Jacques Weber …

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