Cinéma / VERS L’AUTRE RIVE de Kiyoshi Kurosawa

Le cinéaste Japonais de Tokyo Sonata (2008 ) et de Shokuzai (2012 ) Poursuit l’exploration de l’un de ses thèmes favoris, le monde des fantômes et des revenants qui hantent le quotidiens des vivants qui les ont aimés . Sélectionné à la Section un Certain Regard au Festival de Cannes 2015, le film a été récompensé par le Prix de la Mise en scène. Une superbe évocation portée par une traitement tout en nuances et en poésie, de l’un des thèmes les plus liés à la culture Japonaise…

l'Affiche du Film
l’Affiche du Film

La scène d’introduction présente le personnage féminin principal donnant des leçons de piano à une jeune fille , dont la mère lui fera le reproche d’être peu efficace comme si elle était préoccupée et quelque peu en dehors du monde réel . De fait, dans son appartement où elle vit en solitaire depuis la mort accidentelle de son mari , Yusuke ( Tadanobu Asano ) dont elle a gardé intact son bureau ainsi que les souvenirs qui ne cessent de lui rappeler sa présence… soudain , dans la pénombre du salon celui-ci apparaît et s’installe avec le naturel de ses gestes quotidiens , comme si le quotidien d’hier se perpétuait et pourrait ouvrir, même , un nouveau départ pour le couple . En effet , un jour Yusuke va convier sa compagne Mizuki (Eri Fukatsu ) à un voyage en forme de Pèlerinage, à la rencontre des lieux du japon et de gens ( de sa famille éloignée, des connaissances et amis …) qu’il a croisés dans sa vie et qui lui ont rendu service , pour les lui faire connaître. Au long des rencontres et des retrouvailles, Mizuki découvre des épisodes du passé de son mari et de gens avec qui il a travaillé et vécu avant leur rencontre et dont il ne lui avait jamais parlé . La confession et les rencontres installent un climat inattendu lorsque Yusuke lui révèle que certains d’entr’eux sont- comme lui – des revenants et des fantômes ,qui , par leur présence viennent rassurer le quotidien de leurs proches . La surprise passée et le naturel de ces « vies » qui font perdurer leur présence et continuent comme si de rien n’était, leur quotidien , tentant même pour certains de l’adapter à l’évolution de la vie moderne. Comme l’illustre la belle séquence du vieux vendeur de brochures dont l’ ordinateur d’un autre âge a rendu l’âme et qui fera un cérémonie d’adieu en son hommage, avant d’accepter d’en acheter un nouveau !. Tandis que Yusake, lui , revient raviver par exemple le petit village de sa présence en reprenant les leçons collectives de science , d’astronomie et sur la création du monde dont il avait été jadis un animateur très apprécié. Mizuki , qui finit par se prendre au jeu , finira elle aussi par confier à son mari , les secrets qu’elle avait gardés pour elle, jusque là .

Eti Fukasatu( Mizuki) et Tadanobu Asano ( Yusuke )
Eti Fukasatu( Mizuki) et Tadanobu Asano ( Yusuke )

Les morts qui vivent encore parmi nous est un des thèmes de l’oeuvre du cinéaste , mais aussi plus largement de la littérature et du cinéma Nippon traité par les cinéastes les plus célèbres         (  Kenji Mizoguschi ou Shohéï imamura… ) auxquels son film fait écho , en hommage. Et le long voyage dans les paysages magnifiques et vers les rives où son corps a été dit-il «  mangé par les crabes au fond de la mer » sans qu’il en ait souffert , est à la fois emblématique d’une marche vers la mort en forme de tentative de se « raccorder » avec la vie . Car à l’évidence Yusuke a besoin de « revenir » pour régler quelques problèmes, de couple et autres , que la vie ne lui a pas laissé le temps de le faire . Il va s’agir en effet de trouver cet « accord » nécessaire qui permette au couple de pouvoir faire de l’harmonie passagère du chemin de la vie , le parcours , main dans la main , vers la mort. Les longs travellings et séquences au cœur de paysages magnifiques ou des petites villes de la campagne reflètent ces instants de « partage » merveilleux qu’ils voudraient faire durer toute la vie !. Mizuki sait qu’il va falloir finir par se quitter , que Yusuke va devoir retourner vers l’autre Rive …mais, au cours de ces retrouvailles et de cette « visite » inattendue , ils ont appris que l’important c’est de savoir goûter la vie, avant de s’en aller vers cette autre rive qui les ( nous… ) attend. C’est le sens de l’apaisement que les revenants peuvent apporter à ceux qu’ils ont laissés … confrontés au deuil et à la perte . Leur marche vers la mort est , en ce sens , un superbe hymne à la vie qui nous est proposé par Kiyoshi Kurosawa.

Mizuki et Yusuke devant la Cascade qui ouvre un passag evers l'au delà ...
Le petit garçon et Mizuki ,  devant la Cascade qui ouvre un passage vers l’au delà …

Tout au long du récit et du voyage de notre couple , c’est en effet , la vie qui se manifeste et qui domine par cette quête de soi et de l’autre, mais aussi du réel , de cette frontière qui sépare les mondes de l’ici et de l’au – delà , pour tenter d’en saisir les contours visibles et invisibles , comme les sensations . Celles dont il s’agit de prendre le temps pour les goûter . Comme lors du voyage en douce , où ,Yasuke évite les transports modernes à grande vitesse ) pour les apprécier , comme celles de la nourriture et des saveurs ( Mochis au sésame noir , tofu , Raviolis …) , ou celles , aussi , du rêve ou de la magie   ( l’enfant qui découvre un passage vers l’au-delà sous une cascade ) , ou de la tendresse et de l’amour qu’illustre la magnifique scène du baiser entre Yasuke et le revenant . Le baiser du mort à la vivante qui vient sceller cette «  promenade avec l’amour et la mort » , à laquelle Kiyoshi Krosawa nous convie . Pour lui «  la personne qui revient , même si elle est morte, s’inscrit dans la prolongement de la vie » . beau moment de communion et d’émotion …
Servi par une mise en scène toute en nuances et en approches par de subtils mouvements de caméra ( travellings avant ou latéraux …) d’une grande beauté formelle , amplifiés par le format cinémascope, et l’utilisation tout aussi efficace de la profondeur de champ et (ou) des gros plans , le film, qui joue sur le naturalisme de l’acceptation de la rencontre fantastique en forme de conte , comme une forme de double thérapie pour la vivante et le disparu, est prenant de bout en bout par la manière dont il finit par rendre acceptable ce « dialogue » de deux univers, comme une quête nécessaire pour faire le deuil ,et en même temps, réactiver la présence des disparus .
Ne le manquez pas …
(Etienne Ballérini)

VERS L’AUTRE RIVE de Kiyoshi Kurosawa -2015-
Avec : Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Masao Konotsu, Yu Aoi, Akira Emota …

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