Cinéma / RICKI AND THE FLASH de Jonathan Demme.

La dépression de sa fille divorcée et suicidaire, provoque le retour de la Rockeuse, Ricki dans sa famille qu’elle a quittée il y à vingt ans pour faire carrière musicale … choc de générations, règlements de comptes, et mélodrame avec en fond sonore une bande musicale revigorante…un superbe « mélo » qui donne la pêche, à l’image d’une Meryl Streep Géniale et survoltée . Un pur divertissement, servi par la maîtrise du réalisateur du Silence des Agneaux, Philadelphia et de Rachel Getting Married…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Jonathan Demme est un cinéaste passionnant et très éclectique qui s’est penché sur tous les genres avec un regard acéré, et , toujours avec talent : documentaires ( The Agronomist/2003 ), Polar ( Meurtres en cascades/ 1979, Veuve mais pas trop / 1988 ), vie quotidienne et mélodrame ( Mon Cousin Bobby /1992 , La Vérité sur Charlie / 2002) , Musique ( Les Talking Head dans Stop Making Sense / 1984) ) et de nombreux thèmes de société ( misère sociale , libertés , Sida , violence …) chers à ce défenseur des droits de l’homme très engagé dans les lutes démocratiques. Avec son nouveau film présenté au dernier Festival de Locarno, on le retrouve en terre et en registre connu, avec les thématiques qui lui sont chères, pour nous proposer un pur joyau de divertissement au cœur duquel il se permet toutes les audaces, à l’image de l’improbable et incroyable dénouement final, la scène du mariage « végétalien » , à tomber par terre !. Et c’est cette audace là, dans laquelle il nous entraîne, qui nous a plu, et qui fait le prix du film,  où il semble avoir voulu réunir tous les ingrédients de cet « entertainment » cher au cinéma populaire Américain, d’hier ( de Frank Capra …) et ses mélodrames ( de Minnelli ou de Douglas Sirk ) qui savaient si bien brasser, thèmes de société et émotions. On les retrouve , ici , réunis au cœur des séquences qui, du début jusqu’au final, se permettent toutes les audaces, et réussissent le miracle de nous retourner … à l’image de cette scène, mille fois vue, des retrouvailles familiales qui tournent au règlement de compte ,dont Jonathan Demme réussit superbement à détourner la banalité du déjà vu, avec une belle originalité…

Ricki ( Meryl Streep ) sur scène dans le pub aux côtes de son guitariste ( Rick Springfield)
Ricki ( Meryl Streep ) sur scène dans le pub aux côtes de son guitariste ( Rick Springfield)

Dès lors, le retour de cette mère indigne, Ricki Rendazzo ( Meryl Streep ), appelée au secours par son riche et Bourgeois ex-mari ( Kévin Kline) qui a refait sa vie, mais débordé par la tournure des événements que prend la dépression consécutive au divorce de sa fille , Julie ( Mammie Gummer , qui est à la vile la fille de Meryl Streep ). Retour qui va ouvrir le chemin de rédemption à cette mère qui a préféré faire un choix de carrière plutôt que celui de la famille . Elle l’a d’ailleurs payé cher puisque sa carrière de chanteuse de Rock n’est pas allée plus loin … que l’enregistrement d’un 33 tours , et que c’est dans un « pub » qu’elle se produit désormais avec son groupe ( Ricki and The Flash) tous les soirs, après avoir oeuvré la journée comme caissière dans un Supermarché. Depuis son départ, jamais pardonné, exclue de tous les événements familiaux dont le mariage de cette fille qui vient donc de se concrétiser par un divorce douloureux, à laquelle elle va devoir tenter de redonner goût à la vie. Les éléments du mélo sont donc d’entrée de jeu mis en place, et vont se multiplier au fil d’un récit qui ne manque aucune occasion d’aborder les complications, qui viennent s’inscrire dans l’évolution des rapports humains,  soulevés par la nouvelle donne de ces retrouvailles familiales tempétueuses. Reproches et rancoeurs tenaces d’un côté , culpabilité ressentie de l’autre. Tentatives de rapprochements… à fleurets -mouchetés, le récit multiple les affrontements qui vont remettre en question les comportements des uns et des autres . Les « duos » de retrouvailles et ce qu’ils génèrent entre ex-mari et femme , mère et enfants, ou , avec la « nouvelle compagne » de l’ ex -mari , et les répercussions qu’elles entraînent dans la vie privée des uns et des autres , jusque dans le groupe de la Rockeuse…

Mammie Gummer ( Joulie) , Meryl Streep et Kevin Cline ...retrouvailles familales
Mammie Gummer ( Julie) , Meryl Streep et Kevin Cline …retrouvailles familiales

Les situations et les dialogues écrits par Diablo Cody ( qui a signé ceux de Juno et de Young Adult de Jason Reitman ) , servent admirablement toutes les situations dont ils trouvent les bons mots pour sortir de l’ornière, celui ( ou celle ) qui s’y est enferré. Et surtout, servis par la mise en scène de Jonathan Demme ,qui joue admirablement avec les codes du mélodrame, en enfonçant encore un peu plus ses personnages dans leurs retranchements . Notations , admirables de justesse et d’humanité , toutes en retenues et non-dits qui finissent par laisser éclater les ressentis et les émotions , entre la mère et sa fille en détresse  ( belles scènes ); ou encore celles qui déclenchent après les répliques « assassines » de deux garçons envers leur mère , l’irrésistible élan vers cet amour maternel tant attendu. Puis , celles qui vont changer la donne avec son ex, ou inscrire une relation toute en défiance avec la nouvelle compagne ( Audra McDonald ) de ce dernier , très directive . Et Enfin , cette autre belle évolution des rapports avec le guitariste du groupe dont l’attirance mutuelle ressentie se jouera longtemps sur le terrain d’un conflit révélateur des blessures de leur passé personnel , dont ils ne savant pas comment se dépêtrer ! . Jonathan Demme réussit des scènes magnifique remplies d’humanité et de sensibilité dans la description des ressentis faisant la place à l’intimité de chacun et aux peurs et angoisses qui les paralysent . Un regard beau et sensible, sur les individus à fleur de peau, et qui donne des frissons !…

Mammy Gummer, Meryl Streep et Rick Springfield au mariage (scène finale ) de l'un des frères de Julie
Mammy Gummer, Meryl Streep et Rick Springfield au mariage (scène finale ) de l’un des frères de Julie

Et puis , il y a… pour porter et sublimer sa mise en scène , ce qui fait depuis ses débuts le prix de son cinéma, le travail sur la bande sonore dont , la musique omniprésente ici, offre par ses tonalités et ce qu’elles  déclenchent, cette vitalité et cette dynamique de vie communicative qui emporte tout, comme un ouragan . Sans oublier le choix des comédiens dont le casting impeccable apporte la cohérence nécessaire pour transcender le mélo, et dans ce registre , Meryl Streep est  absolument stupéfiante . Non seulement elle se fond dans le personnage et dans les tonalités , jusqu’à en retourner celles qui l’amènent sur le fil du rasoir, en leur offrant la dimension de la beauté et de la pureté qui s’y cache. Celle, que seuls les immenses comédiens savent aller chercher dans les profondeurs de l’âme humaine dont ils subliment, les élans et emportements. Et puis il y a cette énergie communicative qu’elle offre à son personnage pour le faire renaître par cette musique dont le corps et le cœur de son personnage sont habités. Professionnelle jusqu’au bout des doigts Meryl Streep a appris pendant six mois à jouer de la guitare … avec comme professeur Neil Young ( auquel Jonathan Demme a consacré deux superbes films: Neil Young Hearth of Gold / 2006 , et Journey Neil Young / 2011 ) , et c’est elle aussi qui chante sur scène , comme en famille ( la belle séquence où elle chante et joue à la guitare une de ses compositions, face à sa fille et son ex-mari ).
Cette musique omniprésente dont Jonathan Demme , irrigue souvent ses films , et dont ici , il laisse le goupe Ricki and the Flash, reprendre avec bonheur, les Standards du « Boss » Springsteen, de Tom Pretty , Neil Young … et même Lady Gaga !..
Faut-il ajouter que le cinéma de divertissement de cette qualité là , on en redemande ?…

(Etienne Ballérini)

RICKI AND THE FALSH de Jonathan Demme – 2015 –
Avec:Meryl Streep , Kevin Kline , Mammie Gummer, Rick Springfield …

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