Richard Manetti en pince aussi pour un autre jazz

Le jazz manouche fait partie du patrimoine culturel musical initié au siècle dernier par le guitariste Django Reinhardt et poursuivi par des grands musiciens français comme Romane Manetti et ses deux fils Pierre et Richard nourris au biberon de cette musique mais ce dernier a une oreille très développée sur une autre facette du jazz, on a pu le découvrir lors du festival Jazz à Domergue à Cannes.

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Richard Manetti ne renie surtout rien, s’il est désormais au devant de la scène du jazz c’est parce qu’il a été bercé toute sa jeunesse avec ce jazz manouche avec un papa Romane (1) qui a joué avec les plus grands musiciens et a écrit des manuels sur ce sujet et ouvert une école « La Romane Swing Académique ». On peut dire qu’il était presque normal que les fistons suivent la même route mais Richard a eu depuis quelques années les doigts qui s’agitaient en pinçant les cordes de sa guitare. On l’avait d’ailleurs un peu entendu lors d’un concert l’an dernier à Jazz à Juan quand ils avaient joué tous les trois et sur certains morceaux manouche, Richard avait rajouté quelques touches, façon de se défouler, c’est cette même année qu’il sort son deuxième CD Groove Story, bref, il est désormais un chef de file de ce jazz français riche en nouveaux talents, un pas qu’il a franchi non sans difficulté.

Richard Manetti :

Moi, c’est mon oreille qui s’est formée au fur et à mesure du temps, à un moment, j’ai eu envie d’aller voir ailleurs malgré la difficulté qu’on peut avoir là dedans…un, ce n’est pas la même musique et deux, moi qui ai l’habitude des concerts de jazz manouche, on m’a toujours appelé pour çà et quand, demain, quelqu’un m’appelle et je dis , bon je viens avec une « télécaster », ça ne vous dérange pas, là, il fait un peu la tronche…je travaille çà depuis des années, ça commence à rentrer un peu dans les mœurs que j’utilise d’autres guitares.

JP L :

Quand on vous voit dans ce concert, on sent que vous êtes très heureux de jouer, il n’y a pas de mélancolie, çà y va…ce qui est intéressant c’est de vous voir avec Baptiste Herbin (2)…vous lancez la balle comme dans le sport, c’est à celui qui va titiller l’autre ?

Richard :

Oui, oui, c’est une sorte de discours, parfois, c’est une engueulade, parfois c’est l’inverse, çà, c’est génial parce que c’est l’imprévu, grâce à l’un et à l’autre, on arrive à faire des choses.

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JP L :

Comment avez vous décidé de monter ce groupe et pourquoi avoir choisi ces musiciens ?

Richard :

En fait, j’ai rencontré Jean Marc Jafet à l’époque où j’avais fait le Django Memory Quartet grâce à David Reinhardt. En fait, j’ai adoré ce bassiste et, un jour, je lui ai dit, moi je commence à être très branché par une guitare électrique et, il m’a dit, si tu veux, on peut monter autre chose, je connais un batteur, il est super, il faut que je te le présente Yoan Serra, on m’a aussi présenté d’Oelnistz et ainsi de suite et là, je n’ai pas pu quitter les mecs du sud

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JP L :

Vous pourriez maintenant vous mettre dans une catégorie de jazz, quand vous avez joué avec Herbin, il y a un petit peu de Sanborn, de Redman ?

Richard :

Bien sûr, c’est un jazz que j’adore mais je n’ai pas fini, je ne sais pas du tout où je vais, en fait, je viens du jazz manouche et je suis allé sur la musique de Benson, de Wes Montgomery, là, ces derniers temps, j’ai travaillé Scofield, j’en suis à peu prêt là et j’ai encore d’autres idées, je ne sais pas en fait pour l’instant, je ne peux pas déterminer de style…j’aimerais bien tout essayer…je pense aussi à un musicien qui est mort et que j’aurais voulu voir et jouer avec, ça aurait été magique, c’était Paco Pastorius et actuellement en guitare j’adore John Scofield, j’adorerais aussi me retrouver avec Metheny. J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer des gens comme Marcus Miller ou Petrucciani à l’époque…je suis fan de tout…

Richard Manetti

JP L :

Vous avez des projets pour enregistrer et avec qui ?

Richard :

j’ai des idées, là, le projet que je viens de faire, c’est neuf, il est sorti au mois de novembre de l’année dernière…là, je réfléchis, il y a peut être quelque chose d’un petit peu plus actuel, je dirais un peu plus électro mais toujours dans le jazz mais avec des possibilités un peu plus larges. Je ne vais pas lâcher le jazz manouche qui est ma culture, le jazz classique que j’adore, je vais faire un mix de tout çà.

Ce concert à Cannes a permis de voir quelques pointures du jazz du sud de la France comme Jean Marc Jafet, Yoan Serra et Fred d’Oelnistz. Quand au saxophoniste Baptiste Herbin, il a complètement entraîné Richard dans des improvisations de grandes factures, se prêtant même à une blague quand Richard a commencé Nuages en rappel, un morceau que Baptiste n’avait jamais joué…Ce fût un régal.

Jean Pierre Lamouroux

(1)Son grand père Gavato jouait avec l’accordéoniste Gus Viser et, c’est son père Enrico guitariste aussi qui donna le nom de Romane après avoir sauvé de la mort un homme au cours de la guerre de 1940

(2)nommé aux Victoires du Jazz en 2013, à 25 ans, il est la nouvelle figure du jazz français et une pointure du saxophone alto. Il a enregistré deux CD, Brother Stoon et cette année Interférences.

CD Richard Manetti chez Label Bleu, en leader Why Note en 2012 et Groove Story en 2014 avec les mêmes musiciens présents à Cannes sauf Baptiste Herbin, sur le CD, c’est Stéphane Guillaume qui est au sax.

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