Cinéma / Disparition : Solveig ANSPACH , une Cinéaste rare…

La réalisatrice Franco-Islandaise est décédée emportée à l’âge de 54 ans par la maladie , un cancer, qu’elle avait évoqué dans un film bouleversant Haut Les Coeurs ! . Elle laisse une œuvre dont les sujets graves étaient empreints de poésie, d’humour et d’envolées libertaires . Des œuvres sensibles qui ont réussi a toucher le grand public par la franchise et la vitalité qui les traversait …

Solveig Anspach
Solveig Anspach

C’est en Islande dans les ïles Westmann , à Heimaey, qu’elle est née le 8 décembre 1960 d’un père qui avait embrassé la nationalité Américaine après avoir fui le Nazisme et s’être engagée dans l’armée Us , et d’une mère Islandaise . La rencontre Parisienne de ses parents , l’amènera dans la Capitale où elle va s’inscrire à la Fémis pour se destiner à la réalisation et y obtenir son diplôme qui lui ouvrira les portes du métier. C’est d’abord vers le documentaire qu’elle se tourne pour y faire ses armes , y obtenant la reconnaissance de la profession par la qualité de son travail mais , déjà aussi , par son originalité et son regard sur les problèmes de société ( sur la peine de mort avec Made in the  Usa / 2001, ou ,  sur un gang de mères de famille braqueuses braqueuses : Que personne ne bouge ! / 1998 ) , et  sur les tragédies comme celle de Sarajevo en guerre ( Bistrik Sarajevo/ 1995 ) , mais aussi sur son pays natal ( Les ïles Westmannayear / 1990 , Reykjavivk, des Elfes dans la ville / 2001) , et sur la région Parisienne où elle s’installe en Seine St Denis dans les années 1990 ( Sandrine à Paris / 1992 et Manon -Montreuil / 2006 ) , région à laquelle elle consacrera , aussi le très beau long métrage, Queen Of Montreuil en 2013 .

l'Affiche de  Haut Les Coeurs !
l’Affiche de Haut Les Coeurs !

Son travail documentaire reconnu par la profession ( Made in the Usa fera sensation à Cannes la Quinzaine des réalisateurs ) et qu’elle poursuivra , encore , en parallèle de celui qu’elle consacrera aux longs métrages , vers lesquels elle se tourne avec une énergie nouvelle et sans doute une nécessité vitale et combative, mue par sa confrontation à la maladie ( un cancer du sein ) qu’elle évoquera sous la forme de la Fiction dans Haut les Coeurs ! ( 1999) met en scène le personnage d’Emma ( Karin Viard ) une femme , enceinte , qui découvre qu’elle est atteinte d’un cancer et qui va se battre . Refusant les conseils des médecins qui lui proposent d’avorter, elle mettra au monde une petite fille. Le film qui abordait , à l’époque, un sujet qui ne faisait pas la « une » des journaux télévisés mais qui concernait de plus en plus de femmes devant y faire face , remportera une gros succès public et propulsera la cinéaste ( César de la première oeuvre et César de la meilleure comédienne pour Karin Viard ) au sommet de l’actualité . Une belle reconnaissance du public et de la profession qui ne troublera pas pour autant la cinéaste qui restera toujours aussi exigeante et saura garder sa liberté .                                                                                                                                                   Elle le prouvera en poursuivant une filmographie qui restera malheureusement trop courte ( 6 longs métrages dont un Pour la TV ) mais intense et libre jusqu’au bout . Le succès qu’elle rencontre ne la fera ,en effet , pas dévier de sa vision d’un cinéma reflet de la vie , dont elle explore à la fois les aspects graves et sombres avec la dimension d’un regard qui y intègre la dimension du rêve et de liberté ,  en forme de combat pour la vie . Ses films sont empreints d’une belle et rare énergie , comme des défis . En 2003 , elle poursuit avec Stormy Weather ,une autre histoire sombre située en Islande qui aborde le thème de l’étranger et l’identité , autour du portrait d’une femme qui refuse de parler et dont personne ne connaît l’identité, et  qu’une thérapeute va prendre en charge débordant du cadre classique des rapports médecin-patient . Il remportera le Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes.

Une scène de  Queen of Montreuil
Une scène de Queen of Montreuil

Elle enchaînera ensuite avec deux œuvres , libres dans leur conception comme dans leur production délibérément inscrite dans un financement minimal . Un contexte « fauché » au cœur duquel  elle donnera libre-court à une inspiration créatrice qui vagabonde et   qui lui permettra de se laisser porter par cette  vitalité dont les personnages qui peuplent ces deux films se révéleront les porteurs d’une énergie de vie communicative .  Le  Cinéma  de  Solveig Anspach est aussi celui de la  marginalité .  Back Soon    ( 2007) est une fantaisie déjantée qui met en scène une femme de Reykjavik qui décide de vendre son commerce ( de marijuana) et qui, en attente du repreneur , va se laisser porter dans un tourbillon de situations et de rencontres inattendues et loufoques . Dans Queen of Montreuil (2013) ,une réalisatrice endeuillée par la mort de son mari tente de se remettre au travail , mais traîne l’urne funéraire de ce dernier dont elle ne sait quoi faire , lorsque son quotidien va être bouleversé par l’arrivée d’ amis Islandais , d’une otarie et d’un voisin… qui vont bouleverser son quotidien . On retrouve dans ces deux oeuves qui devaient faire partie d’une trilogie ( dont le dernier volet prévu ne verra pas le jour…) , l’univers de la cinéaste avec ses personnages bruts de décoffrage empêtrés dans leurs histoires humaines au cœur desquelles il tentent de naviguer en restant la tête hors de l’eau .

Karin Viard et Bouli Lanners dans  Lulu  Femme Nue
Karin Viard et Bouli Lanners dans Lulu Femme Nue

Entre ces deux expériences libertaires , elle réalisera pour la télévision Louise Michel, la rebelle ( 2008 ) , un beau portrait de la communarde , femme rebelle,  révoltée, militante et  résistante . Un portrait qui s’inscrit naturellement dans l’oeuvre de la réalisatrice dont les films reflètent aussi une forme d’engagement et de militantisme qui traverse son oeuvre  dont ses personnages gardent au coeur  la  quête d’une autre vie possible , ou encore, s’inscrivant dans un combat ( celui contre la maladie ) , comme l’illustre encore le dernier film de la Cinéaste Lulu Femme nue ( dont vous retrouverez notre critique dans les archives cinéma  de Janvier  2014 ) , une femme  qui confrontée à la réalité de la vie ( un entretien d’embauche qui se passe mal ) va trouver  le  réconfort  dans les rencontres d’autres  « délaissés » qui vont lui redonner le goût de la vie . Un film magnifique , un superbe regard sur des individus qui ouvrent leur cœur pour renvoyer leur beauté et leur humanité au cynisme ambiant qui cherche à les faire sombrer …
C’est donc par ce magnifique Film d’amour et d’espoir que la cinéaste a fait ses adieux au cinéma et a ses admirateurs qui auraient aimé qu’elle puisse avoir quelques années encore,  de rémission . La faucheuse est passée par là … qui nous prive en prive . Mais ses films resteront grâce aux multiples supports qui nous permettront , de temps en temps, d’y plonger notre regard …
(Etienne Ballérini )

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