Festival d’Avignon : 3ème livraison

Il faut savoir de temps à autre être déçu. Là, j’ai tapé fort. Dans « Avignon off, c’est ouf »
en parlant du Théâtre des Doms, je m’étais délecté à l’avance de « Les Misérables »,
en théâtre de marionnettes, ou plus exactement en théâtre d’objet. J’y allais donc
ce samedi 25 à 13h. Et là, ça s’gâte…

 

Affiche Marie-Claude
Affiche Marie-Claude

Cela ne me dérange pas que l’on translate en théâtre de marionnettes, d’objets, de marionnettes géantes ou de marottes une œuvre et l’univers d’un auteur, les exemples réussis ne manquent pas. Justement, à propos des « Misérables », le pense à cette transposition époustouflante pour conteur et marionnettes qu’était « Tempête sous un crâne ». Bon, ça faisait 4 heures, mais c’est au moins ce qu’il faut pour condenser 2000 pages. Et il faut d’abord préciser que, ici, cette adaptation des « Misérables » fait 70 minutes. C’est du digest de chez digest.
Alors, on va me dire : « c’est du théâtre pour enfants ». Mais c’st vraiment prendre les enfants pour des c…, incapables d’avoir 3 sous de jugeote. « Alors voilà, ça c’est le gentil, le très gentil auquel on veut des misères, il y a des autres très gentils, qui sont très malheureux, des méchants et un très très méchant, mais ça va bien finir». Voilà Hugo réduit à un conte bleu, à de l’imagerie sulpicienne (en référence des images religieuses d’une remarquable mièvrerie qui se vendaient dans le quartier de l’église Saint- Sulpice)
Deux manipulatrices (Karine Birgé et Marie Delhaye) disposent sur une table des objets (personnages, maisons…).et avalent en un peu plus de une heure les 1000 pages des Misérables, enfin cisaillent, car ce qui est le point central de cette niaiserie est l’histoire d’amour entre Cosette et Marius. Et pour bien enfoncer le clou, la musique se constitue uniquement de la version instrumental de la bluette de Mireille Matthieu, «  Une histoire d’amour » : Une histoire d’amour / Où chaque jour devient pour nous le dernier jour/ Où on peut dire « à demain » à son amour/ Et qu’on est là tout près de lui à regarder/Mourir sa vie. Ce n’est pas du second degré, c’est du trente sixième dessous. Le gnangnan le surabonde au gnangnan. Après tout c’est peut-être cela, le second degré…
Pour en revenir à l’œuvre de Hugo – car il faut bien y revenir – elle est dénaturée au-delà du possible. C’est abétifiant au-delà du possible. Si c’est comme ça qu’on veut faire connaître Hugo aux enfants, ils vont confondre ça avec la Comtesse de Ségur. On doit se dire, ça n’a pas dû couter cher, au moins, une table et quelques santons dénichés aux puces ! Quand on voit la liste des institutions coproductrices, on se dit que les santons devaient être en or massif (Théâtre de Liège, Festival Mondial des Marionnettes, aide du Ministère de la fédération Wallonie-Bruxelles – Service du Théâtre…)
« Une réécriture vive de ce grand classique. La force subtile des comédiennes, démultipliées par les objets, se met au service de l’essence de l’œuvre : le lyrisme, les émotions, et l’incroyable épopée d’un peuple aux abois qui se soulève et défend son idéal jusqu’à la mort. » Quand je lis la plaquette de présentation, je me dis que je n’ai pas dû voir le même spectacle.
Heureusement les spectacles de suivent et ne se ressemblent pas. Au Théâtre de la Bourse du Travail je voyais ce samedi 25 un courant d’air frais, « Marie-Claude Vaillant Couturier » de Jean Pierre Thiercelin.
Auteur contemporain, Jean-Pierre Thiercelin écrit pour le théâtre, il est aussi comédien. Formé à l’école d’art dramatique de La rue Blanche (devenue depuis l’ENSATT), il y travaille avec Pierre Valde et Sacha Pitoëff, artisans et hommes de théâtre plus que professeurs, dont l’enseignement touchera une génération de jeunes comédiens qui cherchaient à donner un sens à leur future vie de théâtre.
Continuant de dérouler le fil d’une Mémoire qui se perd trop facilement, il a écrit récemment pour le théâtre « Dans la forêt de Geist », inspiré du roman de Romain Gary « La danse de Gengis Cohn et « L’ironie du sort » d’après le roman de Paul Guimard. « Marie Claude Vaillant Couturier » est issu d’une commande de la comédienne Céline Larrigaldie, de la Cie « Poupette et Compagnie »
Marie-Claude Vaillant-Couturier est une femme politique française, communiste, résistante née en 1912 et décédée en 1996. Originaire d’un milieu bourgeois et artiste, elle devient militante communiste et travaille au journal L’Humanité comme reporter-photographe. Engagée dans la Résistance, elle est déportée à Auschwitz  en 1943 puis transférée à Ravensbrück, camp où elle reste plusieurs semaines après sa libération afin d’aider des malades intransportables. Elle est élue députée communiste de 1945 à 1958 puis de 1967 à 1973.Elle a été l’épouse de Paul Vaillant Couturier.
Mais attention ! Ce spectacle n’est pas une hagiographie, n’a pas un parfum de nostalgie. Non, il est allègre est rempli de tonicité. Sur l’affiche, c’est le prénom Marie-Claude qui « saute » aux yeux, alors que « Vaillant-Couturier » est plus effacé.
Car sur scène il y a 2 Marie-Claude, voire 3. Nous ne sommes pas dans la « Grande » Histoire, mais dans la petite, celle d’une militante qui vend du muguet le 1er Mai. Mais attention ! Pas n’importe que muguet ! Le muguet des déportés ! (Marie-Claude Vaillant-Couturier créera a Fondation pour la mémoire de la déportation).
Quant à notre militante, toute gouaille et bagou, elle se prénomme … Marie Claude, appelée ainsi justement en hommage à Marie-Claude Vaillant-Couturier. C’est à travers son regard de militante « ordinaire » de l’après-guerre, puis de sa fille à l’époque contemporaine (qui bien sûr s’appelle Marie-Claude) que se dévoile la personnalité et l’engagement de Marie-Claude Vaillant-Couturier, et son témoignage historique.
Précision de l’écriture du texte et/ou force de l’interprétation, de l’investissement de la comédienne, tout es comme si nous avions devant nous un personnage unique, que nous soyons avant guerre, au procès de Nuremberg, après guerre ou à l’époque actuelle. Cette double générosité (texte et jeu) nous offre au total un bouquet (de muguet, peut-être ?), un entrain une humanité, un générosité. C’est un spectacle du militantisme de cœur.

Jacques Barbarin

 

 

 

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