Theâtre / Festival d’Avignon, Première Livraison…

J’écrivais dans mon précédent article sur le Off d’Avignon, à propos de la programmation de la Caserne des Pompiers, le lieu » de la région Champagne-Ardenne : « Je ne devrais pas le dire, mais il y a un spectacle qui me fait « titiller », c’es « Kapput » d’après Curzio Malaparte, à 18h30 ». Devinez donc quel a été mon premier spectacle…

Curzio Malaparte, né en 1898 à Prat, en Toscane mort en 1957, à Rome, est un écrivain, journaliste, correspondant de guerre Il est surtout connu en Europe pour deux ouvrages majeurs : « Kapput » et « La Peau ». Dans « Kapput » l’auteur raconte son expérience de correspondant de guerre à l’Est, lors de la Seconde guerre mondiale. Son récit, oscillant entre l’autobiographie et la fiction, teinté d’humour froid et de descriptions criantes de réalismes, constitue un témoignage de guerre cruel et parfois morbide.
Les principaux lieux où se déroule le roman sont Jassy, ville du nord-est de la Roumanie dans laquelle Malaparte raconte qu’il a assisté à un pogrom, Varsovie, où l’auteur raconte notamment sa visite du ghetto de Varsovie, Helsinki, en Finlande dans laquelle Malaparte a vécu deux ans et a achevé l’écriture de son livre.

l'Affiche de  Kaputt
l’Affiche de Kaputt

Et la grande intelligence de cette adaptation et qu’elle nous plonge vraiment dans la ligne directrice du principe d’écriture du récit : le vérisme de la description et la distance que prend Malaparte sur ce réel, par l’humour, la distanciation, voire le cynisme, sembler s’écarter de l’objet raconter pour pouvoir mieux y être. Les personnages rencontrés, généraux, soldats, Himmler… décrits part Malaparte, nous semblent à la limite de marionnettes. La charogne d’une jument éventrée a plus, si je puis dire, d’humanité, de véracité.
L’on se demande même si ce que raconte Malaparte est vrai, mais qu’importe ! Même si c’est une fable, elle prend son humus dans la grande factualité. Lorsqu’il nous raconte la mort des chevaux emprisonnés dans les glaces du Lac Lagoda, en Finlande, cela parait un récit fantastique qu’on en émet des doutes sur la véracité. Est-ce l’imaginé qui né du réel où le réel qui est accouché de l’imaginé ?
Ce texte, forcement intense, passe à merveille par le dit du comédien, Fred Pougeard, la minutie de son travail de séquençage du texte, sa gestique qui nous fait passer aisément d’une séquence à une autre, la netteté de son travail. Le texte nous arrive dans toutes ses images.
Le deuxième spectacle était à hauteur, sinon plus. Je dis sinon plus car l’on avait l’impression, avec ce « Comment va le monde ? » au théâtre des Carmes, que la création émanait
de chaque instant de la voix de l’officiant, en l’occurence une officiante,.
la  supercalifragilisticexpidélilicieuse Marie Thomas.
Cette question, comment va le monde, est posé par l’entremise des textes de Marc Favreau, (1929-2005) humoriste et comédien québécois, est principalement connu pour son personnage de Sol, le clown clochard.
Sol « prend les mots pour d’autres », les mélange et les malaxe pour le plus grand délice de son public, et pour mieux lui dépeindre à quel point il (lui, le public) est en train de mettre le monde tout à l’envers.

Comment va le Monde?
Comment va le Monde?

Ce « malaxage verbal » nous fait jaillir un discours composé de mots-valises, néologisme formé par la fusion d’au moins deux mots existant dans la langue de telle sorte qu’un de ces mots au moins y apparaisse tronqué, voire méconnaissable. Pour désigner le critique, Sol utilise le mot-valise hypocritique. Pas besoin de cours de linguistique. Léo Ferré parlait de « criticature »…
Les textes de Marc Favreau nous parle de la consommation, de notre mode de vie, de « l’Art » (avec un grand Tas), des politiques, avec le regard naïf du clown et celui acéré du philosophe, bref avec l’intensité du poète à la recherche d’un nouveau langage, immédiatement perceptible : nous rions à la fois du mot (hypocritque) et de la chose. Et ce discours, via son langage, nous éloigne à jamais de la langue de bois.
La pièce s’articule comme une représentation : une loge où la comédienne se prépare, avec ses rituels, ses angoisses, le temps qui s’égrène, puis le déroulement du jeu, enfin le retour à la loge. Et nous avons l’impression, grâce à l’art de la comédie que possède Marie Thomas que chaque mot jaillit hic et nunc, que son geste enrichit son verbe par son jaillissement, qu’elle accompagne tout, qu’elle amène tout, qu’elle est insdissopensable (moi aussi je peux faire des mots-valises) à l’existence de ces phrases, elle est née avec.
La mise en scène et la scénographie de Michel Bruzat (Théâtre de la Passerelle à Limoges) sont un écrin pour Marie Thomas, où elle peut transcender ses affinités électives pour le verbe, le cirque ; les costumes et le maquillage de Dolorès Alvez Bruzat lui sont une sensible parure, quant aux lumières de Frank Roncière, comment dire… comme d’hab’. Splendidable. Sol est mis haut.
La question est angoissante : quelle sera la prochaine création de Michel Bruzat l’an prochain au Théâtre des Carmes – André Benedetto ?.

Jacques Barbarin
Illustrations :
Affiche de « Kaputt »
Marie Thomas dans « Comment va le monde ? » Photo Frank Roncière

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