Cinéma / MICROBE ET GASOIL de Michel Gondry.

Après L’écume des Jours (2013) d’après Boris Vian et Conversation avec Noam Chomsky ( 2014), le cinéaste s’est inspiré de souvenirs de son enfance embellis par son imagination foisonnante , pour nous embarquer dans l’échappée belle de deux jeunes adolescents, qui , pour échapper à leurs parents pendant les grandes vacances scolaires s’aventurent sur les routes avec un drôle d’engin qu’ils ont fabriquéeux-mêmes. Le charme opère …

l'Affiche du  Film.
l’Affiche du Film.

On est en pleine année scolaire. Au collège , Microbe ( Ange Dargent) est un jeune adolescent assez en retrait de ses copains dont il ne partage pas toujours les points de vues et comportements , ni les rivalités de groupes dans lesquelles les rapports quotidiens semblent s’être installés. Et il n’est pas plus gâté dans la vie familiale avec une mère dépressive ( Audrey Tautou) et un frangin qui se la joue avec ses potes révoltés musiciens qui passent du Hard-Rock au Punk. Alors ,lui , le frêle gringalet dont on se moque ( le surnom de microbe) et que l’on prend souvent pour une fille à cause de ses longs cheveux blonds qui tranchent avec ceux , coupés courts des « ados » de ce collège Bourgeois, il se réfugie dans le dessin …et dans une passion secrète pour une jeune fille de sa classe dont il est amoureux. Alors que la vie scolaire et familiale bat son plei , un jour, débarque en pleine classe un « nouveau » qui par son comportement quelque peu provocateur , fantasque et déluré devient rapidement la « cible » de ces fils de bourgeois qui font la loi dans le collège. Gasoil ( Théophile Baquet) c’est lui , ce bricoleur – philosophe et rêveur qui attire par sa différence Microbe « on s’est reconnus » , explique Michel Gondry -qui – dans le dossier de presse évoque cette rencontre point de départ de son récit et d’une aventure de « copains » d’enfance qui vont s’allier pour concrétiser leurs rêves en prenant les chemins de traverse. S’offrant une parenthèse enchantée libertaire,en forme de fable initiatique .

Microbe ( Ange Darget)  et Gasoil ( Théophile Baquet )  sur les  banc  du  collège
Microbe ( Ange Darget) et Gasoil ( Théophile Baquet ) sur les banc du collège

La tonalité est donnée d’entrée de jeu par Michel Gondry qui , lui , va inscrire au cœur de ses souvenirs l’embellissement de sa mise en scène qui leur bricole, – à l’image de cette voiture en forme de mobil-home – un parcours plein d’imprévus. Le cinéaste dont l’imaginaire foisonnant de ses films ne cesse d’ouvrir les brêches ( souvenez-vous de son pastiche délirant des films -cultes dans Soyez sympas , rembobinez ! / 2008) ) et continue à en alimenter sa filmographie, y compris dans ses films plus personnels . Et ici , le «  duo » formé par Microbe et Gasoil, est une sorte de « concentré » de deux individualités qui n’en font qu’une. Car à l’évidene Michel Gondry investi l’imaginaire de ce gamin , microbe,  frêle et introverti , en le libérant par l’audace et le savoir-faire bricoleur de Gasoil. Le cinéma de Michel Gondry c’est un peu Docteur Jekyll et de Mister Hyde , un cinéma tout aussi à l’aise et inventif dans l’exploration de l’intime et le personnel , que dans le pur divertissement. Son cinéma est -en effet- constamment habité par celui des origines , Lumière et Méliès qui y cohabitent …et , en ce sens Microbe et Gasoil est sans doute , le film qui illustre le mieux ce qui fait la spécificité et l’originalité de son écriture cinématographique dont l’esthétique de l’imaginaire est constamment en osmose avec les personnages et leur intimité la plus profonde dont déjà The Eternel Sunshine of the Spotless Mind ( 2004) , était un magnifique exemple.

Mocrobe  et Gasoil   à  une soirée  où ils s'ennuient ...
Mocrobe et Gasoil à une soirée où ils s’ennuient …

Dès lors , et dans ce contexte, l’aventure de Microbe et Gasoil est à la fois une aventure individuelle et une aventure en partage ( aussi avec le spectateur ), qui ne peut se vivre et être enrichie que par la fantaisie de l’un et l’inventivité ( et l’écoute ) de l’autre . Au delà de l’insouciance de l’âge qui leur permet par la liberté dont ils s’inventent les chemins buissonniers, il y a aussi cette poésie qui s’y installe en même temps que la fantaisie qui la berce, sans oublier chemin faisant, la gravité qui peut au détour de celui-ci ramener à une réalité plus sombre ( la séquence du saccage du camp des Roms ) que Michel Gondry n’oublie jamais dans ses films de rappeler , en miroir de l’imagination qui y vagabonde. C’est ce qui fait le prix de son cinéma qui sait la traduire ave la même belle logique de la beauté du rêve et de l’imaginaire , en même temps que la gravité et la noirceur qui y est aussi au cœur, comme c’est la cas par exemple dans l’écume des Jours

Ici , le film qui emprunte dans le sillage de Microbe et Gasoil la concrétisation d ‘un rêve , s’y laisse bercer avec délice, en les suivant dans leurs aventures où la fantaisie et la dérision sont au rendez-vous, en même temps que les décalages ( téléscopages visuels et/ ou, verbaux) que ces deux jeunes Pieds- Nikelés déclenchent sur leur passage. C’est aussi une ( leur ) manière de faire face au monde et de s’y positionner par leur habileté et débrouillardise afin de franchir les obstacles qui vont leur permettre de conquérir leur liberté. En ce sens, la psychologie de l’évolution des rapports entre Microbe et Gasoil est très subtilement analysée au long de leur parcours et des épreuves qui suscitent divergences et réconciliations nécessaires pour y faire face, et finit par concrétiser leur amitié . Et ce voyage , dans le dossier de presse , Michel Gondry ,  explique comment il lui est revenu en mémoire pour en construire la parcours de ses deux héros «  il est né de plusieurs rêves que j’ai faits, que j’ai utilisés presque dans l’ordre : le dentiste , le salon de coiffure , les footballeurs Américains ,l’avion qui vole en rase motte ou ne marche arrière (…) ils sont mis bout à bout , mais réécris avec un arrière-plan réaliste », dit-il .

Microbe  dessine le  mobil-home  qui va  être le compagnon de leur   echapée belle ...
Microbe dessine le mobil-home qui va être le compagnon de leur echapée belle …

Le chemin parcouru est celui , aussi , qui mène de l’insouciance de l’adolescence à celui d’une certaine maturité. Microbe qui finit par se débarrasser de son complexe d’être pris pour une fille à cause de ses cheveux longs et de son corps frêle, et qui saura  franchir le mur de la timidité pour affronter cette passion amoureuse, Laura ( Diane Besnier )
qui le titille…et Gasoil qui saura lui aussi , finalement canaliser son exubérance et ses certitudes mises à l’épreuve du quotidien . Cette échappée belle, c’est celle du chemin de la vie et des épreuves dont on sort, cabossés ( comme le mobil-home ), mais aussi plus fort et grandi. C’est, celle d’une réalité dont on finit par mesurer l’ampleur et le poids des conditions sociales, des relations familiales , d’une certaine forme de rejet …

Porté par les deux jeunes comédiens, épatants  et la poésie de l’univers du cinéaste qui transcende merveilleusement de son regard tendre empreint de fantaisie et de rêverie , le film est une superbe ballade enchantée dans le monde de l’adolescence dont il décline l’aptitude à s’inventer des moyens de s’évader d’une certaine gravité du quotidien. Pour Microbe et Gasoil, cette échappée belle sur les routes de France est un peu , auusi …leur voyage sur la Lune .

MICROBE ET GASOIL de Michel Gondry – 2015-
Avec : Ange Dargent ,Théophile Baquet, Audrey Tautou , Diane Besnier …

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