Cinéma / COMME UN AVION de Bruno Podalydès.

Après Adieu Berthe ou l’enterrement de Mémé ( 2012 ), le cinéaste nous entraîne dans une nouvelle déambulation poétique dont il a le secret. Cette fois-ci, le rêve d’évasion d’un infographiste déprimé qui prend son envol …dans un Kayak, nous offre , sous les allures d’une fable inventive en forme de « Partie de Campagne » Bucolique à la Jean Renoir, un plaisir d’évasion partagé…

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Michel ( Bruno Podalydès), proche de la cinquantaine est donc, un infographiste passionné d’aéropostale qui rêve d’aventure à la Jean Mermoz, ou à la Saint Exupéry …sauf qu’au lieu de se retrouver dans le désert et de rencontrer Le Petit Prince , il va se retrouver a naviguer dans un Kayak au fil de l’eau . Mais à bien y regarder c’est une aventure semblable à celle du récit de Saint Exupéry qui arrive à notre héros , dans sa traversée solitaire sur une jolie rivière inconnue ,où, lors de sa première escale dans la guinguette au bord de la rive , une guinguette attire sa curiosité et va y faire la connaissance de la patrone Laetitia ( Agnès Jaoui ) , de la serveuse Mila ( Vimala Pons ) et de leurs clients bricoleurs avec lesquels il sympathise … autour de la dégustation quotidienne de l’absinthe, fabriquée maison . La journée illuminée par ces inconnus et pleine d’imprévus, autorisé à planter sa tente pour la nuit près de la buvette et repartir le lendemain à l’aventure .
Mais, le lendemain il aura beaucoup de mal à quitter les lieux …voilà, notre graphiste dont l’aventure et les rêves n’ont étés jusqu’ici que virtuels, parti pour son odysée qui devait le mener à la mer, et qui se retrouve confronté à l’aventure de la vraie vie, émervéillé comme un enfant , qui se laisse porter par le flot de la rivière puis, par la rencontre des hommes et de la nature … puis, séduire et goûter un bonheur nouveau , au cœur de cet univers champêtre qu’il découvre, avec les yeux d’un enfant .

La fable de l’infographiste 3D qui est resté un enfant rêveur ( le manuel des castors Juniors dans sa besace…) , et qui  à l’image du petit Prince («  déssine-moi un mouton »)  aurait vu se déssiner cette « guinguette » lui ouvrant , par une sorte de sortilège ( les éffluves d’absinthe?) et d’emprise , un  monde  dans  lequel il se laisse porter au plaisir de  » prendre le temps de vivre ». Et c’est au cœur de celui- -ci que Bruno Podalydès installe , son observation décalée et poétique dans une sorte de déambulation, qu’il enveloppe d’un réalisme poétique à la Prévert. Pour la circonstance, le réalisateur qui était jusqu’ici resté dans l’ombre, derrière la caméra, laissant à son frère cadet Denis Podalydès ( qu’on retrouve ici dans le rôle d’une collègue) , le rôle du rêveur ( de Versailles Rive- Gauche / 1992 , en passant par Liberté Oléron / 2001 , Bancs publics / 2009 , et jusqu’au Pharmacien rêvant d’une autre vie dans Adieu Berthe / 2012) . Bruno , prend donc le relais cette fois-ci – aussi – devant la caméra en investissant ( avec un joli talent ) ce personnage de Michel , se laissant porter pour la première fois de sa vie, dans l’aventure. On comprend bien que celle-ci était devenue le bol d’air nécessaire, avant que la marmite bouillonnante n’explose. En effet, plongé dans son travail et un vie quotidienne devenue morne et sans relief , le refuge dans le rêve d’aventure pourrait conduire à la dépression . Le déclic viendra, avec la découverte dans un magazine des photos d’un magnifique kayak dont le fuselage lui rappelle celui d’un avion. Coup de foudre, commande passée et matériel reçu à monter soi-même , en secret sur le toit de la maison Michel comme un sportif se prépare en secret de sa femme Rachelle (Sadrine Kiberlin ) à sa future escapade en solitaire ..

Michel ( Bruno PodalydesPrépare  son Kayak
Michel ( Bruno PodalydesPrépare son Kayak

Dans son kayak amoureusement préparé , appuyé par son épouse compréhensive qui finira même par l’y pousser, le voyage peut commencer. Et Michel va enfin prendre son envol vers l’aventure , et y goûter «  le temps de vivre », dans cet « avion sans ailes » dont les mélodies des célèbres chanson de Georges Moustaki et de Charlélie Couture viennent s’incrire sur la bande sonore accompagnées de quelques autres ( le superbe Vénus , d’Alain Bashing) , pour ponctuer sa rêverie déambulatoire. Elles font partie de toutes ces références « nostalgiques », littéraires, cinématographiques et musicales , qui scandent le récit ( la chanson de Moustaki fait aussi référence au film du même titre de Bernard Paul sorti en 1969, portant les idées de liberté de mai 1968 ) , et qui ouvrent la place aux plaisirs simples, à la nature, à la rêverie , à la paresse. La référence à Jean Renoir cité plus haut, se retrouve dans la mise en scène qui porte un soin particulier aux paysages et à cette nature environnante magnifiquement captés et éclairés ( superbe travail de Claire Mathon à la photographie ) qui a su en saisir la beauté magique , nécessaire  pour servir le récit . Le personnage Lunaire de Michel dans son odysée mélancolique, le cinéaste le laisse littéralement s’envoler et porter, par cette expérience et les rencontres qui s’y inscrivent dans un « tempo » ponctué par la drôlerie et la poésie des situations qui se déclenchent à partir de petits riens ( une théière récalcitrante , un poste de radio , une tente de camping , un appareil à éloigner les moustiques , le thermos bourré d’absinthe , les poupées Russes aux traits d’hommes ….) , et des décalages qui s’installent ( les scènes inénarrables, avec Pierre Arditi en Kayakophobe !) , et puis, ces petites notes sur les personnages sécondaires ( les habitués et clients de la ginguette dont le « duo » impayable des compère peintres et bricoleurs, campés par Michel Willermoz et Jean Noël Brouté ) . Le sens de l’observation, comme celui des petits détails et gestes qui caractérisent chacun des figurants, est minutieusement restitué et offre au film , cette justesse de ton qui en fait le prix .

Sandrine Kiberlin et  Bruno Podalydès
Sandrine Kiberlin et Bruno Podalydès

On y ajoutera , au cœur de ce voyage déambulatoire qui prend vite l’allure d’une « pause » champêtre au cœur d’un autre monde qui permet à Michel, en même temps que de sévader, de s’ouvrir à une autre vie , en forme de parenthèse enchantée dans laquelle il se love au point de ne plus pouvoir en partir, comme le soulignent, avec un humour plein de sous -entendus, ces tentatives de départ qui se soldent par des dérives … où l’on oublie le Gps et on se laisse aller au fil de la Rivière au risque de se laisser prendre au piège des éléments ( les branches mortes , qui l’obstruent ) , ou des directions non balisées qui ne mènent nulle part ou vers le symbole de la société moderne ( la scène du supermarché ) . Et puis , ces retours vers la guinguette qui , comme un aimant , attire notre héros vers elle. Pour justement l’inviter à s’y prendre dans sa toile et y rêver, comme le dit la chanson « Nous prendrons le temps de vivre, d’être libres mon amour / Sans projet et sans habitudes , nous pourrons rêver notre vie / Viens, je suis là je n’attends que toi , Tout est possible , tout est permis / Viens écoute ces mots qui vibrent sur les murs du mois de Mai / Ils nous disent la certitude que tout peut changer un jour / Viens je suis là , je n’attends que toi, tout est possible , tout est permis » . Cette liberté qu’il va découvrir au cœur de cette guinguette , portée par ses personnages qui l’ont investie. Elle est symbolisée par deux jolies personnages de femmes : Laetitia, la patonne libérée vers laquelle il est attiré, et, celui de la jolie serveuse Mila, émouvante , restée fixée sur cette aventure avec un musicien rencontré à un concert sous la pluie, et dont le souvenir de l’aventure se ravive à chaque fois qu’il pleut !.

Vimala Pons, Bruno Podalydès  et Agnès Jaoui
Vimala Pons, Bruno Podalydès et Agnès Jaoui

Le film distille un plaisir communicatif , on vous invite à aller vivre cette parenthèse enchantée en compagnie de Michel et de ses rencontres . C’est un voyage en cinéma en forme de fable, que nous offre Bruno Podalydès qui parsème son film de magnifiques moments de poésie et de comédie pure, lègère , délicate et inventive, construits autour de situations et de petits détails. Et la force de son film c’est , sans le surligner, de laisser soudre la gravité au cœur de la légèreté. Cette Guinguette croisée l’espace d’une semaine de vacances , on voudrait comme lui s’y lover, pour y prendre le temps de rêver et  de vivre, loin de la foule déchaînée…

(Etienne Ballérini)

COMME UN AVION de Bruno Podalydès- 2015-
Avec : Bruno et Debis Podalydès, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Sandrine Kiberlin ,Michel Willermoz , Jean Noël Brouté

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