Cinéma / UN FRANCAIS de Diastème.

Après Le Bruit des Gens autour (2008) , le dramaturge et cinéaste signe son second long métrage qui suit sur trentre années le parcours d’un jeune Skihnead. Un récit inspiré de faits réels qui ont marqué trois décénnies de l’histoire de l’extrême-droite , et qui interpelle au travers du parcours de son héros , sur le comment se débarrasser de la violence de l’intolérance et de la haine…

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Nous sommes au début des années 1980 , l’élection de François Miterrand à la présidence de la République en Mai 1981, ravive les tensions des opposants d’extrême- droite et se manifeste dans cette propension à l’ultra-violence qui se déchaîne, via les groupuscules extrémistes qui y tournent autour et qui font la « une » de l’actualité d’alors , avec les multiples actes de violence sur lesquels le film s’ouvre . On y voit en effet Marco ( Alban Lenoir, remarquable ) et ses potes , Braguette ( Samuel Jouy ), Grand Guy ( Paul Hamy ) et Marwin ( Olivier Chenille ) , faire aussi bien la « baston » avec les « Punks » qu’avec les colleurs d’affiche du camp opposé ( les socialistes , les communistes …) qui « détruisent le pays ». Et encore , pourchasser les étudiants sur le campus de Nanterre, tabasser les arabes, les noirs et les homosexuels qui se trouvent sur leur chemin ,et s’en aller faire des « descentes » dans le bars et cafés fréquentés les immigrés. Cette atmosphère délétère Diastème , à l’époque l’étudiant qu’il était l’a connue dans son quartier de Colombes dans la région Parisienne d’où il est natif , dont il a restitué la séquence du campus de Nanterre citée ci-dessus qu’il a lui-même vécue «  je me suis fait moi-même courser par des types d’extrême -droite , il se trouve qu’à l’époque ,je particpiais à Touche pas à mon pote , même si je n’y ai jamais milité » , explique-t-il dans le dossier de presse du film. Et de cette période où retrouvaient dans ces groupes «  des camarades de bac à sable », dont les dérives de violence n’ont cessé de l’interpeller , même si son parcours ( de journaliste , puis, dramaturge ), l’ en a éloigné , il a continué à suivre l’évolution «  avec recul, ironie et colère » dit-il . Ajoutant, en forme de déclaration d’intention « on ne se débarrassera pas de l’intolérance et du racisme par la violence , mais par la dialogue , l’exemplarité . Sans doute, toute œuvre est-elle engagée. Et la réflexion sur l’engagement, sur la nécessité ou non de la violence qui peut l’accompagner m’intéresse depuis toujours , c’est pour cela qu’au théâtre j’ai monté Les Justes d’Albert Camus » , dit-il  dans le  Dossier de presse  du film..

Marco ( Alban Lenoir )
Marco ( Alban Lenoir )

C’est ce questionnement qui est au cœur du film , porté par le parcours de Marco qui va chercher à ( re) devenir quelqu’un de bien, et se débarraser de ses fantômes. Les Dix-huit étapes qui petit à petit inscrivent, par ellipses, son extraction de la violence, et sa prise de conscience , trouvent leur juste mesure -qui fait le prix du récit – dans la volonté du cinéaste de ne pas la surligner , afin de débarraser son film de ce qui aurait ou être un pesant didactisme qui l’aurait désservi. Habilement , en effet , Diastème inscrit cette prise de conscience sur des non-dits accumulés et des petits choses qui finissent par installer sur la durée, une sorte de malaise et de rejet d’autant plus mal vécu qu’il se fait révélateur , de ce à quoi , peut le conduire sa violence . Une scène magnifique et de toute beauté, se déroule dans le car qui ramène Marco chez lui après une violente altercation avec un         « Reskin » qu’il a failli tuer . Alors qu’il s’en prend , comme il l’a fait souvent par le passé, un passager   «  pourquoi tu me regardes ainsi ? » , toujourd aussi hargneux. Et  tout à coup son visage blémi, la respiration lui manque … soudain térrifié et angoissé , il se rend compte de ce à quoi il peut être conduit. Porté par cette violence des autres , celle de la bande de ses amis d’enfance avec lesquels il a grandi et dans laquelle il s’est laissé entraîner : « cette haine de l’autre , cette peste qui n’ a fait que grandir en trentte ans », dit le cinéaste . Et dans laquelle Braguette est le meneur du groupe qui sera repéré par les cadres du parti de Jean-Marie Le Pen . Comme Grand- Guy, qui pour avoir donné le coup de trop ( meurtre raciste , qui fait écho à celui en Juillet 1990 , du Jeune Mauricien forcé par deux Skinheads à boire un mélange de bière et de soude caustique ), se retrouvera en prison … ou, comme Marwin trop fragile et perdu,  qui,  de la violence descendra dans l’enfer de la drogue. Marco, lui trouvera la main tendue du très beau personnage du Pharmacien (Patrick Pineau ) lui ouvrira encore un peu plus les yeux …

la bande  réunie ...
la bande réunie …

« Un parcours de l’intérieur » , voulu par le cinéaste qui va faire de Marco un « repenti » et en même temps un traite à son camp ponctué d’un parcours de solitude qui l’éloignera de sa famille Politique, à l’image de son mariage avec Corrinne ( Lucie Debay ) la nièce du Mentor de Braguette  qui se révèlera un échec avec à la clé ,un divorce qui le séparera de sa fille . De la même manière que ses participations au service d’ordre des manifestation , dont celle du défile « Jeanne d’Arc » sera marquée  par l’assassinat de Brahim Bouarram jeté dans la Seine. Dont il compendra ce qui s’est réellement passé lors de cet « incident » lors de la soirée chez le mentor de Braguette ( qui deviendra le cadre : Jean-Mar Cayrol ) où l’on « trinquera » à l’événemennt , et chantrera une Marseillaise Patriotique … sur « le sang impur qui abreuve nos sillons « . Et  Marco qui partira  comme serveur en guadeloupe ….Les années qui passent et il revient en France  où se met en place la « normalisation » du parti et l’exclusion de cette « faune violente , trop voyante ». Marco depuis longtemps déjà rejetté et en dehors via sa quête de renaissance pour se débarrasser de cette « idéologie haineuse », refuse de suivre ceux qui persistent en se ré-orientant vers un militantisme polissé destiné à rentrer dans le terrain démocratique et le débat d’idées qui n’exclut pas une forme de provocation . Comme l’illustre la séquence  qui  fait référence a la distribution de la « soupe au cochon » aux SDF en 2009, orchestrée par le bloc identitaire . Face à cette intolérance qui lui est devenue désormais  insupportable , marco s’affiche dans l’autre camp ce ui de la banque Alimentaire …il sera agressé ».

Alban Lenoir  et Lucy Dabay
Alban Lenoir et Lucy Dabay

C’est d’ailleurs un autre événement d’intolérance et de violence récent qui a fait la « une » – la mort du jeune militant « antifa » , Clément Méric – qui a décidé Diastéme à faire le film « C’est étrange . J’avais commencé à écrire un livre intitulé Un Français , dont le sujet était partiellement similaire . Le jour de la mort de Clément Méric à la Télévision , j’ai vu dans le camp de ses agrésseurs les mêmes visages que j’avais croisés dans mon enfance et dans mon adolescence (…) cela m’a bouleversé , rien n’avait bougé . J’ai pensé que s’il y avait un sujet à faire aujourd’hui , ce serait celui-ci : un personnage que l’on suit sur trente ans , et qui lui , se débarasse de la violence », et il ajoute plus loin, sur celle-ci «  je raconte une histoire édifiante inspirée de faits réels, que je trouve édifiante , qui aide à mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui ( ..) et je rappelle au passage ce que la presse semble oculter : Le Front National est un parti qui a du sang sur les mains. Les présentateurs Télé l’oublient , moi je m’en souviens. Ce parti qui a été crée par le Nazis français, on ne peut pas le traiter comme les autres partis , on ne peut pas occulter cette dimension historique . Aujourd’hui encore , nombre de Collaborateurs de marine Le Pen sont des anciens du GUD ( Groupe Union Défense, connu pour ses activités violentes dans les années 1970 ) », explique le Cinéaste qui revendique son film «  comme un film de colère, de réaction(…) il a commencé par s’appeler colère , mais Un Français s’est imposé comme un meilleur titre car, j’ai toujours eu         l’ impression qu’il y avait deux France celle du : Liberté, Egalité Fraternité, et celle du : Travail, Famille, Patrie. Celle des Droits de l’Homme et de la Culture , et celle de Vichy et de Patrick Buisson (…) et mon héros est un homme qui va passer d’une France à une autre », dit-il , en conclusion d’un débat qu’il entend bien que son film ouvre …

(Etienne Ballérini)

UN FRANCAIS de Diastème -2015-
Avec :Alban Lenoir , Samuel Jouy ,Paul Hamy , Olivier Chenille ,Jeanne Rosa , Patrick Pineau ,Lucie Debay ….

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