Cinéma / Journal de CANNES 2015 ( No 10 )

En Compétition hier le film de  Michel Franco Chronic sur le quotidien d’un aide-soignant dévoué aux personnes en phase terminale, et le dernier film français en lice pour la Palme , Valley Of Love de Guillaume Nicloux avec Grérard Depardieu et Isabelle Huppert dans  la vallée de la mort , sur  rendez-vous de leur fils photographe qui s’est suicidé six mois auparavant. Dans la Section Un Certain Regard c’est L’inde qi était au programme avec Masan ,de Neeraj Ghaywan avec deux itinéraire qui se confrontent aux problèmes de traditions , de castes et et de corruption ….

Une scène de Chronic  de Michel Franco
Une scène de Chronic de Michel Franco

Chronic de Michel Franco ( Compétition)
Aide-soignant dévoué et passionné par son métier David ( Tim Roth , remarquable ) installe une véritable intimité avec ses patients dont la dépendance et les besoins d’attention et de sons dans cette phase de soins palliatifs en phase terminale, est à la fois  une charge pesante pour le personnel médical , mais peut se révéler aussi une « aide » physique et morale déterminante. Le cinéaste s’est inspiré pour les besoins du récit et de son film d’une expérience personnel , celle vécue par sa grand-mère qui suite à une attaque a été définitivement paralysée de la moitié de son corps . Resté quotidiennement à ses côtés pour qu’elle ne se sente pas seule , il s’est rendu compte du rôle important qu’ a joué pendant toute cette période l’infirmière qui lui prodiguait les soins , mais qui «  a su immédiatement pénétrer dans son intimité physique et émotionnelle » explique le cinéaste . C’est ainsi qu’est né le personnage de fiction , David,  que l’on retrouve au chevet de ses patients effectuant tous les soins qu’ils sont incapables d’assumer ( donner à manger , changer la couche , prendre le bain ou la douche , faire travailler selon les patients les parties du corps et les muscles pour assurer le maintien physique ..;) et qui cherche à instaurer ce climat de confiance qui permet d’apporter le soutien affectif et moral.
L’approche autour quotidienne autour de quatre expériences diverses est proposée par le cinéaste dans une progression dramatique qui laisse sourdre par petites touches ou dialogues très concis , le portrait d’un aide -soignant dont on finit par deviner ce qui le pousse à un tel dévouement . La carapace d’un homme solitaire , discret dont le visage sombre s’illumine lorsque ses patients retrouvent un peu d’espoir et de gaiété avec lui , et surtout un homme dont les bribes de phrases révèlent la tragédie vécue de la perte de sa femme et d’un enfant . Et qui semble soigner sa dépression en ayant aussi besoin des autres que les autres ont besoin de lui. Le traitement de la mise en scène qui refuse tout voyeurisme et (ou ) misérabilisme , est d’un tact et d’une sobriété qui force le respect par son réalisme humaniste qui s’attarde sur L’aide soignant et sur ses patients, évacuant tout parasitage qui risquerait de faire se détacher le spectateur de l’essentiel : le rapport entre David et ses patients , et la forme de l’investissement émotionnel dans laquelle il se tissent . Magnifiques ces séquences dont le cinéaste n’hésite pas à évoquer – au travers d’une conflit qui va le faire se retrouver face à la famille d’un patient – les «  limites » a ne pas franchir de ce qui relève ou pas de son travail , dans l’intimité de cette relation soignant- patient. La rigueur et le soin de l’écriture comme de l’image , fait penser parfois , à celui de Michaël Haneke dans Amour….

Une scène de  Valley Of  Love de  Guillaume  Nicloux.
Une scène de Valley Of Love de Guillaume Nicloux.

Valley of Love de Guillaume Nicloux ( Compétition
Isabelle ( Isabelle Huppert ) et Gérard ( Gérard depardieu ) sont séparés depuis de nombreuses années , mais un être cher leur fils Michaël photographe qui s’est suicidé leur a laissé à chacun une lettre -testament , leur demandant d’exécuter sa volonté «  être présents tous les deux dans la vallée de la mort le 12 Décémbre 2014 .  c’est ma seule chance de revnir, c’est le contrat, il faut que vous soyez là, il y a un planning des endroits où vous devez , le jour précis et les horaires où vous devez m’attendre , car je vais revenir , pour peu de temps , mais je serais là », leur intime-t-il . Un programme initiatique qu’il ne peuvent refuser , Isabelle en est bien consciente , et se persuade «  si , si ça doit se passer comme il l’a écrit », et Gérard plus sceptique «  Mais c’est juste des mots ». Et ils sont là portés l’un par l’autre dans la chaleur torride de ce désert à attendre les signes dans une sorte de rêve éveillé comme pris au piège désormais «  un piége à vérité » dit Guillame Nicloux . Et cette vérité d’une épreuve imposée ce sera , aussi , celle qui va finir par les rapprocher , via un deuil qu’ils n’ont pas fait ensemble ( Isabelle n’était pas aux obsèques de son fils arguant «  je ne vais plus aux enterrements depuis celui de mon père » ) et dont le rendez-vous concocté par leur fils en un parcours initiatique où la déambulation dans l’espace ( superbe mise en espace et dans le temps , où s’entrechoquent le réel et l’imaginaire et les signes d’une présence …) offrent à celle-ci , une dimension étonnante amplifiée par la bande sonore qui les utilises en rupture dans l’immensité et le silence comme des manifestations . De la même manière qu’il y a ces scènes encore plus explicites qui laissent les indices ( les marques sur les bras d’Isabelle ) d’une approche et d’une présence de ce «  je serais là » évoqué par la lettre . La manifestation de ce fils qui hante Isabelle et Gérard avec ses résonances qui peuvent interférer dans la vie réelle de tout un chacun qui porte le deuil de la mort d’un proche , où la douleur et la culpabilité y font écho … et , l’affronter en passant la croyance comme Isabelle qui finit par passer le relais à un Gérard ( dans la scène finale) père sceptique . Le fil d’Ariane posé par le fils , est retendu faisant s’estomper , avec l’appui des scènes de comédie , la distance et la solitude du couple. Le bout de papier a fini par les relier . La victoire du fils est là ,  elle est émouvante et superbement portée par les deux comédiens . .. et par l’approche du regard de Guillaume Nicloux , dont l’oeuvre ne cesse d’être originale et surprenante ( films expérimentaux politiques , drames comédies ou films noirs …) , qu’il décline depuis ses débuts avec un talent certain et toujours en éveil… qu’on apprécie .

Une scène de  Masaan   de Neeraj Ghaywan
Une scène de Masaan de Neeraj Ghaywan

Masaan  de Neeraj Ghaywan ( Un Certain Reagrd)
Dans la cité Sainte de Bénarès les destins d’un jeune homme issu des quartiers pauvres tombe amoureux d’une jeune fille qui n’est pas de la même caste que lui . Une jeune étudiante aventureuse se laisse attirer par une liaison et se retrouve compromise . Son père , pour tenter de la sortir d’une inculpation qui jetterait la sur la famille , se retrouve confronté à la corruption policière qui va le faire chanter , tandis qu’un jeune enfant largué dans la rue se cherche une famille. Voilà le cadre dans lequel nous entraîne le cinéaste , qui place au cœur de son récit la cérémonie ( le Ghat) de crémation des corps dans la ville sainte de Bénarès où travaille un jeune homme issue de la classe populaire et où vit aussi également un vieux professeur qui a tourné le dos au système éducatif dont la fille Dévi s’est aventurée dans cette rencontre hors mariage qui tombe sous le coup de la Loi . Face aux traditions , à la morale et au poids du système des Castes qui ne fait qu’aggraver dans la société moderne, les relations sociales , les deux jeunes personnages principaux sont emblématiques d’une jeunesse progressiste et en quête d’une liberté et d’une vie meilleure qui cherchent à briser les tabous des traditions et des Castes . Leur quête va se confronter à ces préjugés en même temps qu’à la corruption qui se développe en parallèle dans d’une société moderne où elle s’intensifie . La violence et la mort sont constamment présentes au long des séquence en même temps que la dégradation des rapports entre les individus et cette persistance de l’assujettissement de la femme et des codes des relations amoureuses au sein de la société Indienne . Le cinéaste en brosse un tableau d ‘un réalisme sombre qui tranche avec les productions d’un certain Bollywood sans pour autant négliger l’aspect mélodramatique qui lui permet de mettre en relief son constat en restant au plus près des ses personnages et de leur vécu . En même temps que la tonalité de la mise en scène totalement en décors naturels , cherche à détouner les clichés ,  et  se veut sobre et stylisée et d’un réalisme émotionnel .

(Etienne Ballérini)

Le programme du jour :
Macbeth de Justin Kurzel ( Dernier film en Compétition
La Glace et le Ciel de Luc Jacquet ( Hors compétition en projection publique, film de clôture )
-Cérémonie de clôture et proclamation du Palmarès de la section un Certain Regard .

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