Cinéma / Journal de CANNES 2015 ( No. 8)

En Compétition hier, l’Italien Paolo Sorrentino et ses deux artistes à la retraite ( Michaël Caine et Harvey Keitel) dans Youth, affrontent ensemble le dernier de leurs vies. Le Chinois Jia Zhang-Ké fait  le portrait désabusé de la chine ,avec Mountains May Depart, les espoirs et les désillusions d’un trio face à son destin . Dans la section Un Ceratin la cinéaste Sud -Coréenne Shin Su-Won avec Madonna nous propose une sombre plongée dans les rapports de travail et de forces  au cœur d’un hôpital, et , le premier long métrage du cinéaste Laurent Larivière Je suis un Soldat ,nous entraîne dans une histoire de famille et de trafic d’animaux…

Une scène de  Mountains May Depart  de  Jia  Zhang-Ké
Une scène de Mountains May Depart de Jia Zhang-Ké

Mountains May Depart de Jia Zhang-Ké ( Compétition ) Le cinéaste Chinois qui avait signé le superbe A Touch of Sin (2013 ) revient en compétition Officielle sur la croisette avec un Nouvau film original et fort , qui parcourt via trois périodes le parcours de trois personnages un quart de Siècle et les choix auxquels ils vont être confrontés dans une pays en profonde mutation . Le trio en question que l’on découvre en 1999 est composé de deux amis d’enfance amoureux de la même jeune femme, Tao. Les Jules et Jim Chinois dont l’un , Zhang est propriétaire d’ une station de service et se projette dans un avenir ambitieux , et l’autre Liang, travaille dans une mine de charbon . La romance du trio dans un pays en pleine mutation et développement économique va tourner court au delà des rivalités amoureuses qui se dessinent et par les choix de vie qu’ils vont faire et déjà les différences sociales qui s’accentuent lorsque Zhang va faire fructifier l’argent de la station de service pour se lancer dans les affaires , alors que Liang n’aura pas d’autre choix que de rester ouvrier du charbon .Tao tiraillée par les sentiments dont la perspective d’avenir réside dans un mariage pouvant lui apporter le confort , avec Zhang , et ce choix va sceller le reste de sa vie et celle de son fils Dollar, dont elle va être séparée. Le Cinéaste construit les trois périodes de son film avec le choix d’un point de vue narratif et technique de cadre de l’image ( le format 1.33 , le 1.85 ou panoramique et le 1.95 du cinémascope ) qui correspond aux différentes périodes dont l’évolution du cadre qui s’élargit donne à percevoir le rapport à l’espace dans lequel évolue les personnage offre l’écho en même temps qu’à leurs propres évolution dans le temps , à celles e d’un pays qui se modernise et qui change . La cohérence ainsi définie lui offrant , dès lors , la possibilité de les faire évoluer en inscrivant les étapes de leurs vies dans les paysages successifs ou points fixes dans lesquels ils s’installent : Voyages et modes de locomotion , la petite ville de Fenyang où s’instale Tao après son divorce , L’Australie où Zhang va s’installer pour se relancer et où Il «  américanise » son fils Dollar qui va sceller aussi la « rupture »  avec son père et le refus de continuer à se laisser dicter sa vie . Cette dernière partie qui se projette dans l’avenir en 2025, et y inscrit le malaise père-fils et la quête d’une mère de substitution pouvant remplacer celle dont le souvenir s’est estompé mais dont la douleur perdure . Une perte à laquelle la bande sonore fait écho en évoquant les chanson populaires qui témoignant des mentalités collectives dont les musiques modernes s’éloignent . Et puis , il y a tout au long de récit ces notations que l’évolution des mentalités dans le sillage des mutations économiques et cet argent qui prend de plus en plus d eplace et qui modifie les rapports entre les individus …qui les emprisonne comme peut le laisse entendre cette image furtive d’un tigre en cage.

l'Affiche  de  Youth  de  Paolo Sorrentino
l’Affiche de Youth de Paolo Sorrentino

Youth de Paolo Sorrentino (Compétition). Après la Grande Belleza ( 2013)Le cinéaste Italien revient lui aussi sur la croisette avec son Youth et accompagné de ses deux stars (Harvey Keitel et Michaël Caine), les deux héros de son nouveau film . Fred et Nick , deux vieux amis devenus artistes de renom , aujourd’hui quatre Vingt ans accomplis . L’un compositeur et chef d’orchestre auquel la Reine veut rendre hommage ( et qui se fait prier … refusant de continuer à travailler étant à la retraite ) , l’autre cinéaste qui concocte son dernier film ( testament?) . Au cœur d’un hôtel où ils passent leurs journées Poalo Sorrentino, concocte lui autour du questionnement du temps qui passe et de souvenir qui hantent nos deux artistes, un séjour avec eux , où leurs déambulations et leurs questionnements sur leur passé et le sens de la vie, est rempli de moments de poésie , de comédie et de dérision porté par les envolées stylistiques et lyriques d’une mise en scène à inventive qui sublime la thème de la démystification ,abordé dans La Grand Bellezza et qu’il prolonge ici, avec au centre ses deux héros qui cherchent dans leurs jeux et par leur attitude désabusée à se donner une dernière stature. Fred accompagné de sa fille comme on l’a souligné tente de couler douce sa retraite et refuse les sollicitations, mais lâché en pleine nature il « dirige » une symphonie faite de chants d’animaux et des bruits de la nature. Mick lui tente accompagné de ses fidèles d’écrire le scénario de son nouveau film espérant avoir le financements et la comédienne dont il a fait une star (Jane Fonda) qui viendra lui dire ses quatre vérités. Ils y croisent une série de personnages, à l’image de Jimmy ( Paul Dano comédien égaré à la recherche de son rôle , une star bedonnante , un couple d’étranges sourds -muets , une miss Univers et Paloma Faith qui vient semer le trouble dans le couple de la  fille (Rachel Weisz) de Fred. Et tout ce beau monde embarqué dans un tourbillon visuel et amusé de Sorrentino .

l'Affiche de  Madonna  de  Shin Su  -Won
l’Affiche de Madonna de Shin Su -Won

Madonna de Shin Su- Won ( Un Certain Regard ) Le Premier long métrage de la réalisatrice Sud Coréenne tourné en 29 jours avec un budget modeste et une équipe technique très jeune, révéle déjà une belle maîtrise du récit et de l’image en même temps que le sens de l’écriture et du récit dont la complexité laisse sourdre un constat sombre et amer sur une société corrompue par les rapports de force et la violence qu’ils génèrent . Ici c’est dans le cadre d’un Hopital dirigé par le fils du directeur gravement malade que le récit se déroule, avec un personnel soumis aux ordres d’un fils prêt à tout pour garder en vie son père dont le décès,le conduirait à perdre son standing de vie . Ce dernier ayant en effet décidé de léguer sa fortune a des œuvres caritatives . Les soins et les greffes qui maintiennent en vie depuis dix ans le directeur , obligent pour cause de rejet à les renouveler. Une patiente arrivée récemment dans le coma , une opportunité pour faire transplanter son cœur au Directeur . Mais il faut une autorisation légale des proches et il demande à une jeune infirmière arrivée  dans le service , il y a peu, de les rechercher . Cette dernière va découvrir le passé de cette Madonna ( surnommée ainsi pour ses seins volumineux) , une jeune fille de famille pauvre dont la mère est en soins dans un asile Une jeune fille réservée et timide qui sera l’objetd e toutes les vexations dès le lycée , puis dans le cadre du travail où on profite d’elle et qui sera la souffre douleur de se s supérieurs qui abusent d’elle ( Viol) et qui va se retrouver dans la rue contrainte à la prostitution . L’infirmière qui découvre ce passé , prise de compassion décide de sauver Mina d’autant qu’elle découvre que cette dernière est enceinte et qu’elle n’aime pas le comportement immonde du fils du directeur avec le personnel. Le parcours de Mina ressemble à un calvaire qui renvoie à l’infirmière son propre passé douloureux, et au long de celui-ci et de ceux qui ont fait souffrir Mina , il y a aussi tous ceux qui se taisent et ( ou ) préfèrent ne rien voir. Comme s’ils avaient les bandés , laissant la violence et les rapports de pouvoir et de force faire leur chemin comme si , dit la cinéaste «  la vie ne vaut rien face à l’argent et au désir . Je souhaitais traiter du salut et de la restauration ».

Une  scène  de  Je  Suis  un Soldat  de  Laurent Larivière.
Une scène de Je Suis un Soldat de Laurent Larivière.

Je suis  un Soldat de Laurent Larivière ( Un Certain Regard) A la recherche d’un emploi depuis plusieurs mois , à la suite d’un entretien qui tourne court , une jeune chômeuse , Sandrine ( Louise Bourgoin) décide de retourner dans sa famille à Roubaix. Sans prévenir sa mère de la situation précaire et difficile qu’elle traverse , très vite dans la maison familiale où on s’entasse et où les difficultés financière s sont pour tous un souci quotidien on s’inquiète du futur de Sandrine qui se doit de « participer » au financièrement au dépenses quotidiennes . Elle trouve travail chez son oncle qui a besoin d’aide pour son chenil. Très vite Sandrine va découvrir que l’oncle est impliqué dans un trafic de chiens venus des pays de l’Est , elle désaprouve mais le besoin d’argent la contraint à continuer de travailler et de subir . La honte se l’échec qu’elle a déjà vécu, elle va le retrouver dans le cadre d’un milieu familial où personne n’arrive vraiment à s’en sortir à l’image de sa sœur dont le couple ( sa sœur est modeste employée de mairie et son mari multiplie les CDD ) n’arrive pas à construire sa propre maison , tandis que sa mère vendeuse dans un supermarché subit le harcèlement de sa supérieure . La honte et les humiliations ressenties, seul l’oncle ( Jean Hugues Anglade ) semble y réchapper avec la réussite et les compromissions pour la marche de son chenil . Le Malaise,  avec ce qu’elle découvre et se retrouve contrainte d’accepter , ne fait que s’aggraver et sa révolte retenue se transforme en indifférence et elle finit même par rentrer dans le jeu et de relever le défi de cet univers particulier des trafics qui passe la frontière de la Belgique vers la France . Sandrine organise même en parallèle son propre trafic , comme un défi à son oncle , mais elle est consciente aussi de s’y perdre . A cet égard le réalisme qui s’attache à la fois à la description de l’atmosphère familiale où l’oncle se conduit comme une sorte de chef ( parrain?) a qui l’on ose pas s’opposer et qui de surcroît mène une double vie que tout le monde ignore , ou feint d’ignorer . Il y a aussi la description de cet Univers des trafics d’animaux et l’organisation clandestine qui s’y attache avec ses compromissions ( les faux papiers de vaccination ) . Du travail efficace également sur les tonalités ( Son et musique ) et une interprétation impeccable apportent la note juste à ce premier film. (Etienne Ballérini) Le programme du jour :Dheepan de Jacques Audiard ( Compétition) –The Assassin de Hou Hsiao Hsine ( Compétition) –Note Maison de Souleymane Cissé ( Hors Compétition) –Comoara de Cornéliu Porombuiu ( Un Certain Reagrd ) –The Other Side de  Roberto Minervini ( Un Certain Regard )

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