Art / Un flux d’artistes traverse la vallée des Paillons

Depuis le mois de mars et jusqu’à fin mai, des œuvres d’arts sont installées en extérieur dans les différentes communes de la vallée des Paillons. Flux est ainsi une nouvelle initiative du collectif No Made que l’on connaît bien (et apprécie, lire ici) pour ses événements artistiques à la villa du Roc Fleury (Cap d’Ail), à l’arboretum du Roure ou encore dans les universités de Nice.

Insallation d'Anne-Sophie Viallon
Installation d’Anne-Sophie Viallon – photo Ilan Dehé

Réalisé avec la communauté du pays des Paillons, Flux suit « ces cours d’eau qui traversent le territoire, se rejoignent à Drap et vont se jeter dans la Méditerranée. Le long des berges, les villages se sont crées, générant ainsi d’autres flux : migration, main d’œuvre, savoir-faire, idéologies, échanges commerciaux entre Nice et Piémont (sel, troupeaux, huile d’olive). Aujourd’hui, le flux c’est aussi le va et vient routier quotidien entre lieux de travail et d’habitation. »

Une vingtaine d’artistes* exposent ainsi leurs œuvres in situ dans les différents communes de la vallée.

Rencontre avec Denis Gibelin, président de No Made.

No-made travaille sur la place des œuvres d’art sur le territoire depuis de nombreuses années. Comment est né ce projet Flux dans la vallée des Paillons ?

carteorthogonale24-siteCela fait 15 ans que nous travaillons dans des lieux non dédiés à l’art et que nous tentons d’aller vers un public qui n’est pas forcément initié. Ces tentatives successives nous ont apporté une certaine expertise qui a été remarquée par l’ADPP (l’Association pour le Développement du Pays des Paillons) qui nous a confié ce projet avec un soutien financier de la Région. Dans le cahier des charges, il était convenu que l’ensemble du territoire soit couvert et qu’il y ait une interaction entre le patrimoine et l’art contemporain afin de faire découvrir ces lieux souvent méconnus et qui comportent de grandes richesses.

Ce Pays situé au nord de Nice couvre une superficie de 540km2 et regroupe 13 communes pour une population de 25 000 habitants. Neuf communes et le Lycée René Goscinny ont participé à cette exposition d’où l’ampleur et la complexité.

Le thème de flux a permis aux artistes de créer des œuvres qui étaient en adéquation avec les spécificités de ce territoire, en priorité les Paillons, qui naissent de ruisseaux pour se transformer en deux rivières et enfin en fleuve pour se jeter dans la méditerranée. Cette vallée est devenue naturellement un passage et une voie de communication pour les hommes et leur commerce (route du sel, route du ciment) et aujourd’hui lieu de vie et d’habitation de milliers de personnes qui travaillent sur la côte.

Comment s’est faite la sélection des artistes ?

Un appel à projets a été diffusé via des sites internet dédiés et proposé aux artistes « no-made ». Un des critères a été malheureusement budgétaire. Dans un premier temps il a été retenu des projets qui entraient dans notre enveloppe, puis des projets qui puissent être réalisés « in situ », en fonction des sites choisis selon une scénographie qui favorise l’éclectisme des supports d’expression (la sculpture, la photographie, les installations, la danse contemporain…). La faisabilité a été prise en compte ainsi que la valeur esthétique de l’œuvre.

La notion de territoire parcourt Flux mais aussi le travail de No-made. En quoi, il est essentiel pour vous de créer ce lien entre l’art et le territoire et donc entre l’art et les habitants de ce territoire ?

Le territoire est devenu une extension de la toile, de l’atelier, de la salle d’exposition. Nous considérons cet espace comme un lieu de création avec une vision globale en pensant bien évidemment aux personnes qui vivent ou qui ont vécu dans ce Pays. Il nous paraît essentiel d’aller vers ce public sans provocation pour tenter de susciter chez lui de la curiosité et pourquoi pas un intérêt pour l’art contemporain et les artistes.

Stappleton
or-paillon de Paul Stapleton à Blausasc-Peille

Ces œuvres d’art ne vont pas être installées de manière permanente. Est ce que cette volonté d’avoir une pratique éphémère sur la durée est pour vous une manière d’éviter que l’œuvre devienne un élément commun du territoire et éveille une curiosité sans cesse renouveler chez l’habitant ?

L’éphémère est présent dans les fondements mêmes de no-made, la notion de pérennité de l’œuvre sous-entend qu’elle soit achevée et de ce fait qu’il n’y ait plus de mouvement, l’œuvre devient une sorte de repère, et c’est une autre histoire.

La Tour de glace de Denis Gibelin installée dans la galcière de la gabelle à Lucéram
La Tour de glace de Denis Gibelin installée dans la glacière de la Gabelle à Lucéram

Quel retour avec vous eu des habitants et des politiques ? Même si vous êtes soutenu par la (communauté des communes de Paillons), on ne peut pas dire que la culture et la pratique artistique ne soit véritablement une des priorités actuelles en France.

Nous avons été soutenus financièrement par le Conseil Régional qui a eu la volonté de nous aider à monter un tel projet en collaboration avec l’Association pour le Développement du Pays des Paillons.

Bien que certaines communes ne se soient pas associées à ce projet et que nous ayons pu percevoir quelques réserves lors de sa présentation, nous avons senti au fur et à mesure des installations et des vernissages une adhésion des élus et même quelquefois un certain enthousiasme. Le travail a consisté à faire tomber les craintes et à révéler l’intérêt pour les communes d’un tel travail de sensibilisation. Nous avons senti également un désir de poursuivre cette expérience.

Certaines œuvres comme l’arche de Made sur le Pont de Drap, par sa monumentalité, sa position à l’entrée du Pays et visible de la pénétrante a suscité la curiosité et un questionnement de la part des habitants. Des rencontres ont été organisées à Coaraze à l’école, à la médiathèque et au Lycée René Goscinny avec les élèves de la filière Art Appliqué. D’autres rencontres de ce type auraient pu être prévues pour apporter davantage d’explications et recevoir des commentaires.

L'arche du pont de Made à l'entée de Drap
L’arche du pont de Made à l’entrée de Drap

Quant à la politique culturelle en France, c’est vrai qu’il y a eu des périodes beaucoup plus florissantes en la matière, mais il faut continuer à se battre pour que la culture fasse barrage aux obscurantismes.

Entretien réalisé par Julien Camy

Les artistes sélectionnées sont : Cie Antipodes, Lorenzo Biagi, Louis Dollé, Rachèle Rivière, Lili Bel, Isabelle Rabarot, Nadège Pagès, Denis Gibelin, Mary Joly, Jean Pierre Joly, Olivier Roche, Daniel Van de Velde, Anne Sophie Viallon et Ilan Déhé, Maurice Maubert, Jean Noël Fessy, Nicolas Lavarenne, Laurent Papillon, Jean Claude Fraicher, Made, Paul Stapleton, Florence Schumpp, Franz Stähler

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