Cinéma / PARTISAN d’Ariel Kleiman.

Le premier long métrage du jeune Cinéaste Australien ( 30 ans) évoque une expérience sectaire extrême au cœur, d’une communauté de femmes et d’enfants , vivant à l’écart du monde sous influence d’un Gourou. La forme de la fable et d’un récit rempli de non- dits, porté par la radicalité de la mise en scène offre une belle ampleur au film. Dérangeant et troublant …

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

La première image du film est emblématique, un homme Grégori ( Vincent Cassel ) , filmé de dos sur une colline surplombant la plaine et la ville, portant sur ses épaules un amas de ferrailles . Il semble dominer le paysage et les lieux. Le matériel qu’il porte est destiné à la construction d’une communauté qu’il dirige, recueillant femmes et enfants pour les protéger du monde. Une femme accompagnée d’un enfant qui se dirige vers ce repaire protecteur, le croise d’ailleurs sur la route. On se retrouve dans ce lieu laboratoire en construction, avec l’homme aux commandes distillant ses ordres, répartissant les tâches aux uns et aux autres, pour les abris des bêtes, les méthodes de cultures, la préparation des repas collectifs et toutes les activités destinée à faire en sorte que la vie communautaire autarcique, soit organisée au mieux …et pour le bien de tous. Parallèlement, un événement vient apporter dans la vie du gourou une saveur particulière, la naissance d’un enfant, Alexandre ( Jérémy Chabriel ) dont il est le père… les années passent, et tandis que la communauté s’agrandit et que la vie y suit son cours, le bel ordonnancement sous la surveillance du « gourou » qui y veille, se retrouve perturbé par quelques « signes » et indications d’un malaise qui semble s’y être installé. Au delà du thème de la communauté et du Gourou rebelle à la société , utilisant les malheurs des démunis et des laissés pour compte pour les embrigader et les manipuler dans la dépendance d’une dérive sectaire , le cinéaste se penche plus particulièrement , ici, sur le conditionnement qui peut y être fait sur des enfants et les dégâts psychologiques qui s’y attachent.

Les enfants et les femmes de la  communauté
Les enfants et les femmes de la communauté

Onze ans ont passé donc , et, dans la communauté  où les besoins , notamment, en nourriture ne semblent pas faire défaut, la vie s’écoule au fil des jours dans une sorte de rituel immuable auquel Grégori veille , faisant particulièrement peser son influence sur les jeunes enfants, dont il offre en exemple le travail de son fils qu’il prépare déjà à sa future lointaine succession «  il nous montre chaque jour qu’il est une star dont le cœur bat avec force et courage », dit-il aux enfants réunis lors d’une fête. Grégori sait y faire avec les enfants, organisant les jeux et les divertissements pour les amadouer en leur insufflant les devoirs et les priorités «  il faut absolument chérir ceux que tu aime tant qu’il sont là ,et les protéger », explique-t-il , encore. Mais , aux jeux et aux divertissements bon- enfant , y succèdent d’autres plus ambigus sur les maniement des armes, accompagnés de discours sur la « protection de ceux que tu aimes » faisant appel à la loi du talion qui invite  «  à détruire ,quiconque leur veut du mal ». Un climat vénéneux s’installe, dès lors , qui invite le spectateur à s’interroger sur la manipulation et sur le poids et l’influence d’une certaine forme d’éducation sectaire qui fait des enfants ( mais au sens plus large des individus qui peuvent et y être confrontées ) des êtres soumis, devenant des aveugles exécutants d’ordres. Hypnotisés et désemparés , ne sachant pas faire la différence, entre le bien et le mal …

Grégori ( Vicnet Cassel) Surveille ses ouailles
Grégori ( Vicnet Cassel) Surveille ses ouailles

C’est , sur ce « fil » de fragilité que le cinéaste développe son récit en y insufflant les ambiguités qui s’y attachent , et , n’offrant aucune explication à la radicalité qui s’y développe, s’évertuant à la rendre inaccessible et opaque . C’est ce « climax » voulu du récit et amplifié par une mise en scène, aux accents hypnotiques , qui joue sur les zones d’ombres et les raccourcis -et- finit par en devenir dérangeante et troublante, offrant une dimension qui l’est tout autant, à cette approche d’une forme de « vampirisation » des individus qui y sont soumis, et impuissants à s’en détacher. La démarche du jeune cinéaste Australien s’inscrit d’une certaine manière dans la continuité d’une recherche esthétique susceptible de traduire une forme d’emprise dont , dans le tout aussi troublant Martha Mercy May, Marlène , Sean Darkin avait cherché, lui aussi, à traduire les symptômes qui y conduisent. Ici , le mystère , la radicalité et l’absence d’explications offrent à cette dépendance , une force d’autant plus singulière qu’elle se retrouve incarnée par la dramaturgie des rapports entre Grégori et son jeune enfant ,soumis depuis sa naissance et plongé dans le bain, par un père aussi manipulateur qu’inquiétant, porté par un Vincent Cassel, troublant et cynique à souhait. Et lorsque, l’un des enfants de la communauté ( belles scènes ) se révolte , contre le sort fait à un poulet amoureusement élevé tué pour être servi en repas et se retrouve puni et exclu de la communauté, Alexandre dont il était l’ami commence à se poser des questions et manifeste sa solidarité en refusant de manger du poulet lors du repas collectif…

Alexandre ( Jérémy Chabriel )  au micro à la fête des enfants
Alexandre ( Jérémy Chabriel ) au micro, à la fête des enfants

Grégori qui voit , et comprend, la menace que la contestation peut entraîner sur  le bon fonctionnement de la  communauté , va chercher pour éviter le pire  et enrayer la menace ,  à remettre son fils dans le droit chemin… belles séquences du face à face, au cœur desquelles le cinéaste joue du rapport de force père-fils qui s’y installe, pour proposer à échelle « intime », le poids d’une soumission qui participe à un « lien » dont on ne peut se détacher. La colère de Grégori détruisant tout ce que le gamin rebelle avait construit, et puis, le silence pesant sur cette « évasion » de la communauté qu’il aurait quittée un beau matin laissant les portes ouvertes du poulailler dans lequel il s’était enfermé, participent au flou de l’instrumentalisation sectaire de laquelle il est impossible ( au péril de sa vie? ) de se défaire. Et Grégori, face à son fils, emploiera les mots du père protecteur et éducateur qui transmet sa vision du monde  « souviens toi de ce que je t’ai appris, tu grandiras et tu diras : Grégori avait raison ! »? . Le cinéaste souligne concernant son choix de traiter le sujet au travers de yeux d’un enfant :«  les enfants sont des adeptes des adultes de leur entourage , ils n’ont pas d’autres références . Pourquoi étudier les mathématiques ?. Parce qu’un adulte nous a dit de le faire, et ça ne se discute pas. C’est un thème très exploré au cinéma, car c’est un terreau très fertile ». Les liens du sang et le lien sectaire se retrouvant, ici , réunis dans une double obéissance imposée .

(Etienne Ballerini)

PARTISAN de Ariel Kleiman -2015-
Avec : Vincent Cassel, Jérémy Chabriel, Florence Mezzara, Anastasia Prystay, Sapidah Kian … »

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