Cinéma / MELODY de Bernard Bellefroid

C’est le thème de la gestation pour autrui qui est dans l’actualité, et qui a été peu traité jusqu’ici au cinéma, que le cinéaste aborde dans son second long métrage, via le portrait d’une jeune fille qui pour se sortir d’une situation de misère, va décider d’y avoir recours. Le film est passionnant par ses tonalités romanesques et mélodramatiques qui lui permettent d’éviter le film à thèse , pour se pencher sur les questionnements intimes des deux femme concernées.

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Les premières images du film nous montrent Mélody ( Lucie Debay) avec son sac à dos dans la rue et s’en allant déterminée ,remplir les boîtes à lettres d’un prospectus et ( ou) sonner aux portes pour faire état de son activité de « coiffeuse à domicile ». La coiffure c ‘est sa passion, et son rêve c’est d’avoir un jour, son salon.. Mais Mélody qui n’a pas de domicile fixe et survit, avec ce travail à domicile qui lui permet aussi de garder le « lien » social, à l’image de celui crée avec cette vieille dame qui se prend d’affection pour elle et lui donne un gros pourboire « prenez , vous avez beaucoup de courage , je veux vous aider  à réussir », lui dit-elle . Mélody a d’ailleurs pris des contacts avec un représentant pour verser une partie de la somme qui lui permettrait de préempter l’acquisition d’un local , en attendant l’accord d’un prêt bancaire …qui tardera à venir . Refusant de baisser les bras et de voir s’évanouir son rêve, après plusieurs échecs dans sa quête d’argent, Mélody en allant sur un site internet spécialisé faisant état de sommes importantes versées aux «  mères porteuses », décide de poser sa candidature…

Mélody ( Lucie Debay )
Mélody ( Lucie Debay )

 

Celle-ci posée, voilà Mélody qui va être contactée par une certaine Emily ( Rachael Blake ) une riche Anglais , bourgeoise d’affaires, la quarantaine passée et qui, n’ayant plus la possibilité d’en avoir, veut un enfant à tout prix.Toutes deux réunies pour des raisons diamétralement opposées donc dans un « deal » qui va les réunir, et surtout les contraindre au fur et à mesure que les événements s’enchaînent et que l’heure de vérité approche, à s’interroger sur leurs propres choix . En même temps que s’installe autour de cette décision commune et de la nécessité qu’elle implique d’une certaine forme de cohabitation, jusqu’à ce qu’elle arrive à son terme. C’est au cœur de cette longue attente allant de la défiance au début , en passant par l’acceptation d’une certaine intimité qui installe et laisse sourdre,  autour des révélations de leurs fragilités nées de leurs douleurs intimes, la tendresse qui naît du partage. En même temps que celle-ci peut faire éclater avec encore plus de violence les tensions ( Jalousie autour du désir de maternité de l’une et de l’autre ) qui naissent à chaque fois qu’il y a doute – chez l’une comme chez l’autre- à porter le poids de son choix . C’est dans l’exploration de cette dimension que le film trouve sa vraie force en refusant de se faire moralisateur, et en soulevant les questions sans parti-pris , par la confrontation des vécus respectifs, et de ce en quoi ils sont révélateurs. Dès lors le récit trouve sa partition , en jouant à la fois sur le registre d’un certain réalisme ( le jeune cinéaste a été documentariste ) , à la manière des Frères Dardenne ( Mélody est une sorte de Rosetta ) , réalisme  très efficace dans les séquences qui évoquent tous les problèmes  ( juridiques …) liés  à la faisabilité dont se fait l’écho le voyage à l’hôpital  en Ukraine, ou  l’accouchement   le moment venu,  aura lieu. Et  celui de la fiction, du romanesque et du mélodrame, qui participe du vécu des trajectoires de Melody et d’Emily dont «  chacune trouvera en l’autre ce qu’elle n’a jamais reçu », explique le cinéaste .

Mélody ( Lucie Debay)  et Emily ( Rachael  Blake )  à la Maternité.
Mélody ( Lucie Debay) et Emily ( Rachael Blake ) à la Maternité.

Ce choix du mélodrame agrémenté d’un certain suspense qui se distille tout au long de la seconde partie du film, fait écho à la première où le réalisme s’inscrit au cœur des deux démarches qui viennent se confronter à la réalité d’une décision voulue et assumée, qui va ouvrir les questionnements. Les auteurs l’utilisent – ici – de la même manière qu’elle le fut par les cinéastes spécialistes  ( des années 1950 – 60 , pour contourner le tabous ), qui prenaient le parti du genre et de ses codes, en usant de(s) artifice (s), comme révélateurs des personnages et de leurs désirs secrets et blessures intimes, qui les ont conduits à se retrouver dans une situation finissant par interpeller la société sur le sujet que leur vécu et leur drame soulève.  Habilement, ici, les auteurs  abordent  par le  biais du vécu  de leurs héroïnes, les questionnements sur les sujets auxquels elles  sont confrontées,  de la Gestation pour autrui  ou, de l’accouchement sous X , qui soulèvent le problème de l’avenir de l’enfant concerné par ces choix. Et dès lors les doutes qui  titillent Melody et Emil , offrent une toute autre perspective à leurs  interrogations douloureuses ,dont leurs vies ont été marquées. L’une ( Mélody) par sa naissance sous X dont elle porte le poids, et pour l’autre ( Emily ) la maladie qui l’a empêchée de vivre ce désir d’être mère dont elle a souffert et souffre encore, pour en tenter contre toute raison, une dernière expérience  .

Mélody et Emily  se  détendent en attendant l'heureux événement
Mélody et Emily se détendent en attendant l’heureux événement

Le cinéaste confie dans le dossier de presse du film « j’ai toujours été interpellé par la question de l’enfant considéré comme objet et qui devient sujet (…) une histoire c’est toujours la singularité d’un personnage , qui n’a pas pour vocation d’être le porte-drapeau d’un sujet. Je trouvais intéressant ici , de mettre ces deux sujets l’un en face de l’autre : la gestation pour autrui et l’accouchement sous X. L’accouchement dans l’anonymat est d’une violence terrible selon moi. Avons-nous le droit d’amputer un enfant de son passé ?. La connaissance de ses origines est-elle vraiment indispensable à la construction d’un individu, ou bien son équilibre est-il avant tout assuré par les liens affectifs et sociaux ? », explique-t-il dans le dossier de presse. Et par le biais de ses deux personnages ces questionnement sont magnifiquement illustrés. Les questions de la filiation ( le premier film du cinéaste La Régate , évoquait déjà ce thème autour du portrait d’un adolescent maltraité par son père ), du désir de maternité , des liens affectifs et sociaux y trouvent dès lors un tout autre écho dans celui qui leur est donné par le ressenti et le vécu d’Emily et de Melody qui nous confient, leurs doutes, et pourquoi elles en sont arrivées là. Et elles sont bouleversantes les deux comédiennes ( Lucie Debay et Rachael Blake) qui font vivre ces moments avec une intensité rare, dans les belles séquences où elles nous confient , leurs douleurs et leur désarroi.

(Etienne Ballerini )

MELODY de  Bernard Bellefroid -2015-

Avec : Rachael Blake , Lucie Debay , Don Gallagher, Jules Werner, Laure Roldan…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s