Cinéma / LE LABYRINTHE DU SILENCE de Giulio Ricciarelli.

 

Les coulisses de l’enquête, et du Procès de Frankfort qui au début des années Soixante en Allemagne , pointant les responsabilités des anciens cadres Nazis du camp d’Auschwitz et la chape de plomb qui, pendant des années, régna dans le pays pour « oublier » un passé dérangeant. Un premier long métrage et un film- dossier passionnant qui enrichi la force dramatique de son sujet par le respect des faits historiques et la rigueur d’une mise en scène , refusant les effets, qui  lui offre sa vraie dimension ( la complexité du « tabou » à faire tomber : la dénazification ) , admirablement illustrée …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

A la fin des années 1950 l’Allemagne cherche toujours à oublier un passé dramatique qui a conduit à sa défaite dans le seconde guerre mondiale, et qui a pointé sur elle le doigt du monde entier, lorsque la réalité de l’extermination dans les camps de la mort fut portée à la connaissance du monde. Pourtant, le spectre de la Nuit et du brouillard dont Alain Resnais en fit un film, ne fut pas totalement levé dans une Allemagne de l’après-guerre en reconstruction . D’ailleurs, comme l’illustre l’une des premières scènes du film, de nombreux fonctionnaires Nazis ont été réintégrés dans l’administration et tout le monde ferme les yeux, comme c’est le cas pour ce professeur reconnu par un rescapé des camps et qui enseigne dans un établissement scolaire, avec l’assentiment des autorités qui connaissent, pourtant son passé !.Dans l’Allemagne de la reconstruction on préféra « oublier » et tourner le dos au passé et à sa dérangeante culpabilité, balayant d’un revers de mains une certaine responsabilité collective qui laisserait entendre que « tout le monde savait et qu’au delà des cadres Nazis qui ont planifié l’innommable, de nombreuses collaborations ont permis de l’exécuter, par une  acceptation complice et que les raisons évoquées de n’être que des exécutants d’ordre qui ne pouvaient pas s’y soustraire, étaient un déni un peu trop facile permettant à certains de se soustraire aux responsabilité et se donner bonne conscience » , c’est ce que pense le Procureur Fritz Bauer ( Gert Voss) qui va confier au jeune débutant , Johann Redmann ( Alexander Felhing ), la charge d’une enquête et d’un dossier qu’il portera , avec détermination , jusqu’au bout .

Le procureur  Bauer  ( Gert Voss )
Le procureur Bauer ( Gert Voss )

C’est cette détermination qui fait le prix du récit et du film dans ce qu’elle a de révélateur, à plusieurs titres , sur l’Allemagne d’alors et une certaine politique national et internationale. Les allusions au rôle du chancelier Adenauer soucieux de la Paix sociale dans on pays «  il a mis en place une doctrine consistant à garder le silence sur ce chapitre de l’histoire » , explique le Cinéaste. Où celles sur la politique internationale de l’OTAN d’un certain laxisme sur le sujet des crimes de Guerre , et des Etats-Unis dont leur présence d’après-guerre en Allemagne et sur le sol Européen préfère se concentrer désormais sur la « priorité » ( la guerre froide ) des rapports Est- Ouest. Laissant dès lors au second plan les poursuites des criminels de guerre dont les dossiers sont « classés » et qui peuvent se permettre , à l’image de Joseph Mengele de faire des allers-retours de son exil à l’étranger jusqu’en Allemagne sans être inquiété ( la séquence au cours de laquelle Johann s’en offusque et se fixe l’objectif de le piéger lors d’une prochain séjour ) . La découverte de cette situation par Johann qui symbolise cette jeunesse avenir du pays  qui veut savoir la vérité , est l’un des axes importants du récit auquel vient s’ajouter, au fil du temps ( l’enquête qui aboutira au procès dura trois ans ) , la découverte via les témoignages recueillis des rescapés des camps ( belles et émouvantes séquences des témoignages et de leurs récits faits aux procureurs qui menèrent l’enquête ) d’une réalité qui va sourdre de ce Labyrinthe du silence, et de cette chape de plomb derrière laquelle , avec les complicités, les criminels ont pu se cacher.

Le  labyrinthe des  dossiers secrets
Le labyrinthe des dossiers secrets

A cette réalité , le constat de l’enquête et du travail effectué par Johann et ses associés auquel le journaliste Thomas Gnielka (André Szymanski ) apportera sa pierre en le rendant public. Un travail qui révèle , via les archives des camps ( dossiers classés  ) réalité des responsabilités permettant le fonctionnement de la machine d’extermination impliquant un nombre très important de « complicités », ce qui n’aurait pas été possible sans leur assentiment. Et l’importance de ce point d’argumentation majeur de responsabilité dont la stratégie de la défense au procès à fait état , et qui y fut exposée par le procureur Richter « la sélection était un acte d’humanité, destinée à sauver des vies humaines ». L’historien Micha Brumlik du centre d’information et des études sur l’holocauste , expliq « avec le procès d’Auschwitz , commença la véritable phase publique d’assimilation du passé. Que le massacre puisse être considéré comme un crime et non pas comme la conséquence d’une guerre horrible menée sur le front de l’Est , était alors une idée étrangère à beaucoup d’Allemands . D’un seul coup, le mal avait un nom, un visage, un âge et une adresse » .

Le journaliste  Thomas  Znielka( André Szymanski )
De face : Le journaliste Thomas Znielka( André Szymanski )

C’est sur ce constat, aboutissement d’un travail qui l’oblige à trouver des parades aux refus de l’administration ou aux pressions de toutes sortes ( les menaces physique et de mort des nostalgiques ) cherchant à faire peur , et à faire enterrer le dossier, ne font qu’amplifier la détermination de Johann et ses collaborateurs pour le mener jusqu’au bout. C’est simple pour eux , c’est devenu une question d’honneur que de porter à la connaissance de tous , les horreurs dont ils recueillent les témoignages qui certifient ce que personne ne veut entendre ( magnifique scène toute en pudeur et en retenue de la secrétaire prenant les notes des témoignages et s’éclipsant – après avoir entendu le récit de l’un d’entr’eux particulièrement atroce- dans un coin à l’abri des regards , pour fondre en larmes ). Pour Johann il s’agit de regarder la vérité en face et de ne plus se voiler les yeux quitte à ce que la nouvelle génération en soit amenée à se poser la question sur le passé de « leurs pères et leurs mères », et se demander s’ils ont d’une manière ou d’une autre été impliqués dans les rouages. Pour la première fois dans le pays , le procès de Frankfort qui débuta en Décembre 1963 devant un jury populaire , a permis de lever le voile et de percer l’abcès. Vingt deux exécutants des camps de la Mort qui , jusque là avaient étés préservés par le silence, y ont vu leur, responsabilité reconnue.

Johann ( Alexander  Felhing ) et sa secrétaire (  Hansi Yochmann )
Johann ( Alexander Felhing ) et sa secrétaire ( Hansi Yochmann )

Et ce long procès ( près de deux ans ) où les témoins rescapés racontèrent leur calvaire et désignèrent leurs bourreau , au delà des condamnations aura également permis de briser le silence de ce déni insupportable, et d’y voir les tortionnaires contraints de s ‘y montrer au grand jour et à rendre des comptes , et aux rescapés de voir , enfin, reconnu leur calvaire , et retrouver un peu de dignité. 360 témoins venant de 11 pays différents , dont 211 survivants d’Auschwitz y témoignèrent au long des 183 jours d’audiences. Mais il faut savoir aussi , précise le dossier de presse que « sur plus de 6000 anciens SS ayant servi à Auschwitz , seulement 22 ont comparu sur le banc des accusés . Aucun n’a montré le moindre signe de remords » !. Un constat que le film soulève en posant à plusieurs reprises on l’a ouligné , la question de la responsabilité à plus grande échelle et la nécessité d’un procès destiné à contribuer à l’entreprise nécessaire de dénazification «  durant les années qui suivirent la fin de la guerre ( …) la population tentait d’oublier cette sombre partie de l’histoire : ni les victimes , ni les criminels n’évoquaient ce sujet et la majorité des Allemands ne connaissaient pas Auschwitz. Ce chapitre aurait pu tomber dans l’oubli si quatre personne courageuses- un procureur général et trois jeunes procureurs -n’avaient pas surmonté tous les obstacles pour faire éclater la vérité au procès de Frankfort », conclut le cinéaste. Un travail auquel il rend un vibrant hommage …

LE LABYRINTHE DU SIELNCE de Giulio Ricciarelli ( 2014 )
Avec :Alexander Felhing, André Szumanski, Friedericke Becht, Gert Voss, Hansi  Yockmann…..

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