Cinéma / GOOD KILL d’Andrew Niccol.

Après Lord Of War (2005) ,dénonçant le trafic d’armes de guerre, le cinéaste s’attaque à un nouveau sujet sur  les conflits armés, et ouvre le débat sur les nouvelles technologies utilisées dans le combat contre le terrorisme, au travers de son héros, ex-pilote de chasse reconverti en « machine à tuer », via la télécommande de « pilote de drones ». Dilemme moral et problèmes soulevés par les « dégâts collatéraux » et  une certaine schizophrénie de la guerre sans fin …

l'Affiche  du film.
l’Affiche du film.

Le Commandant Tommy Egan ( Ethan Hawke ) ex-pilote de chasse aux commandes d’un F-16 en Irak et en Afganistan se voit reclassé et affecté par ses supérieurs à appliquer les nouvelles directives de lutte contre le terrorisme, via l’utilisation de drones armés et télécommandés à partir du QG désormais installé dans un camp spécialisé pour ces opérations sur une base militaire près de Las Végas. Ces nouvelles directives ont été prises par les autorités ( Présidence et armée de l’état) afin de réduire les pertes et de répondre aux « doléances » d’une population et des familles, qui ne souhaitent plus voir revenir au pays, les soldats dans les cercueils victimes des opérations d’intervention destinées à détruire des repaires de terroristes susceptibles de répliquer, ou, être victimes de « missions suicides » de ces derniers. Et, comme désormais les technologies nouvelles permettent de « télécommander » à distance des appareils qui peuvent « frapper » l’ennemi avec une précision « chirurgicale », et, sans risquer de mettre en danger la vie des soldats … le choix politique a semblé évident . Les avions de guerre laissés désormais sur le Tarmac et leurs pilotes reconvertis dans les nouveau services. Auxquels, s’ajoutent des recrues de la nouvelle génération qui a grandi les manettes des «  play- stations et des jeux vidéos de guerre » à la main, comme le souligne la superbe séquence du commandant qui les accueille en leur expliquant que « désormais ils ont avoir dans leurs mains des manettes avec un bouton sur lequel appuyer ..qui ne fera plus dans le virtuel, mais dans le réel avec au bout la mort des cibles  visées ». Superbe ouverture du film , qui , d’emblée pointe cette sorte de schizophrénie addictive appliquée à une guerre réelle, dont la « distance » établie par les technologies, ouvre la porte à une autre perception des dégâts ( psychologiques et moraux ) qu’elle peut provoque ainsi que de leurs conséquences . Appuyer sur un bouton et lancer un « missile » à distance et voir le résultat de l’impact sur un écran , offre une toute autre perception que celle du ressenti du combat et de l’affrontement de l’ennemi sur le terrain… pour en faire une sorte de guerre abstraite qui écarterait , ou éloignerait, tout sentiment de culpabilité…

image de la surveillance par drones, d'un repaire terroriste
image de la surveillance par drones, d’un repaire terroriste

Le cinéaste du magnifique Bienvenue à Gattaca (1998) qui ,déjà, posait par le biais de la fiction le problème éthique de l’homme pris au piège de la technologie ( ou de la science ) et devenant objet et machine obéissante (esclave ?) à son service. Dans ce film, le personnage principal refusait de plier et se rebellait , on le retrouve ici , dans un autre contexte , mais incarné par le même interprète , Ethan Hawke. Un choix certainement pas innocent de la part du cinéaste qui poursuit l’exploration d’un des thèmes centraux de son œuvre qui interpelle l’utilisation des progrès scientifiques et technologiques : «  je m’intéresse toujours aux rapports entre technologie et humanité : finissent-ils par se rejoindre ou pas ? , qu’ont-ils en commun ? », dit le cinéaste. Et dans ce contexte le Commandant Egan qui se trouve soumis à l’obéissance aux ordres, ne doit pas avoir d’états d’âme… sauf qu’il en a, surtout lorsqu’il constate que cette obéissance, le conduit à provoquer parfois ce que l’on nomme des « dégâts collatéraux ». Comme l’illustre la séquence de cette maison ciblée, repaire de terroristes,  et destinée à être détruite à un moment et une heure précise, alors que les images révèlent que des enfants ( des civils) qui sont près de celle-ci, vont se retrouver parmi les victimes, si elle n’est pas retardée . Egan, père de deux enfants à du mal à rester de marbre … et d’autres dégâts collatéraux du même ordre venant s’y ajouter lorsque d’autres cibles seront visées, il commence à douter de sa « mission » que lui rappellent pourtant ses supérieurs, à la fois sur place au QG ( Bruce Greenwood), puis,ceux qui décident au Pentagone, qui ont « évalué » le bien fondé de celle-ci, en fonction de ce qu’elle implique comme « vies sauvées » du côté des soldats de l’armée Américaine. Une évaluation et une détermination dans le combat contre l’ennemi , qui implique ce choix . Dilemme moral…02- Ethan Hawke

Le débat,  va s’installer au cœur des hommes et femmes aux manettes  dans la cellule du QG, sur les « victimes civiles » en question, où les partisans de la méthode forte  saluent la réussite des opérations par un « Good kill » ( objectif atteint) sans états- d’âmes , tandis que d’autres suivent Egan  et interpellent les donneurs d’ordres cherchant à éviter les risques de mettre en danger des vies civiles «  attention il y a un risque…ne peut-on reculer l’intervention ? », ou  font  remarquer plus vertement, comme le fait une des jeunes recrues , Véra Suarez ( Zoé Kravitz), qui , suite à une opération évoque le « crime de guerre » et finit par ajouter en pointant les conséquences «  en agissant ainsi nous sommes en train de terroriser les populations, et nous ne faisons que créer de futurs terroristes ! » . A cet effet, Andrew Niccol qui a eu du mal à faire son film sur un sujet « sensible » , explique son point de vue et ses choix : « j’ai voulu montrer la réalité brute des événements décrits dans le film. C’est ainsi que nous n’avons pas tourné dans des décors au sens traditionnel du terme, mais dans des lieux d’une authenticité absolue . Il s’agissait pour moi, avant tout ,de ne pas influencer le point de vue du spectateur, mais de filmer les drones tels qu’ils sont dans la vie réelle. J’essaie de garder un regard d’une grande objectivité pour que le public se fasse sa propre opinion de ce qu’il découvre à l’écran(…) je cherche à relater une réalité qui dérange et c’est bien pour celà que l’armée ne m’a pas du tout soutenu dans ce projet », explique-t-il .

Zoé  Kravitz  ( au premeir plan) et Bruce  Greenwood
Zoé Kravitz ( au premeir plan) et Bruce Greenwood

Andrew Niccol,  au travers du portrait du commandant Egan, filme un militaire et  un homme, qui s’interroge sur son métier et  l’obéissance aux ordres et ce qu’elle peut impliquer – et donc, en miroir «  c’est le visage de l’armée qui n’est pas montré sous son meilleur jour » , dit le cinéaste qui au travers de son récit veut pointer le sujet essentiel qui sous-tend son film, celui d’une nouvelle économie de la guerre et du risque qu’elle entraîne « d’une guerre sans fin que font courir les nouvelles technologies, en abaissant considérablement le coût financier des conflits armés ». C’est le  point fort  du récit , c’est  la première fois qu’un film aborde , cette question ouvertement, et c’est à mettre au crédit du film. Ajoutons-y , le savoir -faire du cinéaste qui réussit à créer admirablement les atmosphères ( le huis-clos du QG , les images des dromes et les impacts sur les cibles , ainsi que la vision sur les écrans de contrôle des opérations rendue presque abstraire par l’éloignement …) et les tensions qui s’y installent . De la même manière que sont superbement traduits dans toute leur complexité la violence mentale subie, les états d’âmes et les dégâts collatéraux dans la vie privée ( avec sa femme , Molly / January Jones) d’Egan  qui va sombrer dans l’alcool, puis le désamour d’un métier pour lequel il a sacrifié sa vie familiale, avant de trouver le sursaut nécessaire ( magnifique séquence d’une dernière cible, qu’il va s’offrir …) qui lui permettra de retrouver sa dignité, et faire la paix, avec lui- même. Dans ce parcours du commandant Tommy Egan,  qu’il porte de bout en bout pour en traduire toutes les interrogations et les tourments de l’âme qui y sont liés , l’interprétation d’Ethan Hawke , est absolument magistrale et offre au film et au sujet, toute sa dimension dramatique et la portée de l’interrogation morale qu’elle suscite . Du beau travail….

(Etiennne Ballérini)
GOOD KILL d’Andrew Niccol – 2015-
Avec : Ethan Hawke , Bruce Greenwood, Zoe Kravitz, Jake Abel, January Jones …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s