Cinéma / DEAR WHITE PEOPLE de Justin Simien.

Dans une prestigieuse Université Américaine, le parcours de quatre étudiants Noirs et de leurs amis confrontés au Racisme. Une soirée provocatrice provoque le drame et crée la Polémique et ouvre le récit à une satire à la fois bluffante et réjouissante sur «  comment être noir dans un monde de blancs ». Questions sur l’ère Obama et la persistance des tensions raciales. Prix Spécial du Jury au Festival de Sundance 2014.

l'Affiche du film
l’Affiche du film

Dans la prestigieuse Winchester University, les élections se préparent pour la nomination à la tête de la présidence de la résidence Universitaire historiquement noire. Les meetings se multiplient en même temps que les affrontements d’idées et que les « tensions » entre étudiants noirs et blancs redoublent en provocations, à l’image de cette soirée organisée par ces derniers et patronnée par leur journal humoristique. Soirée Halloween, dont le thème provocateur est « libérez le négro qui est en vous » à l’issue de laquelle chacun va devoir choisir son camp !. Soirée qui se terminera en sérieuse confrontation et bagarres qui feront la « une » de la presse. Ce genre de soirées ne sont pas une invention du cinéaste pour les besoins du film , elles ont eu lieu dans de nombreuses Universités Américaines et comme ici, certaines ont donné lieu a des incidents … par ailleurs, concernant le ressenti du « climat » des tensions, le cinéaste s’est inspiré de son expérience d’ étudiant dont les traits de ses personnages principaux sont inspirés de certains de ses amis de l’époque. Expérience à laquelle le tournage du film dans l’Université de Minneapolis, ajoute à la dimension réaliste souhaitée. Le cadre étant ainsi défini, dans le dossier de presse du film, Justin Simien précise, concernant ses personnages «  ils représentent des versions de nous à différentes étapes de la vie . Il arrive toujours un moment où il y a l’envie de se ressembler culturellement et d’appartenir à un groupe se fait ressentir (… ) pour affirmer leurs identités, les personnages se calquent sur des symboles ou sur les attitudes d’un groupe. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’iconographie dans le film, et que nous avons éparpillé des objets un peu partout pour exposer le comportement des personnages en fonction de leur idéologie » , explique-t-il .

Sam White ( Tessa Thompson)
Sam White ( Tessa Thompson)

Ainsi, Sam White (Tessa Thompson), la métisse s’accroche à son identité noire et  sa candidature à l’élection , vise à défendre l’appartenance menacée de la résidence aux étudiants noirs, Tandis que Coléandra dite « Coco » ( Teyonah Parrish) , elle , cherche plutôt l’intégration et joue de la provocation pour y parvenir. Face à Samantha il y a ,Troy ( Brandon P. Belle) le chef de résidence candidat à sa propre succession et fils du doyen de l’Université (Dennis Haysbert) , tandis que Lionel ( Tyler James Williams ) noir et gay cherche sa « place » et son identité. Autour de ces quatre personnages principaux, s’ajoutent les figures des « blancs » dont le leader, Kurt ( Kayle Gallner) directeur du journal satirique et par ailleurs , fils du Directeur de l’université . Kurt qui , entouré de ses amis va « jouer » les trouble fêtes dans le campus cherchant à attiser les tensions entre les communautés, jouant habilement sur les rivalités des leaders noirs et de leurs amis. Le choix du cinéaste de jouer « sur les attitudes et symboles » de groupe, offre une belle dimension à ces oppositions et aux contradictions qui se glissent au cœur même de ces rivalités. Séquences efficaces , qui – servies par des comédiens aussi épatants que naturels –  soulignent avec justesse, préjugés ,attitudes racistes, états d’âmes et contradictions. Comme l’illustrent par exemple les comportements de Sam, dont l’intransigeance de ses discours et de sa « gestion » de la résidence , font écho à une vie sentimentale dont elle cache une réalité toute autre. De la même manière que Troy n’assume pas ses choix et ne hésite  à … « tuer le père ».  Tandis que de leur côté les blancs qui s’offusquent contre la « discrimination positive » , n’osent pas afficher leur attirance pour la culture Black , ou alors, le font par une provocation ( la soirée en question) qui va mal tourner. Justin Simien, joue avec habileté sur les stéréotype et y trouve même en enfonçant le clou, la matière de son récit et de l’interrogation qu’il propose au spectateur.

Lionel ( Tyler James Williams )  au premier plan.
Lionel ( Tyler James Williams ) au premier plan.

Celle , qui interpelle justement sur la persistance du racisme et des actes racistes, sous l’ère Obama. A l’évidence, le cinéaste qui utilise la tonalité de la satire et de la comédie de mœurs, se refuse d’en tirer des conclusions et de porter des jugements qui le poseraient en moralisateur. Se posant plutôt en « agitateur » d’idées à la manière des cinéastes noirs , d’hier Robert Towsend , et du Spike Lee des Années 1970 , interpellant et suscitant le débat, comme d’ailleurs à sa manière son héroïne, Sam interpelle l’auditoire de son émission radio «  Chers blancs, le minimum d’amis noirs requis pour ne pas paraître raciste … est maintenant passé, à deux. Et désolée, mais non votre dealer ne compte pas ! ». Car, aujourd’hui les choses ont changé , et si justement, Sam par ses positions et son look, rappelle parfois le radicalisme militant d’hier, à l’évidence la jeunesse noire d’aujourd’hui, aux delà des modes et des stéréotypes dans lesquels elle s’est laissée entraîner, découvre une réalité qu’elle n’avait peut-être pas, vu venir .Comme le souligne le cinéaste «  Quand Obama fut élu, les gens ont pensé qu’on avait mis fin au racisme et mis derrière nous toute l’histoire ségrégationniste de notre pays. Finalement , ils se réveillent et réalisent que c’est faux », et les producteurs du film ajoutent « Certains événements récents à connotation raciste confirment la pertinence du thème du film ( …) , on le voit augmenter partout du tribunal aux campus Universitaires. Personne ne fait rien. J’espère que le film pourra ouvrir sereinement le débat » , expliquent-ils .

La charge humoristique qui permet de transcender la gravité du propos et le questionnement du cinéaste , pose aussi la question de «  l’ absence d’un nouveau cinéma d’auteur noir et des minorités « , dont il appelle à l’avènement et pour lequel , le cinéaste Afro-Américain et cinéphile de trente ans qu’il est,  y ajoute  en exemples à suivre pour leurs qualités visuelles et de mis en scène, les maîtres ( Fritz Lang , Stanley Kubrick , Robert Altman, ingmar Bergman …) , et bien sûr , les cinéastes noirs déjà cités ci-dessus, dont il souhaite qu’une jeune génération prenne le relais.

(Etienne Ballerini)

DEAR WHITE PEOPLE de Justin Simien – Usa , 2014-

Avec : Tyler James William, Tessa Thompson, Kyle Gallner,Teyonah Paris, Brandon P.Belle, Dennis Haysbert , Malcom Barrett….

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