Cinéma / EVERYTHING WILL BE FINE de Wim Wenders.

Après Pina et Le Sel de la Terre ( co-réalisé avec Juliano Ribeiro Salgado ), le cinéaste revient à la fiction avec le portrait sensible et intimiste sur un traumatisme consécutif à un accident, et sur le drame de la culpabilité, les douleurs intimes et leurs conséquences auxquelles offre toute son ampleur une belle utilisation de l’espace et de la profondeur de champ…

l'Affiche  du Film
l’Affiche du Film

D’emblée dès le générique, on pénètre dans un intérieur d’une cabane ancienne dont la chaleur est entretenue par un vieux poêle situé près d’une lit où repose un homme, Tomas ( James Franco ) dont on apprendra qu’il est venu se retirer dans cette région enneigée, pour y retrouver son inspiration d’écrivain en panne. Ses relations avec les autochtones sont franches et chaleureuses. Mais son inspiration qui tarde à venir et sa compagne Sarah ( Rachel Mac Adams ), restée au loin qui s’en inquiète, et avec qui la dernière communication téléphonique va tourner à la dispute, Tomas part se changer les idées sur la route enneigée. Sur le chemin du retour la neige qui tombe et le brouillard rendant la visibilité très faible, il percute mortellement un jeune garçon ,qui, avec son frère aîné s’amusait sur une luge à descendre la pente de la colline bordant la route. Un accident tragique dont les conséquences, vont longtemps se répercuter sur le quotidien et la vie non seulement de l’écrivain, mais aussi sur celle de la mère et du frère aîné ayant survécu à l’accident. Au delà de la quête de rédemption de Tomas dont le traumatisme vécu va bouleverser une vie déjà compliquée dont il va tenter d ‘en changer le cours, il y a aussi, celui de la famille de la jeune victime qui ne trouve pas de répit . Le cinéaste nous en offre une exploration, toute en empathie et en nuances, qui renvoie à leur impossibilité à faire le deuil, en miroir de celle du traumatisme de Tomas. C’est ce long chemin au fil du temps et des années qui nous est donné à voir et à comprendre par Wim Wenders, via le « lien » nécessaire qui va finir par se créer entre les concernés pour tenter de sortir du cercle infernal du sentiment de culpabilité, et trouver celui d’une certaine sérénité…

James  Franco et Rachel Mac Adams
James Franco et Rachel Mac Adams

Au cœur de ce traumatisme vécu par chacun, vont s’installer toutes les remises en question et la nécessité donc de trouver cet apaisement nécessaire. Wim Wenders trouve dans l’empathie pour chacun soulignée par le récit et la mise en scène , les éléments d’exploration qui lui permettent de définir et approfondir, à la fois , les caractères au travers de leur « vécu » intime et leur tentatives individuelles désespérées et parfois maladroites pour y parvenir. A l’image de Tomas qui va totalement changer sa vie sentimentale et sa perception du travail . De changement sentimentaux          ( compagne nouvelle) en attaches rendues plus « rassurantes » ( les relations avec son éditeur, et, celle avec le père ) , jusqu’à l’utilisation de la tragédie vécue comme élément d’une possible quête rédemptrice. De son côté kate ( Charlotte Gainsbourg, la mère inconsolable de la petite victime «  aidez-moi, seigneur! » , qui tente de se réfugier dans la religion et n’y trouve pas plus la paix que dans son travail, tandis que le grand frère du défunt en grandissant , et  malgré le suivi ( consultation d’un psy ) ne semble pas , non plus , trouver d’issue. Le récit porté par les mouvement de caméras ( plans-séquences et travellings ) que le cinéaste, introduit dans chaque scène pour nous plonger au cœur de l’intimité de chacun et cette douleur persistante , de l’impossible deuil à faire ( pour la famille ) et celui de la culpabilité qui hante l’esprit de  Tomas.

James Franco  Liliah Ftitzgerald  et Marie  Josée  Croze
James Franco Liliah Ftitzgerald et Marie Josée Croze

A cet égard les séquence des « sorties  pour se changer les idées » de Tomas avec sa nouvelle compagne, Ann ( Marie Josée Croze ) et sa petite fille , entretiennent le spectre d’un danger qui à tout moment peut resurgir comme l’illustre la scène de l’accident du manège et de la jeune fille blessée lors de leur sortie à la foire. De la même manière que le quotidien de la famille bouleversée par le drame , où tout désormais  se construit autour du souvenir ( Photos, etc…) du défunt qui hante la maison , et finit par en faire un « lieu » mortuaire malsain . Un lieu dont il faut trouver la porte de sortie ( le quitter , comme l’envisage la mère ?) , et  dont Christopher ( Robert Naylor) explore lui, devenu adolescent , une autre possibilité qui se traduit par cette belle et superbe idée de récit , abordant  le besoin devenant de plus en plus impérieux pour lui de tenter de construire un « lien » avec Tomas … qui trouvera,après un cheminement aussi insolite que tortueux, son aboutissement dans un final magnifique et bouleversant, que l’on vous laissera découvrir pour en apprécier toute la beauté .

Charlotte Gainsbourg  et James  Franco
Charlotte Gainsbourg et James Franco

Au cœur du cheminement de ses personnages Win Wenders, explore toute la gamme des « ressentis » et blessures intimes qui font sourdre à la fois les faiblesses et les défauts dont Tomas, par exemple, voit les reproches fuser par la bouche de ses proches qui ont pour effet de le faire sortir d’un enfermement ( entêtement) dans lequel il s’était réfugié pour se préserver, allant même jusqu’à utiliser ( exploiter?) le drame survenu comme élément d’inspiration littéraire qui va lui permettre de trouver le succès . La plaie n’en sera pas pour autant soignée, et la confrontation qu’elle va entraîner avec ses proches comme avec la famille de la victime de l’accident ( il revient sur le lieu de l’accident , comme le meurtrier, sur le lieu du crime …), va devenir un élément majeur pour le retour nécessaire, à la vie normale .
A cet égard ( et on sait depuis longtemps que Win Wenders est un directeur d’acteurs tout en finesse ), ici, le choix du casting impeccable s’y ajoute et joue à fond la carte du récit ( les non -dits et les expressions toutes en nuances de chacun) dont ils portent littéralement la dramaturgie. Et, il est complété par une mise en scène où l’explorateur de la matière filmique et des technologies modernes que le cinéaste a toujours été depuis ses débuts, est mise au service du sujet       (  superbes scènes d’intérieurs ) pour chercher à le transcender. Son choix de la 3D déjà admirablement utilisée pour les scènes de chorégraphies dans son documentaire sur Pina Bausch ( Pina / 2011 ) , offre ici ,  à la fiction par le superbe travail sur la profondeur de champ,  citée ci-dessus , et  à l’ utilisation qui en est faite , la  dimension de la tragédie;  et,  aux souffrances des personnages toute son ampleur par  les mouvements de caméras qui la portent, et lui ouvrent les perspectives et les points de vues. Images superposées, travellings anticipant, soulignant  ou prolongeant , donnant à voir et à comprendre angoisses ou menaces, suspense et états d’âmes.

Christopher  (  James  Naylor )
Christopher ( Robert Naylor )

La mise en scène est en constante adéquation -y compris dans ses rupture et hésitations ou digressions – avec ses personnages et ce qui  les meut , ou les paralyse.                  A l’image de la plume et l’encre d’ hier ( puis le stylo , la machine à écrire et le clavier d’ordinateur aujourd’hui ) de l’écrivain qui lui permettent de transcrire les mots de son univers et les émotions de ses personnages sur la page blanche , le cinéma de Wim Wenders est porté, lui aussi, par la plume de la mis en scène dont l’écriture par l’image, et l’utilisation de toutes ses possibilités technologiques ( dont il a par ailleurs – aussi – dénoncé la surenchère en forme de déclin qui pouvait en être faite ), lui permettent de transcrire son univers de cinéaste sur l’écran. Sachant adapter à chaque film et histoire la « tonalité » d’écriture ( Alice dans les Villes, Paris -Texas , Au fil du temps …) qui traduit le mieux les émotions des personnages qui y évoluent, portant leurs espérances et    ( ou ) le fardeau de leurs vies ( Les Aîles les du Désir ). Everything will be Fine , s’inscrit dans cette démarche et la description du traumatisme vécu par ses personnages , y trouve une belle dimension psychologique et dramatique .

(Etienne Ballérini)
Avec : James Franco , Charlotte Gainsbourg , Marie José Croze , Rachel Mac Adams , Robert Naylor…

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