Littérature / Un récit touchant : « Comme une image »

La jeune femme qui a écrit ce récit porte un prénom extraordinaire, Tiffany.
Son nom est celui d’une légende : Tavernier

Tiffany Tavernier
Tiffany Tavernier

Hé oui, Tiffany est fille de la scénariste Colo Tavernier et du réalisateur Bertrand Tavernier, que je ne vous ferai pas l’injure de présenter. Mais elle n’est pas que « la fille de » : romancière, scénariste et assistante réalisatrice. Pour son père, elle écrit les scénarios de Ca commence aujourd’hui et Holy Lola, — dont elle a écrit l’adaptation en roman. Enfant, elle apparaît également dans ses films L’horloger de Saint Paul et Des enfants gâtés.
Alors, qu’est-ce que « Comme une image » ? Une variation sur « mon père, ce héros » ? Un panégyrique ? Oh que non. La lecture de ce « short novel »* me donne d’abord l’envie de découvrir l’œuvre, l’univers de cette romancière. Ensuite, c’est la structure de l’écriture de cette œuvre qui est passionnante.
En effet, « Comme une image » se bâtit selon le principe du répons, c’est-à-dire que le récit est scindé en deux temps, à chaque intervention en correspond une autre. Et la première phrase va nous donner le « la » de la question : « Que restait-il de moi maintenant qu’il m’avait quitté ?»
Au départ il y a une catastrophe. Comme dans le roman de Jeanne Labrune, « Visions de Barbès » (voir article ici). Pour Jeanne, c’est la mort de son compagnon, Richard Desbuine. Pour Tiffany, c’est le départ se son mari, Dominique Sanpiero. Comparaison n’est pas raison, mais Tiffany et Jeanne sont romancières, scénaristes et réalisatrices.
Comme une imageS’instille un dialogue intime d’une part entre le vécu de Tiffany depuis cet abominable 5 septembre jusqu’aux premiers jours du printemps suivant, et d’autre part entre 21 « images », comme elle les appelle, de son père sur des tournages. Se comprend alors le titre de l’œuvre, « Comme une image » : l’image globalisante et du père et de celles qu’il fabrique.
Nous passons d’ « images » de repérages en « images » de tournage et les premières de ces images ne sont pas neutres dans la problématique fille/père : nous sommes en plein repérage de « Coup de torchon ». Ce film étant sorti en 1981, nous devons être en 1980. « J’ai 13 ans. Là-bas, à Paris, ma mère s’est tirée avec un autre homme, et mon père, pour sauver sa peau, se relance dans l’aventure d’un film. »
Deux séparations, deux « morts » symboliques : la mère et le mari. Serions-nous dans une variation du complexe d’Electre ?**
Les récits s’entremêlent, jusqu’à parfois ne faire plus qu’un, cette séquence du 14 septembre où elle reste hébétée suite au départ de son mari qui se mêle intimement, grâce à un « fondu littéraire » à l’image cinquième où elle évoque l’hébétitude (rien ne me fait peur) de son père qui assiste, impuissant, au départ de sa femme.
Et cette 8ème image où elle accompagne son père dans un restaurant rencontrer Romy Schneider. Nous sommes pendant le tournage de « La mort en direct ». La petite fille est en fascination devant l’une de ses héroïnes. A propos du tournage d’une scène avec Harvey Keitel, elle lui fait le plus beau compliment : « Comme s’il n’y avait plus de film ».
Romy que l’on retrouve dans la dernière image, la 21, (Tournage de « La mort en direct ») où la petite Tiffany, par la présence magique, incandescente, de l’actrice, littéralement « ne sait plus où elle habite ».
A l’épilogue, elle sait où elle habite. « Fluide, l’amour éclate en moi. »
Fluide, beau, intime, précis, comme l’écriture de Tiffany Tavernier.

Jacques Barbarin

« Comme une image », de Tiffany Tavernier, Editions des Busclats, 12€

http://www.editionsdesbusclats.com
Ces éditions se proposent de publier des écrivains reconnus à qui elles demandent de faire un pas de côté. D’écrire en marge de leur œuvre, un texte court, récit, essai, nouvelles, lettres… qui sera, selon leur cœur, une fantaisie, un coin de leur jardin secret, un voyage inattendu dans leur imaginaire.

* Un short novel désigne dans la littérature un roman court. Ici, « Comme une image » comporte une centaine de pages.
**Le complexe d’Electre  est un concept théorique de Carl Gustav Young qui l’a nommé ainsi en référence à l’héroïne grecque qui vengea son père Agamemnon en assassinant sa propre mère, Clytemnestre.

 

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