Je me souviens de Billie Holiday, née il y a tout juste 100 ans

Je me souviens qu’Eleanora Fagan, née à Baltimore le 7 avril 1915, prend au début des années 30 le nom de Billie Holiday, en référence à l’actrice Billie Dove, son idole blanche du cinéma muet.
Billie Holiday 1Je me souviens que sa mère la fait venir à New York en 1928, elle  commence à faire des ménages dans des bordels où elle chante à l’occasion mais finit par se prostituer.
Je me souviens qu’elle rencontre le producteur musical John Hammond qui, lui trouvant du talent, organise un enregistrement avec Benny Goodman.
Je me souviens qu’elle chante également avec Duke Ellington.
Je me souviens qu’elle continue de chanter dans les clubs grâce aux engagements que lui trouve John Hammond, en particulier au Café Society.
Je me souviens que,  à l’époque même où elle est la première artiste noire à chanter Metropolitan Opéra où elle signe un contrat en or chez Decca, elle se retrouve,  sous la coupe de Joe Guy, un trompettiste be-bop, dépendante à l’héroïne…
Je me souviens que dans son autobiographie, « Lady sing the blues », elle dit  de cette période  « Je suis rapidement devenue une des esclaves les mieux payées de la région, je gagnais mille dollars par semaine, mais je n’avais pas plus de liberté que si j’avais cueilli le coton en Virginie»
BillieHoliday-2Je me  souviens d’une voix… jouant avec les imperceptibles retards, les phrasés décontractés qui créent le swing si particulier de ses prestations.
Je me souviens d’un ton enroué, allié à une diction claire qui en fait pour moi une voix, un personnage à part, à écrire sur une page à part.
Je me souviens que si elle manque de la puissance d’une Bessie Smith ou de l’agilité d’une Ella Fitzgérald, elle possède cette « touch’ » ce grain, qui la fait  reconnaitre immédiatement.
Je me  souviens que je ne me souviens plus quelle chanson me touche le plus : peut-être Summertime ? Ou bien The man I love ? Ou encore  My Man? Non. Toutes.
Je me souviens que l’arrangeur et chef d’orchestre Ray Ellis, a dit, à propos de l’enregistrement de Lady in Satin : « Je dirais que le moment le plus intense en émotion fut de la voir écouter le playback de I’m a fool to want You. Elle avait les larmes aux yeux…»
Je me souviens  qu’elle décède le 17 juillet 1959, à trois heures dix du matin, à l’hôpital, d’une infection rénale et d’une congestion pulmonaire.
Je me souviens qu’en 1973, Lou Reed, dans son album Berlin, écrit une chanson à sa mémoire, Lady Day.
Je me souviens qu’avec elle, l’itinéraire de l’artiste et la trajectoire intime se confondent, c’est ce qui la rend si attachante : c’est une artiste qui, à travers les paroles des autres, chante sa vie, ou plutôt la vit.
Je me souviens que c’est tout ce qu’on demande à l’art : d’être authentique. Merci, madame.
Jacques Barbarin

Billie Holiday

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