Cinéma / Disparition : Manoel De OLIVEIRA, le Cinéma Portuguais perd son maitre.

Le réalisateur Portuguais s’est éteint …à l’âge de 106 ans, dans sa ville Natale de Porto
ce 2 Avril 2015. Centenaire resté en activité, il n’avait céssé de tourner caméra à la main, comme pour défier le temps. Son dernier long Métrage Gebo et l’Ombre, avait été présenté auu Festival de Venise en 2012 , et il avait encore réalisé des courts dont Le vieux du Restelo en 2014 . Il avait obtenu en 2008 au Festival de Cannes, la Palme d’or pour l’ensemble de son œuvre.

Manoel De Oliveira
Manoel De Oliveira

Le Cinéma Portugais et toute une génération de cinéastes qui avaient trouvé en lui un maître, un référent et un guide, se retrouvent orphelins . Car il était devenu le symbole et le moteur du renouveau du cinéma Portuguais, suscitant des vocations et inspirant de nombreux jeunes des nouvelles générations, qui, dans son sillage – après la fin de la Dictature Salazariste ( décès du Dictateur en 1970 ) et La révolution des Oeillets (1974) qui renversa Marcelo Caetano son successeur – prendront le relais .
Né en 1908 d’une famille de la Bourgoisie industrielle dont le pèrd était un « mordu » du cinéma qui lui a fait découvrir le films du Septiéme art naissant qui circulaient, dont les Charlots et autres comédies Américaines. Même si le cinéma balbutiat ses débuts dans le pays , le passionné de cinéma qu’il était devenu s’inscrivit à l’école d’acteurs de Reno Lupo dès l’âge de 19 ans, et s’initie déjà à faire des images grâce à la caméra que son père lui avait offerte . Il tourne ainsi son premier film documenaire Douro, faina fluvial en 1931 , film muet consacré à la vie quotidienne des marins qui arpentent le fleuve de Douro, à Porto.

Une scène du  film Aniki Bobo
Une scène du film Aniki Bobo (1942)

Parallélement il se met également à faire des cachets , à l’occasion, comme comédien figurant dans Fatima la miraculeuse de Rino Lupo ( 1928) et surtout dans le premier film parlant Portuguais Cançao de Lisboa (1933 ). Mais les structures du cinéma Portuguais et aussi la Dictatrure dans laquelle baigne le pays, ne sont pas propices à l’éclosion du cinéaste dont le regard naturalsite a du mal à se faire une place , et il se consacrera à des courts ou moyens métrages qui réflétent son intérêt pour l’art ( Les Statues de Lisbonne/ 1932 ) ou sur l’industrie automobile ( Automoveis em Portugal / 1938) dont il est un passionné , remportant en 1937, un grand prix sur le devenu célèbre , depuis, circuit d’Estoril . Ce n’est qu’en 1942 qu’il pourra tourner son premier long métrage Aniki Bobo consacré aux gosses de la ville de porto dont il dépeint le quotidien : l’école, les sorties et baigandes, les rivalités amoureuses. Film dont la tonalité réaliste et documentaire d’un regard également poétique, le rendra célèbre dans le monde entier . Le film annonçant et s’inscrivant dans la tonalité du Néo-réalisme ,alors  également naissant en Italie . Mais ce premier long métrage prometteur ne sera pas suivi par d’autres , le cinéaste préférant s’exiler hors du portugal et fuir la Dictature …

une scène  de  Francisca ( 1981)
une scène de Francisca ( 1981)

Ce n’est qu’en 1956 qu’il renouera avec la mis en scène avec Le peintre et la ville , documentaire sur l’évocation de la ville de Porto et du peintre Antonio Cruz , il faudra attendre les années soixante pour le voir , enfin , s’attacher à la réalisation d’un long métrage  (Acto da Primavera , Le mystère du printemps /1962) qui met en scène la représentation de La passion du Christ par les habitants du village de Curalha situé au Nord du portugal . Reconstitution fondée sur un texte du XVI ème siècle de Francisco Vaz De Guimaraes dont les fidéles perpétuent depuis , la tradition durant la semaine Sainte. Suivi par La Chasse (1963) une parabole sur la solidarité qui lui vaudra des déboires avec la censure de la Dictature qui lui verra signifier l’interdiction de tourner ….jusqu’en 1972 qui marquera la date de son vrai et définitif retour au cinéma avec Le passé et le présent , adaptationde la pièce de théâtre de Vincent Sanchez. Coup double : superbe satire sur la bourgeoisie et maîtrise téchnique du cinéaste qui inaugure ce qui sera un des axes majeurs de sa filmographie , le rapport théâtrer et cinéma  qui se prolongera avec la littérature . Désormais le cinéaste inaugure aussi une période de travail dans la continuité qui deviendra même au fil des ans une performance que de nombreux cinéastes lui envieront puis qu’il ne cesera d ‘enchaîner dès la fin des années 1970,  toutes formes confondues ( longs, moyens et courts ), les réalisations sans discontinuer .

Une  scène du  Soulier  de Satin ( 1985)
Une scène du Soulier de Satin ( 1985)

En 1978 avec Amour de Perdition adapté du roman de Camilo Castello Blanco , il signe un superbe film sur une liaison amoureuse romantique et désespérée vouée à l’échec dans le Portugal du 18 ème siècle . Et il poursuivra , encore plus magistralement son exploration des amours contrariées et de la psychologie de l’âme Portuguaise avec Francisca et ses séquences très travaillées . Le tout complété par un incéssant questionnement sur l’homme et l’histoire, sur son pays et ses racines .
La « machine » cinéma de Manoël De Oliveira  fonctionne, et son charme finit par séduire les plus réticents qui lui reprochent sa « théatralité » et son « austérité » , alor qu’il y a beaucoup de  dérision  d’ironie  et  d’humour  dans ses  films. .
Et il multipliera,  les incursions dans les genres , pour dérouter autant que pour séduire, la forme toujours là pour adapter Claudel ( Le Soulier de Satin / 1985) , ou mettre en abîme et en accéléré une pièce de théâtre ( Mon Cas / 1986 ) mal reçue par le public. Se jouant des conventions de l’opéra romantique ( Les cannibales / 1988 ) pour y inviter le baroque, le fantastique, la drôlerie saupoudrée d’une pointe de férocité. ( Re) visiter l’histoire coloniale du Portugal et ses défaites ( Non, ou la vaine Gloire de commander / 1990) dans le sillage d’un sous-lieutenant et ses compagnons d’armes dan la brousse Africaine , ou , dans le sillage du Roi Don Sebastiao ( Le cinquiéme Empire /2004)  parti se battre ,dans le sillage des glorieux ancêtres….puis , passer à la fable comique ( La Cassette/ 1994 ), ou revisiter le Mythe de l’explorateur Christophe Colomb en Portuguais ( Christophe Colomb, l’énigme , 2008)…

Une scène de  tournage  de Belle  Toujours . Bule  Ogier , Manoel de  Oliveira, Michel Piccoli
Une scène de tournage de Belle Toujours (2006) .
Bule Ogier , Manoel de Oliveira, Michel Piccoli

Transposer La Divine Comédie (1991) de Dante dans un asile psychiatrique pour en faire une parabole d’intérrogations sur le monde, ou s’inviter à un hommage à Luis Bunuel ( Belle toujours / 2006) ou au cœur de la mélancolie d’une femme ( Val Abraham /1993) , et encore  chercher à percer les secrets des sentiments  humains ( inquiétude / 1998) , ou  ceux des comédiens ( Je rentre à la maison / 2001) . Parole et utopie ( 2000) , Le principe de l’incertitude (2002), les titres de ses films sont significatif , ils parlent ( Un film parlé /2003) d’une quête de soi et de l’autre, d’une « communication » universelle . Ils parlent aussi du Pays, des traditions , de la culture , et de sa ville Natale tant aimée , Porto ( Porto de mon enfance / 2001) dont il fait un magnifique portrait  et  perpétue la magie en invitant Les frères Lumière et Méliés dans le Superbe L’étrange affaire Angélica ( 2010 ) où les souvenirs se mêlent, invitant le réalisme documentaire avec les vignerons cultivant à l’ancienne sur les collines de Porto, et le conte d’un amour imaginaire au delà de la mort , et  y faire sourdre,  poésie de l’imaginaire, envolées lyriques et oniriques … celles d’un jeune  cinéaste de plus de Cent ans, s’éssayant pour la circonstance…aux nouveautés du Numérique !. Magistral.

Une scène de l'étrange affaire  Angélique ( 2006 )
Une scène de l’étrange affaire Angélica ( 2010 )

C’était tout celà , le cinéma de Manoel De Oliveira, un cinéma d’une richesse formelle extraordinaire qui a exploré toutes les formes de la création artistique, servi par ses admirables et fidéles comédiens portuguais ( Leonor Silveira, Diogo Doria , Luis Miguel Cintra, Mario Barroso, Maria De Medeiros …) , sans oublier les techniciens ou les producteurs , dont Paolo Branco,  qui l’accompagnera pendant presque trois décénnies . S’il fallait encore souligner l’importance de l’oeuvre du cinéaste,  il suffirait de citer les grands comédiens ( Michel Piccoli, Catherine Deneuve , Michaël Lonsdale , Michel Aumont,  John Malkovitch , Marie-Christine Barrault , Bulle Ogier , Chiara et Marcello Mastroianni, Jeanne Moreau , Claudia Cardinale …) , qui ont réjoint son univers.

(Etienne Ballérini)

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