Cinéma / BIG EYES de Tim Burton.

Après Dark Shadows et Frankenweenie (2012), le cinéaste nous livre l’adaptation d’une histoire vraie survenue dans les années 1950 à la peintre Margaret Keane dont l’oeuvre se fut appropriée par son mari. Sous la forme d’une jolie comédie enlevée,il  nous  invite à une  belle réflexion sur la supercherie , l’imposture, et l’exploitation commerciale…sur la célébrité et l’Art.

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Les premières images du film ont un parfum « kitsch » avec cette imagerie de couleurs des maisons et des voitures qui rappellent le décor des années 1950, de la banlieue pavillonnaire d’Edward aux mains d’Argent (1990) et surtout à cette vie codifiée dont Margaret et son mari installés dans leur rôles ( femme à la maison et mari dominateur ) sont en train de vivre les dégâts dans leur foyer. Et Margaret ( Amy Adams ) qui ne supporte plus les éclats de son époux et s’est réfugiée dans la peinture d’enfants aux yeux surdimensionnés, finit par craquer et quitte le domicile  amenant sa fille avec elle, persuadée qu’elle finira avec ses tableaux par acquérir son indépendance.   Pourtant  tout avait  bien commencé… alors qu’elle est en train de peindre dans un lieu en plein air, elle est abordée par un inconnu qui dit être peintre et se montre très intéressé par son travail, entamant une discussion sur la manière dont elle pourrait faire de son hobby, un métier. « Savoir se vendre » , là est la question . Walter qui joue non seulement de sa séduction mais de sa persuasion , réussit à  convaincre Margaret. Il deviendra son  mari, organisant vie familiale et artistique. Insensiblement, ce dernier profitant de la faiblesse de Margaret qui voit en lui un sauveur, va installer une sorte de domination persuasive  toute en finesse, se cachant derrière une prétendue double admiration. Faisant, habilement jouer son  admiration, de l’oeuvre et de la femme. Celle-ci, prise au piège et dans l’engrenage du « couple », accepte que Walter s’approprie la paternité ( en les signant à sa place ) de ses œuvres,  les expose et les  commercialise exploitant le marché de la publicité alors, en pleine expansion.

Margaret ( Amy Adams )  au travail , sous surveillance de  son amri ( Christoph Walz)
Margaret ( Amy Adams ) au travail , sous surveillance de son Mari ( Christoph Waltz)

L’imposture fonctionne, et le  succès  au rendez-vous, le  couple prospère pendant des années, avant que, lassée d’être reléguée en retrait et contrainte de subir les humiliations et les mensonges publics de son mari qui, désormais, attire toute l’attention sur lui, et  lui dénie en se les appropriant, ses qualités artistiques. Alors, comme elle avait quitté son premier domicile conjugal, cette fois-ci elle rompt le pacte, et dénonce la supercherie dont elle s’est faite la complice. Scandale, procès … et surtout décryptage en règle de l’exploitation commerciale dont Walter ( Christopher Waltz, pétillant et cynique)  joue avec habileté en surfant sur la vague et l’air de du temps. Dès lors, la roublardise de Walter s’immerge totalement dans le « moule » et la mode de l’époque où la publicité, crée l’événement. Dans la maîtrise de la gestion de ces événements Walter est passé maître, utilisant toutes les « accroches » qui permettent de vendre en faisant la « une » des journaux. Tout est permis : provocations, faire le coup de poing avec un critique artistique ( Térence Stamp) , pour attirer l’attention qui permet de  faire  la « une »  de la presse,  et « booster » les ventes. Walter, en rajoute dans ce jeu de dupes qui consiste à faire du spectaculaire, une caution Artistique. Ce n’est plus le tableau et l’oeuvre qui se retrouvent au premier plan, mais l’artiste, dont l’aura habilement fabriquée, le  fait  se retrouver propulsé, au rang de Star. L’art et la peinture- ici en question – sont devenus désormais de vulgaires objets de consommation dont on vante les mérites et les qualités de la même manière que des produits ménagers. Comme l’illustre la scène où Walter qui, à l’issue d’une émission TV, voyant se ruer le public sur les affiches de l’exposition en vient à mettre en place l’idée de vendre des reproductions des tableaux « ce que demande le public c’est d’ en avoir la restitution…»,  l’idée  lui vient d’initier  un tirage à grande échelle… imitant  un certain Andy  Warhol ,  et  reproduisant  à  sa  manière, la  démarche  du  célèbre  artiste  du pop-art:  « … être  bon en affaires, c’est la forme d’art  la  plus fascinante. Gagner  de l’argent est un art, travailler est un art, et les affaires  bien conduites  sont le plus grand  des  Arts (…) j’ai  commencé dans l’art commercial et je veux terminer  avec  une entreprise  d’Art« .  Sauf  que  Walter,  n’était pas  un artiste, il avait  une  femme -esclave à  son service,  pour  faire fructifier son entreprise d’arnaque !.

Walter ( Christoph Waltz )   menace le critique ( Terence Stamp )  hostile  lors de l'exposition.  hostile  , fa
Walter ( Christoph Waltz ) menace le critique ( Terence Stamp) hostile lors de l’exposition.

Et au cœur du portrait de Margaret, se dessine alors , celui de la condition d’une femme soumise qui , à l’aube des années soixante dix finira par se soustraire – comme beaucoup d’autres – au sort qui lui avait été fait fait dans les deux précédentes décennies . Walter ne cessant, machisme oblige , de lui rappeler « une femme peintre , ça ne marchera pas !. » . En refusant de continuer à cautionner l’imposture par sa soumission, Margaret demande à être reconnue dans sa dignité et dans son art, devient une femme moderne désormais à la conquête de sa liberté . A cet égard le procès qui a lieu avec et ses références aux séries télévisées            « Perry Masson », et, ses clins d’oeil révélateurs d’un Walter enfin démasqué, qui ne savait rien faire d’autre que de surfer, sans talent, sur la vague. Margaret en dénonçant le portrait vivant d’un affabulateur, d’un escroc et d’un faussaire, renvoie la balle à cette société dont la devise « célébrity is art » qui lui a permis de prospérer, avant que le rideau ne tombe. En filigrane, Tim Burton, inscrit également une réflexion sur l’impact d’une autre duperie, qui consiste à faire croire que le succès populaire ( d’une œuvre ) pourrait être « caution » de qualité. Les portraits d’enfants aux yeux énormes, de Margaret Keane ont eu un impact et un énorme succès public à l ‘époque, et le fait qu’ils aient pu être à l’origine de cette escroquerie – dont le critique d’Art déjà cité, se fait l’écho – est aussi une interrogation que le film soulève. La renvoyant en miroir à Walter, portrait vivant d’une double démarche, d’absence créative et de réputation surfaite.

Le cinéaste continue  donc à s’interroger sur la place de l’art dans la société , et, son propos qui vise et questionne sur le succès populaire, par son choix de traitement voulu, sous les tonalités de l’un des genres cinématographiques le plus populaires : la comédie légère du mélo de couple,  en renforce l’impact sur le spectateur…

(Etienne Ballérini)

BIG EYES de Tim Burton – 2015-
Avec : Amy Adams, Christoph Wlatz, Jason Schwartzman , Danny Hustoon , Terence Stamp.

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