Théâtre / Antibea revisite Pinter

L’œuvre du dramaturge anglais Harold Pinter n’a jamais été autant d’actualité, souvent l’absurde est au cœur de l’intrigue, un peu comme dans la société actuelle où dans un monde surchargé d’innovations technologiques et de médiatisation à outrance nous avons malgré tout, souvent des difficultés à communiquer avec les autres, et presque à s’ignorer. Après le Retour, c’est l’Amant que propose la Compagnie Antibea Théâtre.

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Dominique Czapski, comédien, metteur en scène et directeur artistique de ce petit Théâtre de 101 places, programme des oeuvres qui font corps avec l’ambiance sociale de notre pays. Ce théâtre de l’absurde est un peu l’image de l’œuvre d’Harold Pinter comme dans l’ Amant que Dominique Czapski avait déjà monté, il y a 25 ans et remonté une nouvelle fois, il y a 10 ans, pour 2015, c’est une nouvelle création qu’il propose, un défi à son propre travail théâtral «… je crois que je n’ai pas encore bien compris et, donc j’ai toujours envie de le comprendre un petit peu plus…je ne suis pas sûr que Pinter l’ait compris tout à fait parce qu’il écrivait à l’inspiration, comme çà…il dressait des contours et puis, il laissait vivre les personnages et, donc, il y a des culs de sac dans cette pièce…bon, c’est Richard et Sarah qui se fabriquent des après midi amant, maîtresse mais par delà çà, ce n’est pas ce qui est important, en fait, ce qui est important, c’est que ces deux personnages sont dans la menace de la frustration de leurs propres désirs…Alors, on va dire, c’est sado/maso mais ce n’est pas que çà, ils ont surtout peur de devenir frustrés d’un désir potentiel et, c’est çà qui détermine qu’ils ne savent pas inventer un jeu amoureux qui ne va pas mal finir mais qui va être désordonné et qui va faire qu’ils deviennent complètement schizophrènes…là, j’ai la chance d’avoir trois comédiens qui ont déjà joué dans le Retour et qui avaient déjà joué dans des Tchékhov ici…La femme, c’est Astrid Rousseau qui jouait Ruth dans le Retour, Sébastien Le Roy joue le rôle de Richard, , Francki Anemoli qui a un tout petit rôle, le rôle du laitier complètement incompréhensible, j’en ai fait moi, un dealer de sexe…il y a 10 ans, j’avais fait une version Lolita avec une très bonne comédienne qui avait 20 ans et j’avais gardé Richard mais c’est une version qui ne m’avait jamais vraiment satisfait parce qu’il y avait un décalage, c’était truqué mais c’était intéressant comme démarche…c’est un spectacle que je ne comprends pas encore »

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On parle de modernisme, est ce que pour vous, c’est un théâtre dit moderne ?

« Oui, parce que le théâtre de Pinter a été défini par des gens qui ont fait des travaux sur son œuvre comme le théâtre de la menace…Pinter, quand il avait 10 ans, il a pris des bombes de la bataille d’Angleterre sur la gueule, donc, quand on est enfant et qu’on reçoit des bombes, ce sont des accidents tous les jours mais c’est énorme…je crois que c’est traumatisant et en même temps, ça explique quand même l’absurdité de la vie, c’est vrai que des auteurs comme Bond, Pinter, une fois qu’on a vécu la Shoah, Auschwitz, Hiroshima, Nagasaki dans des démocraties qui se croient intelligentes, qui se veulent intelligentes…on se dit, ah oui, c’est çà le monde est absurde et puis ce qui est en train de se dérouler dans la misère de la démocratie, maintenant, des gens n’ont plus envie de voter…des extrémismes qui s’élèvent comme çà, pourquoi ?…Parce qu’à l’intérieur de nos démocraties, il y a une forme de platitude qui est devenue absurde où il n’y a plus d’idées…alors, on nous dit finances, économies et c’est l’argent qui va tout régler, alors que l’argent ne règle jamais tout, il amène l’absurdité, là, il y a la menace …peut être que bientôt, ce sera une météorite qui va nous menacer, ce sera encore une belle bulle du capitalisme qui va créer encore plus de malheureux »

Le public d’Antibea continue-t-il à vous demander un répertoire classique et Pinter fait-il partie de ce théâtre classique désormais ?

« Bien sûr, Pinter est devenu un classique parce que la pièce est de 1964, elle a été traduite en 1965 et créée par Jean Rochefort et Delphine Seyrig et Bernard Fresson, moi, j’ai vu quelques photos, je pense qu’ils l’avaient traitée un peu boulevard…nous, pas du tout. Il ne faut pas oublier que, maintenant, en français, il y a des adjectifs « pinterriens » ça veut dire vraiment l’atmosphère « pinterrienne » 

Toujours dans le répertoire classique, quel serait l’auteur que vous aimeriez programmer ?

« On aimerait avoir les moyens pour monter plus de Shakespeare, ça fait 10 ans que je n’ai pas monté de Shakespeare…j’aimerais bien le faire, je travaille beaucoup en atelier, je retravaille beaucoup Hamlet et j’aimerais bien, un jour monter le Roi Lear, c’est une globalité dans le théâtre… »

Après Pinter, c’est Jean Anouilh qui aura l’honneur d’être joué en avril avec Antigone. Au Mois de mai, ce sera Théâtre sans animaux, un grand succès de Jean Michel Ribes, repris par Antibea.

 

Jean Pierre Lamouroux

.L’Amant, les 20, 21,22 mars

04 93 34 24 30

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