Cinéma / SELMA d’Ava DuVernay.

Le film  raconte le combat mené par Martin Luther King pour que soit respecté le droit de vote des noirs Américains remis en cause dans certains états, comme celui d’Alabama  état Sudiste, dont la ville de Selma fut le cœur des enjeux. Quatrième long métrage de la Réalisatrice indépendante Américaine révélée au Festival de Sundance avec Middle of Nowhere (2012) qui lui avait valu, le prix de la meilleure réalisatrice.

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Si, la constitution Américaine dans son 15ème amendement avait octroyé le droit de vote à tous les citoyens Américains avec le  « Civil Rights act » voté  en 1964, celui-ci se retrouvait rejeté dans de nombreux états , notamment ceux du Sud, où les autorités locales avaient mis en branle tout un système d’obstruction et de pressions pour que celui-ci  soit refusé aux potentiels électeurs noirs en ayant fait la demande. A l’image d’une des première séquences du film qui nous montre le rejet dont est victime une citoyenne noire  de la ville de Selma, qui se voit pour la énième fois  refuser sa demande. Au cours de l’année 1965, la colère monte dans cette ville, où, toute personne de la population noire voit sa requête rejetée, et que , dans le même temps des actes de violence sont commis par les activistes de la population blanche et ( ou )  du Klu Klux klan . Un attentat odieux qui va faire de nombreuses victimes, parmi lesquelles des fillettes innocentes, va faire grand bruit , et remonter jusqu’au sommet de l’état, au Président Lyndon B. Johnson. Situation de crise, et intervention de Martin Luther King dont le combat pour les droits civiques de la population noire , lui a valu en 1963 , le Prix Nobel de la paix. Négociations et tractations qui s’éternisent …et trois marches de protestation destinées à marquer les esprits pour faire avancer la cause. La première marche en Mars 1965 se solda par une répression sanglante sous l’oeil des caméras T.V et le regard incrédule de 70 Millions téléspectateurs. L’émotion suscité par la violence qui se soldera par une « marche » de Selma jusqu’à Montgomery à laquelle  se  joignirent les progressistes blancs, va conduire le Président  Américain  à céder et à promulguer,  une nouvelle loi contre la ségrégation pour l’accès aux urnes.

Rencotre entre  le président  Johnson ( Tom Wilkinson)  et  Martin Luther  King ( David  Oyelowo)
Rencotre entre le président Johnson ( Tom Wilkinson) et Martin Luther King ( David Oyelowo)

De ce cadre défini, la réalisatrice Afro-Américaine nous entraîne au cœur de la lutte et des enjeux , en s’appuyant à la fois sur une description factuelle des événements qui permettent au spectateur  d’aujourd’hui de suivre le déroulement des faits et en miroir de ceux-ci et de la montée dramatique  de s’ ouvrir à la conscience et à la perception de ce que fut la réalité d’une longue lutte pour les droits civiques qui commença au début des années 1950, avec les premiers mouvements de résistance et d’action ( le Boycott des Bus de Montgomery en 1955 pour l’accès aux noirs des mêmes places que les blancs ), dont les acquis ne cessèrent d’être remis en cause, à l’image de celui emblématique du droit de vote au centre – ici- du récit et du film.  Et Ava DuVernay donne justement à voir et à comprendre cette dimension, en ajoutant à la description du déroulement des faits, la dimensio  des enjeux politiques au cœur des tractations desquels , elle nous entraine dans le sillage des hommes ( J. Edgar Hoover du FBI, le gouverneur Wallace de l’état d’Alabama, le président Johnson et Martin Luther king…), et des nombreux militants et autres anonymes, qui en furent les protagonistes. C’est cette dimension humaine ,politique  et  collective, dont la cinéaste restitue avec une certaine habileté de mise en scène – y compris dans sa dimension classique – dans la reconstitution,  cherchant à en traduire avant tout la portée historique       qu’ elle a représenté. Une dimension à laquelle elle renvoie, habilement, certaines interrogations au présent , notamment, en ce qui concerne celle, des actes et violences racistes qui persistent encore aujourd’hui .

Une scèn de la manifestation réprimée  . Au centre  Oprah  Winfrey  frappée  par  un policier
Une scène de la manifestation réprimée . Au centre Oprah Winfrey ( comédienne et productrice  du film )  molestée  par un policier

C’est ce contexte politique dont la crise majeure , finit par révéler le véritable visage au travers des coulisses où toutes les ficelles se nouent et se dénouent. Qu’il s’agisse des divergences de point de vue ( violence ou non violence ) entre Malcom X et Martin Luther King, sur les méthodes de lutte pour y parvenir du coté des militants noirs .
Ou de celles qui donnent à comprendre les enjeux politiques et luttes d’influences ( poids du FBI, le président Jonhson et ses priorités évoquées ..), dans le camp des blancs . Ava DuVernay les donne à comprendre en évitant la schématisation, en même temps que la complexité qui nuirait au propos . Par contre, habilement , elle n’hésite pas à aborder quelques « pistes », qui n’hésitent pas à aller contre les idées reçues, et qui ont suscité la polémique aux Usa . Comme celle qui s’inscrit dans son portrait du Président Johnson ( Tom Wilkinson, excellent ) au coeur des séquences des tractations lors des rencontres avec Martin Luther king ( David Oyelowo, très convaincant dans le rôle du pasteur, qui confirme son talent immense après son rôle dans Twelve Tears Slave de Steve McQueen / 2013 ). Mais également dans la belle séquence du face à face avec Edgar Wallace où les divergences de vues sont au cœur, en même temps que la vision de son rôle afin de  « marquer » l’histoire, sur le sujet.
Portrait d’un Président Américain réticent, calculateur, cherchant à imposer ses priorités ( la guerre du Vietnam, son action contre la pauvreté plutôt que sur le respect du droit de vote …) une image qui écorne un peu celle d’une postérité qui célébra son « Voting Right Act » en Août 1965, qui entérina  par  sa  signature, la pression de la Marche de Selma à Montgomery.

Martin luther  King ( David  Oleyowo, au centre )  monte à la  tribune
Martin luther King ( David Oleyowo, au centre ) monte à la tribune

Un certain didactisme ,voulu , du récit et du film, y trouve sa place et l’écho nécessaire sans être lourdement appuyé, lorsqu’il renvoie – par exemple – la lutte et ses enjeux,  à la dimension d’une époque où le poids des médias commençait à influencer les décisions et les lutttes politiques, comme le reflètent les scènes montrant l’impact des violences policières à la fois dans l’opinion publique ( la population blanche), mais aussi dans le bureau du Président qui ne peut se dérober.
De la même manière que du coté des militants noirs, la question de la « stratégie » qui pourrait précipiter la décision en faveur du vote, est évoquée. Tandis que, dans l’anonymat de sa stratégie de surveillance ( les écoutes et autres événements évoqués et consignés dans les archives du FBI qui illustrent en fil -rouge, les séquences du film ), la silhouette manipulatrice de J.Edgar Hoover est omniprésente, en coulisse, qui tente toutes les possibilités et provocations, pour decridibiliser les militants noirs et Martin Luther king. Dans une séquence du film est même évoquée la possibilité de la « solution radicale » qui permettrait de mettre fin à l’impact de ce dernier …qui fut assassiné le 4 Avril 1968 !. Et dans le générique de fin, la réalisatrice , prolonge l’impact de la lutte du Pasteur, en retraçant le parcours des principaux acteurs impliqués dans les événements de Selma, donnant à comprendre au public d’aujourd’hui, comment  celle -ci a fait avancer  et  a prolongé  au quotidien, la cause des droits civiques et des libertés, dont certains ont payé le prix fort . Mais qui reste encore d’actualité, concernant les violences racistes….

SELMA de Ava DuVernay- 2015-
Avec : David Oyelowo, Tom Wilkinson , Carmen Eyogo, Tim Roth, Oprah  Winfrey ….

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