Cinéma / Things people do de Saar Klein

Un plongée sidérante et minérale dans une Amérique en perdition aux confins du désert.

Things_3Bill est un agent d’assurance très consciencieux mais surtout honnête. Il mène une vie paisible avec sa femme et ses deux enfants. Ils viennent d’acheter un pavillon, de construire une piscine dans la banlieue d’Albuquerque, aux portes du désert. C’est l’image parfaite de l’American Way of Life. Cependant, cela fait quelques mois qu’il a perdu son travail et qu’il en a pas parlé à personne. Il l’a perdu car il était trop honnête et que sa compagnie d’assurance ne voulait plus rembourser tous les clients en droit de l’être. Son honnêteté et sa rigueur professionnelle devenaient contre-productives pour l’entreprise.

Bill est à un tournant de son existence. Il prend conscience que les notions de bien et mal qui l’ont toujours guidé ne sont pas le meilleur chemin pour réussir et que cette société prônant la réussite personnelle a quelque chose de pourri dans son ventre. Qu’elle est en train de mourir comme ce chien qui hurle dans la nuit et dont il abrège les souffrances d’un coup de revolver. Ce sera d’ailleurs le point de départ pour lui d’une autre vie. Pressé par la banque de rembourser ses mensualités en retard, il décide de faire de petits braquages pour survivre. Il passera de l’autre côté, loin de cette ultra-légalité qui dictait ses actes.

ThingsUn clair-obscur baigne ce rêve américain désincarné aux confins d’un désert urbanisé, angoissant et claustrophobique, où les notions de juste et d’injuste se noient dans le surendettement de Bill. Le huis clos est à ciel ouvert et le soleil n’est jamais éclatant. Un voile blanc semble toujours obscurcir ses rayons. Bill (incroyable Wes Bentley) est prisonnier de sa situation. Il n’est sûrement pas le seul. Saar Klein exprime là toute la détresse d’une certaine conception de la société pervertie par les intérêts de l’argent. La piscine nouvellement construite et symbole de réussite, deviendra, elle aussi, un supplice, une chaîne dont on ne peut se défaire sauf à se faire mal…

Things_2Saar Klein, monteur de Terrence Malick, parsème son film de petites éphémérides naturalistes donnant à son film un ton poétique et « rousseauiste ». Cependant, contrairement à son aîné, il ancre bien plus son film sur ces âmes errantes issu d’un milieu social modeste traditionnel et perdu au fin fond de l’Amérique. Bill ouvre ses yeux bleus métalliques au monde. Et celui-ci ne se construit pas selon des règles sociales établies par une pensée politique ou philosophique mais réagit à des mouvements naturels. A ce nuage passant dans le ciel. A ce rayon de soleil éclaboussant de son reflet. A ces réflexes humains de survie tout simplement. Pour son seul ami, un policier, « Il n’y a pas de vice, pas de vertu. Il n’y a que ce que font les gens » Le Things people do du titre. Cette peinture cynique et désabusé d’un pays et de sa population cherche la réaction et interroge continuellement ce qui construit l’homme s’inscrivant dans la lignée de ce nouveau cinéma sauvage américain conduit par Jeff Nichols. Où est la justice ? Où est l’injustice ? Où va l’humanité ?

Julien Camy

Things people do de Saar Klein, sortie le 19 février

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