Théâtre / Frédéric Rey, un semeur de providences

Je vais vous parler de quelqu’un, qui à l’instar de Maître Jacques, a plusieurs casquettes, trois plus précisément : Frédéric Rey est en effet responsable de programmation du Théâtre de la Semeuse, du centre culturel de La Providence et metteur en scène, avec un goût prononcé pour la Commedia dell’ Arte. Mais d’abord…

Frédéric ReyJacques Barbarin : Frédéric Rey, commençons par le commencement, c’est-à-dire l’institution qu’est « La Semeuse ».
Frédéric Rey : C’est d’une des plus anciennes associations de Nice, créée en 1904. A l’origine c’était un patronage catholique, dans les années 50 c’est devenu une association d’éducation populaire laïque. Aujourd’hui c’est toujours une association d’éducation populaire, avec 4000 membres, des activités aussi bien culturelles, que sociales, socio-éducatives, sportives… Et au sein de cette grosse maison il y a deux salles de spectacles, le théâtre de la Semeuse et le Centre Culturel de la Providence. Le théâtre est l’une des premières activités dès 1910, il y avait déjà une troupe de théâtre qui à l’époque était amateur. Elle n’avait pas sa propre salle, elle jouait au Théâtre de Verdure, dans divers lieux. Elle jouait soit des pièces de Francis Gag, soit d’autres auteurs de l’époque. A partir des années 80, des metteurs en scène ont commencé à créer plus professionnellement La Semeuse jusqu’à aujourd’hui. Actuellement, la quasi-totalité de la programmation est d’origine professionnelle.
J.B. : quel est exactement le statut du Théâtre de la Semeuse ?

Théâtre de la Semeuse
Théâtre de la Semeuse

F.R. : C’est un théâtre privé au sens statutaire, mais c’est un théâtre qui est subventionné à la fois par la Ville, le Conseil Général, la Région. Ces trois collectivités nous aident à maintenir une programmation de qualité. Depuis quelques années, la Région nous aide beaucoup à faire des résidences d’artistes et quelques échanges avec Marseille. Je suis très lié avec le Théâtre de Lenche d’Ivan Romeuf à Marseille [http://www.theatredelenche.info], on va jouer chez lui, il vient jouer chez nous. Et au-delà, on essaie de faire en sorte d’aider les compagnies. Et ça, c’est la subvention qui nous permet de le faire, parce que, bien souvent, il est difficile de le faire sur fonds propres.
J.B. Vous dirigez un théâtre d’une jauge de 100 spectateurs, comment effectuez-vous vos choix ?
F.R. : J’ai eu de la chance lorsque j’ai pris mes fonctions [il y a une quinzaine d’années] c’était la période où il y avait une émergence des compagnies niçoises, qui se sont structurées de plus en plus. Et je dirais que, au plan local, nous avons aujourd’hui une création riche, intéressante, avec ces gens qui sont là aussi depuis 15 ans. Je pense à Jérôme Kaogalu, à Frédéric Fialon, à Marie Jeanne Laurent, à Sophie de Montgolfier, à Frédéric de Goldfiem. Il y a aussi la compagnie B.A.L avec Thierry Vincent… Tous ces gens-là font un travail professionnel, reconnu, et je les accompagne le plus que je peux.
J.B. : Il y a aussi une relation privilégiée qui s’est accomplie avec le Théâtre National de Nice.
F.R. : Ces liens se sont créés dès 2002, avec l’arrivée de Daniel Benoin, et cela continue avec Irina Brook, sous un autre angle, peut-être. Renato Giuliani, assistant d’Irina Brook, passionné de Commedia dell’arte, vient en formation avec des comédiens : c’est aussi un apport du Théâtre National ; en échange de quoi on prête des salles au TNN lorsqu’ils ont besoin de faire des ateliers avec des handicapés, avec des publics un peu « difficiles ». Et puis certains de nos spectacles sont dans la programmation du TNN.
J.B. Et la Providence ?

Centre culturel de la Providence
Centre culturel de la Providence

F.R. : Ah, ça, c’est une autre affaire ! C’est un projet dont j’ai eu la chance d’être le premier directeur. Nous l’avons ouvert en 2002, donc année charnière. C’est une ancienne chapelle de 1669, un lieu qui est devenu, en 7-8 ans, un carrefour de plasticiens, de gens de théâtre, de gens de musique, avec une touche personnelle que j’ai voulue, ouvrir la programmation de manière à ce qu’elle soit très éclectique. Je ne considère pas qu’il y ait une seule culture : il y a des cultures et des publics ; s’adresser à tous de manière uniforme, je n’y crois pas trop. Je pense que c’est en faisant se croiser les publics sur le même lieu que l’on arrive, peu à peu, à faire qu’une personne aille voir telle ou telle chose, alors qu’elle n’irait pas la voir au premier abord.
J.B. : Le théâtre et vous c’est une longue histoire, et même du temps de vos études, puisque vous avez consacré votre thèse de droit sur  les rapports entre le pouvoir et le théâtre.
F.R. : Effectivement je m’aperçois que toute ma vie est liée au théâtre, que ce soit dans la gestion, dans la technique, dans la mise en scène… C’est une passion, et pour moi la plus grande passion, c’est la mise en scène. J’y ai fait des choses très différentes, dans le répertoire contemporain, dans des recherches très spéciales, notamment avec Frédéric de Goldfiem. Puis il y a eu la rencontre avec Carlo Boso*. Je suis allé voir un spectacle et en suis sorti émerveillé, mais émerveillé de la prouesse technique des comédiens qui savent jouer, faire de l’escrime, chanter, danser, se positionner en scène à merveille… On retrouve toute la biomécanique de Meyerhold**. J’ai eu envie de cheminer avec lui, et non seulement j’ai appris un art fondamental, parce qu’il est quasiment aux origines du théâtre professionnel d’aujourd’hui. Et aujourd’hui, Jacques, ce n’est pas un jour comme les autres : le 25 février c’est l’anniversaire de la naissance officielle de la commedia dell’ arte. En 1528, les acteurs d’une compagnie de commedia se sont réuni devant notaire et on signé un acte qui est la création de la première compagnie professionnelle du monde.

Pour fêter cela, Fred et moi avons entamé – et fini- une bouteille de prosecco, un vin blanc sec italien effervescent de type frizzante, de la région du Frioul, qui tout le monde le sait, est la région originaire de la commedia dell’ arte. Pour avoir une idée du travail de Frédéric en commedia, je vous renvoie à mon article sur « Le barbier de Séville »

Jacques Barbarin

Site : http://www.lasemeuse.asso.fr/

Théâtre de la Semeuse : 2 Montée Auguste Charles Kerl (prolongement rue St Joseph)
Vieux Nice 04 93 92 85 08
Centre Culturel de La Providence 4, rue de la Providence- Vieux Nice 04 93 80 34 12

*Carlo Boso (est un dramaturge et metteur en scène de théâtre italien. Diplômé de l’école d’Art dramatique du Piccolo Téatro de Milan, dirigée par Giorgio Strehler. En 2004, il crée avec Danuta Zarazik l’AIDAS, Académie Internationale Des Arts du Spectacle. Au cours de sa carrière, Carlo Boso a dirigé des multiples stages internationaux axés sur la conservation et la transmission des techniques expressives caractéristiques de la Commedia dell’ Arte.

**Vsevolod Emilievitch Meyerhold, (1874-1940), est un dramaturge et metteur en scène russe. Il met au point une méthode révolutionnaire d’entraînement de l’acteur : la biomécanique. Il rejette ainsi la méthode psychologique de Stanislavski en se focalisant sur une approche purement physique. En s’inspirant du théâtre japonais, de la danse, de la commedia dell’ arte, il invente un jeu d’acteur totalement nouveau qui se veut une rupture totale avec le théâtre bourgeois.

 

 

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