Cinéma / BIRDMAN d’Alejandro Gonzales Inarritù.

BIRDMAN ou La surprenante vertu de l’ignorance d’ Alejandro Gonzales Inarritù. Après Babel ( 2006 ) et Biutiful ( 2010 ) , le cinéaste revient avec un film sur le thème de la réussite , de la célébrité et de l’égo qui l’accompagne, confronté à son rapport au temps : l’éphémère et l’illusoire. La dimension surréaliste et une mise en scène virtuose viennent accompagnée cette « plongée » dans les doutes et le contradictions qui traversent son héros ex-star de Hollywood, en mal de reconnaissance professionnelle. Consécration avec 4 oscars, dont celui du meilleur film et meilleur réalisateur ...

Affiche  du  Film.
Affiche du Film.

Riggan (Michaël Keaton, extraordinaire et totalement habité) traverse une période professionnelle difficile avec une carrière en perte de vitesse après ses succès cinématographiques qui l’ont élevé au rang de star. Le temps qui passe et les sollicitations professionnelles qui se font rares le poussent à tenter un «come-back » sur une scène prestigieuse de Broadway où il veut adapter une nouvelle «  What we talk about when we talk about love » , écrite en 1981, du grand romancier Raymond Carver (que Robert Altman avait brillamment adapté dans Short Cuts, en 1993) au cœur de laquelle se retrouve le thème de la quête d’amour et de reconnaissance. L’espace théâtral, celui, du célèbre St James Theatre, est selon lui, le cadre idéal pour y relever son « défi » sachant qu’il est un des lieux où les plus grands s’y sont produits. Chercher à se mesurer à une aventure scénique dans ce lieu, cadre idéal, pour y rebondir est une gageure dans laquelle Riggan va se lancer à corps perdu pour y vaincre ses démons , surveillé (hanté) par son double, Birdman (le héros qui lui a valu la consécration, référence au Batman de Tim Burton) qui lui suggère d’abandonner la partie et de revenir à ses premières amours.

Riggan (  Michaël Keaton)  et   Birdman, son  fantôme
Riggan ( Michaël Keaton) et Birdman, son fantôme

Le titanesque enjeu qui ne fait que reproduire deux visions artistiques dont les oppositions se reflètent dans les choix antagonistes que représentent un certain cinéma Hollywoodien symbolisé par le Star-Système et les Blockbusters, et celui, de la prestigieuse scène théâtrale new-yorkaise. L’art et l’argent en questions au cœur d’un débat où les auteurs ( et les comédiens ) s’impliquent et s’amusent à décrypter les coulisses et les artifices. Le tout enveloppé par un récit et servi par une mise en scène conçue comme un plan-séquence vertigineux nous entraînant au cœur des doutes et contradictions de Riggan . Et ce dernier qui veut mettre tous les atouts de son côté va se montrer impitoyable comme le montre l’une des première séquences au cours le laquelle, utilisant le cadre d’une répétition sur scène, il utilise un subterfuge de mise en scène théâtrale (la chute d’un élément de décor) pour se débarrasser d’un partenaire dont il ne pouvait supporter la façon de « surjouer » les sentiments et les émotions. Riggan qui joue plus que son avenir, sa vie, dans cette aventure devient une montagne de stress, contraint d’affronter tous les obstacles qui viennent s’interposer au long de son travail créatif. Il s’en trouve d’autant plus submergé qu’aux problèmes liés au contexte et aux relations de travail, viennent s’ajouter, ceux personnels, d’une vie privée complexe… dont les souvenirs le taraudent en même temps que devient omniprésent (voix-off , puis présence physique) le fantôme (le double) de cet autre lui-même qui finit par le hanter au point de le faire sombrer dans la dépression…

Edward  Norton et  Michaël Keaton.
Edward Norton et Michaël Keaton.

Cette vie intime se fait l’écho de sa plongée dans le presque anonymat d’où il cherche à sortir. Ses dettes qui viennent amplifier son inconfort professionnel, comme sa vie privée désormais partagée entre sa maîtresse et son ex- femme avec laquelle il a gardé contact , et sa fille (Emma Stone) à laquelle il a offert comme soutien moral son aide en la nommant assistante dans son projet, au sortir de la cure de désintoxication à laquelle elle a dû être soumise. Et surtout, ce travail de mise en scène et d’adaptation qu’il ne peut se permettre de ne pas mener à bien. Il lui faudra d’ailleurs trouver les compromis et les idées de mise en scène qui puissent le mettre en valeur face à l’attente du public, et celle de la critique qui l’attend au tournant. Savoir gérer ces éléments et les imprévus devient presque un cauchemar, lorsqu’il lui faudra savoir affronter et maîtriser, en dehors de ses propres obsessions, tous ceux avec qui il est impliqué dans l’aventure. A l’image de cette comédienne quadra, Leslie (Naomi Wats) qui voit son rêve de monter sur scène à Broadway, se réaliser et qu’il faudra « canaliser » , tout comme, l’égo sur-dimensionné de Mike (Edward Norton) appelé en replacement, et qui va installer une sorte de « compétition » avec Riggan sur scène en pleine représentation publique (Superbe scène). Tout est « enrobé » par ce choix de mise en scène en plans-séquences qui offre à la dimension dramatique et aux envolées lyriques et surréalistes, la dimension de la fable  aux  accents  baroques. C’est la superbe idée du film.

Michaël  Keaton et  Naomi Wats
Michaël Keaton et Naomi Watts

Vous vous souvenez sans doute du film La Corde d’Alfred Hitchcock (1948) dont le choix d’une narration en plans-séquences, du huis-clos et du meurtre offrait à la dimension nietzchéenne revendiquée par ses auteurs, le miroir macabre et cynique du plus bel effet. Ici, le choix du cinéaste d’une mise en scène semblable en plans-séquences qui s’inscrivent dans la continuité d’un récit ininterrompu, offre une véritable dimension dramatique en forme de mise en abyme aux thème abordés. Ainsi, au-delà du travail que cette mise en scène implique pour les comédiens (jeu et répliques) et les techniciens (lumière, cadrages, prise de son..), tous sous pression pour ne pas déborder du cadre des mouvements de caméras (travellings , changements de points de vues ) afin d’offrir la meilleure tension et rythme aux séquences , il y a dans cette continuité –  à l’image de cette boule de feu qui débute et clôt le film – réflexions, questionnements et interrogations sur l’art (cinéma , théâtre, nouvelles technologies de l’image). Au cœur de cette mise en abyme aux accents de la comédie surréaliste, la (re)construction du réel ne peut se départir d’un certain cynisme et du mensonge. Jeux de rôles ( jouer est-ce tricher ? ) et d’images (les artifices et autres effets) qui viennent « polluer » l’image des blockbusters dont la « voix intérieure » de Birdman vient hanter Riggan et le déconsidérer dans ses nouveaux choix, trouve son écho dans le labyrinthe des coulisses de la scène de Broadway où égos et autres dérives interfèrent, et  que vient compléter le portrait de cette « diva » critique imbue de son pouvoir. Ici et là , c’est tout un système qui semble être à bout de souffle …

Emma  stone
Emma Stone

Rien en semble trouver grâce sous la caméra scrutatrice d’Alejandro Gonzalez Inarritù qui renvoie dos à dos ses héros (stars d’hier et stars d’aujourd’hui), comme l’illustre la superbe séquence de la sortie accidentelle de Riggan-Birdman dans le rues de la ville. Sortie filmée par les portables des passants et qui va faire le « buzz » sur le net ! La belle échappée finale en forme de pirouette est une subtile façon, pour le cinéaste d’entretenir l’illusion , celle d ‘un art, qui, comme Riggan le Phoenix n’a de cesse que de vouloir… renaître de ses cendres. Passionnant.

Etienne Ballérini

BIRDMAN ou La surprenante vertu de l’ignorance
Avec : Michaël Keaton , Edward Norton , Naomi Watts , Emma Stone , Amy Ryan , Zack Galifianakis ….

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