Théâtre / Au mitan de Shake Nice

Au mitan de Shake Nice
Oui, nous voici au milieu du gué shakespearien. Et ce dernier week-end en a fait résonner haut et fort les orgues. Orgues qui avaient déjà bien entamé la partition avec Shakespeare ‘s sister ou La vie matérielle et avec Les Sonnets.

Et d’abord, avis de tempête de rêves. Oui, rêves au pluriel, pluie de rêves, tempête de rêves. Il y en avait tout plein samedi dernier, salle Pierre Brasseur au TNN, pour l’unique représentation de « Tempête ! », d’après le grand Will, mis en scène par Irina Brook.
Représentation initialement non prévue, mais merci, Madame, de ce précieux rajout, qui vient agrandir notre voyage autour du grand dramaturge. Et voilà pour le premier rêve.
Le deuxième rêve, c’est celui du spectateur, délicieusement perdu, égaré, troublé dans cette tempête. Le titre même de l’œuvre nous l’indique : s’il y a bien comme canevas, à l’instar de la commedia dell ‘arte, l’œuvre de Shakespeare, « La Tempête », la suppression de l’article défini et le rajout du point d’exclamation indique que nous sommes bien dans l’œil du cyclone. Ca va barder pour notre matricule.
Le troisième rêve, c’est celui d’Irina Brook : « nous avons chacun “nos“ Shakespeare, les pièces qui sont proches de nous, qui résonnent, qui donnent envie de se jeter dans l’inconnu, sans savoir où l’on finira, qui nous attirent irrésistiblement et nous font rêver. » dit-elle. Elle nous enchante en façonnant des personnages, telle une sculpteuse d’âmes qu’elle est, en rêvant des situations, en mariant l’improbable au burlesque, mais toujours en suivant le même fil rouge, qu’elle conduit d’une main ferme contre vents et marées.

Macbeth ( The  Notes )
Macbeth ( The Notes )

Le quatrième rêve, c’est celui de Shakespeare. La tempête est un rêve fantasmagorique, une plongée dans l’illusion, un monde imaginé par l’imaginaire mais où les relations sociales sont très présentes et dans lesquelles se lisent parfois la dureté d’une société, de toute société.
Je serais tenté de dire que le cinquième rêve est cet article. Mais comment peut-il parler d’une pièce sans parler de ce qu’il y a dedans ? Mais j’en parle, j’en parle, je ne fais que ça ! « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves ». L’important est que ces rêves soient des rêves éveillés.
Comment ne pas citer ces merveilleux acteurs, ces passeurs de rêves : Hovnatan Avédikian, Renato Giuliani, Scott Koelher, Jeremias Nussbaum, Ysmhane Yaqini (comment l’oublier dans le rôle de Miranda ?) Ces voix d’origines différentes, de cultures différentes, sont les garants, via leur diversité, d’une homogénéité. C’est ça, la « Irina ‘s touch ».
Le lendemain, Macbeth [the notes]. Décidément, nous allions de (bonnes) surprises en (bonnes) surprises avec ce « Macbeth [the notes] » de et mis en scène par Dan Jemmet. Juste un mot : Dan Jemmett est un important metteur en scène de théâtre britannique né en 1967 à Londres Nus l’avons vu à Nice dans Shake ! (d’après La nuit des rois) mais aussi Ubu enchaîné …
Là vous vous dites : « Macbeth [the notes] » il y a du Shakespeare là-dessous, isn’it ? May be, or not…
Une des grandes spécialités du théâtre typically british, c’est notamment avec Will, de faire avec sans que cela en soit : c’est avant, où à défaut de.
Je prends pour exemple « En attendant le songe » mis en scène par Irina (elle me pardonnera cette familiarité). Une équipe de techniciens arrive sur scène, on doit jouer « Le songe d’une nuit d’été », mais les acteurs sont retenus par une grève des transports aériens. Qu’à cela ne tienne : ce ne sont que des techniciens, mais depuis le temps, ils connaissent la pièce, ils vont donc nous la jouer. Ca, c’était pour la série « à défaut de… »

Tempête
Tempête!

Pour la série « avant », c’est « Macbeth [the notes] » : un metteur en scène, après un filage de la pièce écossaise*, s’adresse à la troupe – nous, les spectateurs – et leur fait la lecture de ses notes, et il n’est pas toujours content, il n’arrive pas à se faire comprendre. Ce metteur en scène pratique, comme il le dit, le « théâtre de la distorsion ». La distorsion désigne la déformation d’un objet par rapport à sa forme ou son objet original ou normal. Au fond, c’est le processus du passage du texte écrit au metteur en scène, puis à l’acteur, et enfin au spectateur, mais c’est toujours l’objet.
C’est brillant comme écriture, irrésistible comme interprétation (David Alaya), on a presque envie de le rasséréner en lui disant « Calmes-toi, tu verras, ils vont faire ce que tu demandes » Cela va au fond des choses sans avoir l’air d’y toucher. Times to times, David Alaya, joue un extrait de scène, comme s’il montrait à l’acteur, et il nous fait un plaisir immense.
Vous savez bien ce que l’on se dit parfois : cette représentation m’a donné envie de lire le livre. Ici, cette non-représentation nous intime l’obsession de relire Macbeth et d’en savourer chaque mot, voire chaque syllabe.
Jacques Barbarin
*Selon la légende, prononcer le mot Macbeth dans un théâtre porte malheur. C’est pourquoi les acteurs et actrices évitent de prononcer son nom, ce qui vouerait sa représentation à l’échec, et utilisent la périphrase, « La pièce écossaise »
Illustrations :
Tempête !,   Macbeth

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s