Livre / Hippocrate aux enfers, les médecins des camps de la mort

Le livre dont je vais vous entretenir aujourd’hui (Hippocrate aux enfers – Les médecins des camps de la mort) n’est pas l’œuvre d’un historien. Pourtant, il a toute légitimité pour être concerné par ce sujet puisqu’il s’agit… d’un médecin.

 

Michel Cymes
Michel Cymes

Au demeurant vous le connaissez, puisqu’il s’agit du docteur Michel Cymes. Il est connu pour l’émission Le magazine qu’il présente avec Marina Carrère d’Encausse. Il est chirurgien spécialisé. En raison de ses activités audiovisuelles, Michel Cymes arrête de pratiquer la chirurgie, mais il effectue cependant toujours des consultations à l’hôpital public.
L’histoire de sa famille le sensibilise à raconter l’histoire de ces « médecins dans camps de la mort » : ses grands-parents de Michel Cymes sont des  juifs polonais ayant émigré en France en 1922, deux grand -pères sont morts en déportation à Auschwitz durant la Seconde guerre mondiale.
Le docteur Cymes est allé à Auschwitz-Birkenau.  Il écrit « Quand la nécessité est devenue trop pressante, qand j’ai entendu trop de voix dure, de plus en plus, que ces expérimentations avaient peut-être permis des avancées scientifiques, j’ai ressorti toute ma documentation et je me suis mis à écrire » Les médecins des camps de la mort… nous avons tous en tête le docteur Mengele. S’il n’y avait que lui !
Josef Mengele  participa à la sélection des déportés voués à un gazage immédiat et réalisa diverses expérimentations médicales sur les victimes de la Shoah. Après la guerre, il s’enfuit en Amérique du Sud où il mourut en 1979 sans jamais avoir été jugé pour ses actes.
Bien qu’arrêté par les troupes américaines, il ne fut pas identifié comme criminel de guerre et il rejoignit l’Argentine en juillet 1949.. Malgré les mandats d’arrêt émis par le gouvernement allemand et les opérations clandestines du service de renseignement israéliens du Mossad, Mengele ne fut pas capturé et il se noya alors qu’il se baignait près de Sao Paulo. en 1979.

Un autre exemple : Sigmund Rascher est  un médecin SS allemand qui s’est illustré par des expérimentations humaines menées dans le camp de concentration de Dachau. Protégé du Reichsführer Heinrich Himmler, les expériences qu’il a conduites portaient principalement sur la haute altitude, le froid extrême et la coagulation sanguine. Impliqué dans une histoire de vol d’enfants, il est interné à  Dachau en 1945 où il est exécuté.
Comme l’écrit le docteur Cymes « … on aurait envie que ces grands criminels aient été de petits médecins. On aurait envie qu’ils aient été des ratés, des praticiens pas très malins, qui on profité de l’époque  et de l’isolement des camps pour joue à l’inventeur ». Pourtant, la plupart ont étudié dans les grandes facultés d’Allemagne d’alors. «  Notons d’ailleurs que certains médecins haut placés ne se sont pas fait prier pour venir en personne assister aux expériences ».

Sigmund Rascher expérimentant l'immercion dans l'eu glacée
Sigmund Rascher expérimentant l’immersion dans l’eau glacée

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux… Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. (Extraits du serment d’Hippocrate)
Pourquoi ? Pourquoi des médecins ont-ils obéi aux nazis ? On peut trouver dans le comportement des médecins les débuts d’une psychologie du génocide. En 1949, dix-huit médecins allemands, accusés par la justice de leur pays de crime contre l’humanité pour avoir tué par injection létale, entre 1939 et 1945, cinquante-six enfants considérés comme malades, bénéficient d’une ordonnance de non-lieu. L’argument avancé par la défense était qu’ils n’avaient pas commis de crime contre l’humanité puisqu’il s’agissait d’individus ne pouvant être considérés comme des êtres humains : ils n’avaient fait qu’obéir à la loi de « prévention de l’hérédité malade » du 14 juillet 1933.
Un chapitre sur quelqu’un qui n’était pas un médecin mais qui secrètement devait rêver – ou plutôt cauchemarder- de l’être : Heinrich Himmler. Cet élève médiocre – dont le père est un brillant intellectuel- qui voulait être médecin mais qui ne décroche qu’un stage de laborantin trouve dans l’idéologie nazie le défouloir à toutes ses frustrations : la race parfaite, l’aryanisme. Il va recourir au spiritisme pour retrouver Mussolini après son enlèvement en 1943… Tout cela pourrait prester à sourire et être digne d’un scénario de mauvais film. C’est lui qui permit et donna son aval à toutes ses horreurs (excusez-moi, je n’ai pas de mot plus fort).

Hippocrate aux enfersRevenons aux médecins avec le bon docteur Aribert Heim, plus connu sous l’appellation du « boucher de Mauthausen ». À Mauthausen, où il reste sept semaines, Aribert Heim a été accusé d’avoir pratiqué des interventions et des expériences médicales en utilisant pour les mener les détenus du camp. Il est rapporté par des survivants qu’il réalise notamment des injections létales qu’il effectue directement dans le cœur des prisonniers. Comme le note le docteur Cymez, «  Les autre médecins, tous ignobles qu’ils fussent, cherchaient au moins à sauver des vies de ceux qu’ils considérer comme plus humains que les autres(1) ; le docteur Heim, lui , veut  juste tuer, voir, chronomètre au poing, en combien de temps la mort engloutit la vie. »
Comment ce poète a t-il terminé ces jours ? Début février 2009, la télévision publique allemande ZDF et le New York Times affirment que Heim se serait installé au Caire dans les années 1970 et y serait mort d’un cancer de l’intestin en 1992 à l’âge de 78 ans.
Bon. Je ne vous parle pas de Joseph Mengele, de Carl Clauberg, de Herta Oberheuser, d’Erwin Ding-Schuller ; cela, vous l’apprendrez en lisant Hippocrate aux enfers, les médecins des camps de la mort. Selon la formule de Jean Vigo, c’est un véritable « point de vue documenté ». C’est un livre indispensable, pour même pas le prix de deux places de cinéma. Rappelez-vous. « Le ventre est encore fécond… »
Jacques Barbarin

Hippocrate aux enfers, les médecins des camps de la mort de Michel Cymes. Editions Stock

1) Les expériences du docteur Rascher  étaient « légitimées » pour savoir combien un homme pouvait tenir sans boire, afin de s’en servir pour trouver une thérapeutique permettant de secourir les pilotes de l’Abwher. Ceux-ci, éjectés de leurs avions abattus, tombaient dans la mer et ne pouvait être secourus que parfois après plusieurs jour.

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