Littérature / UNE MAIN ENCOMBRANTE de Henning Mankell.

La dernière enquête du commissaire Wallander…

On pensait qu’Henning Mankell, l’un des maîtres du polar nordique, mais également essayiste et auteur de romans pour la jeunesse et de pièces de théâtre, en avait définitivement terminé avec Kurt Wallander, le policier suédois d’Ystad. Avec Une main encombrante, il nous propose pourtant une nouvelle enquête du commissaire…

Après L’Homme inquiet, paru en France en octobre 2010, Henning Mankell semblait avoir tourné la page Wallander. Ce roman serait la dernière enquête du célèbre commissaire de police Kurt Wallander. Une série commencée en 1991 avec Meurtrier sans visage. Pourtant, dans Une main encombrante, le commissaire Wallander reprend du service… Enfin, pas tout à fait, car ce nouvel épisode n’est pas une suite. Une première version du texte a vu le jour en 2004. La BBC en eut connaissance et l’adapta pour en tirer le scénario d’un épisode de la série télévisée Les enquêtes de l’inspecteur Wallander, avec Kenneth Branagh dans le rôle titre. Dans l’avant-propos, Henning Mankell, également essayiste et auteur de romans pour la jeunesse et de pièces de théâtre, précise : « Après avoir vu le film, j’ai relu la nouvelle : elle recelait assez de vie en elle pour mériter une nouvelle édition enrichie (…). Chronologiquement, ce récit se situe juste avant L’Homme inquiet (…) » Et de conclure : « Il n’y aura pas d’autre enquête avec Kurt Wallander ».

La  couverture  du  livre
La couverture du livre

Comme bien souvent, l’intrigue se déroule en Scanie, à Ystad, une petite ville portuaire du sud de la Suède. Voici venue l’automne, avec son ciel sombre, la pluie, le froid, le vent qui souffle et les feuilles mortes qui tourbillonnent dans l’obscurité. Le commissaire Kurt Wallander est au bord de la dépression : « Je voudrais me mettre en congé de moi-même, pensa-t-il. De cette pesanteur que je traîne, et qui me mine. Je n’en peux plus ». C’est bien plus que du surmenage ou qu’un besoin de vacances au soleil. Cela fait plus de trente ans qu’il est dans la police et cette fois le ressort semble cassé. Après la mort de son père, quelques années auparavant, et après que sa fille Linda, elle aussi dans la police, avait commencé à mener sa vie, il avait ressenti une envie de changer d’air et d’existence. Il pense à la retraite et songe à quitter la ville pour s’installer à la campagne, dans une maison proche de celle où vivait son père, avec un grand jardin et un chien. Il a déjà prospecté par l’intermédiaire d’agences, mais les prix étaient inabordables. Son salaire de policier l’a fait renoncer à ce rêve, jusqu’au jour où un collègue l’invite à visiter une ancienne ferme qui pourrait lui convenir. Wallander pense avoir trouvé son bonheur. Cependant, en faisant le tour du jardin, il fait une étrange découverte… Plus question de retraite pour le commissaire Wallander. Désormais, c’est une enquête policière qui va l’amener à remonter le temps, jusqu’à la Second Guerre mondiale, une période troublée en Suède, surtout dans les régions frontalières, malgré sa neutralité.

Henning Menkel  et  Kenneth Branagh
Henning Mankell et Kenneth Branagh

 

Ce dernier volet ne devrait pas décevoir les inconditionnels du commissaire d’Ystad, mais peut-être que certains resteront sur leur faim, car cette histoire leur paraîtra bien courte par rapport aux précédents épisodes de la saga Wallander. Et puis, ce roman n’est plus le miroir de la société suédoise contemporaine, l’habituelle toile de fond des enquêtes. Des reproches fondés, mais qui n’enlèvent rien au plaisir de retrouver Kurt Wallander. Quant aux lecteurs amateurs de policiers nordiques qui ne le connaissent pas encore, Une main encombrante (au même titre que La Faille souterraine et autres enquêtes, le récit des cinq premières enquêtes du jeune policier, paru en France en 2012), est une bonne entrée en matière, d’autant plus que l’ouvrage est accompagné d’une deuxième partie, « Wallander et moi », dans laquelle le romancier s’attarde sur la genèse de son personnage.
Malgré ses précisions dans l’avant-propos, assistera-t’on à un nouveau retour du célèbre policier ? Cela paraît très peu probable. Dans cette annexe, lorsqu’on lui demande si Wallander lui manque, Henning Mankell répond : « Ce n’est pas à moi qu’il doit manquer, mais au lecteur ». Si la possibilité qu’il y ait un jour une ou deux enquêtes avec Linda Wallander n’est pas à exclure, le romancier, atteint d’un cancer, diagnostiqué en décembre 2013, semble bel et bien avoir tourné la page. Ecrivain engagé (il codirige depuis plus de vingt-cinq ans à Maputo, au Mozambique, une troupe de théâtre dans le but de lutter contre l’illettrisme. En 2010, il était à bord de la flottille qui entendait dénoncer et briser le blocus de Gaza), Henning Mankell a depuis écrit un essai, Kvicksand («sables mouvants» en suédois). La traduction française est prévue pour octobre de cette année. On l’attend avec impatience, même sans Wallander.

Philippe Descottes

– « Une main encombrante » Henning Mankell – traduction Anna Gibson – 182 pages – Seuil Policiers. 2014.
– Les enquêtes de Kurt Wallander et les autres romans d’Henning Mankell sont édités au Seuil.

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