Théâtre / Norah Krief fait résonner les sonnets

Décidément,  le festival « Looking from Shakespeare » – appellation barbarinienne – d’Irina Brook est parti sous de bons augures! Après « La vie matérielle », Norah Krief s’empare des « sonnets »  du grand Will. Je n’aurais qu’un mot : Supercalifragilisticexpialidocious !

Les sonnets de Shakespeare, est le titre d’un recueil  qui abordent des thèmes tels l’amour, le beau, la politique et la brièveté de la vie. Bon, voilà, c’est fait, on a pas à y revenir. Comment dire ces sonnets sur scène, même lorsqu’on s’appelle Norah Krief ?

Norah Krief
Norah Krief

Norah Krief  est une comédienne française rare, qui s’investit sur scène autant par son corps que par son dit. J’ai eu le bonheur de la voir en Avignon en 2007 dans la Cour d’Honneur dans « King Lear ». Elle y était dans le rôle du fou et de Cordelia. Cela la caractérise bien : à la fois l’excentricité de l’un et la douceur de l’autre.
Elle ne dit pas les mots des Sonnets, elle les chante. Accompagnée de Philippe Floris (batterie, percussion) Fréderic Fresson (piano) Philippe Thibault (basse), ce spectacle n’est pas un tour de chant, mais une véritable épiphanie. Ces mots, elle les fait siens, ils deviennent, émis par elle, des fleurs d’une senteur rare.
Elle n’économise ni énergie, ni joie de vivre : on a l’impression qu’il s’agit pour elle d’un impératif catégorique. « Le beau et le vrai s’aimeront toujours/si tu veux bien de toi donner vie à la vie », « Si mon cœur est trahi, rappelle-toi ces mots:/ ce que tu m’as donné ne se reprend jamais ». Ces vers, transfigurés par elle, atteignent l’âme, le cœur, les sens et le corps.
Sa danse est un langage aussi clair que ses mots. Enfin, les mots de Shakespeare, mais elle ne se prive pas de les faire siens. Et ces mots deviennent les nôtres, même s’ils on plus de quatre siècles : ils disent des choses qui nous touchent si intimement… Je n’emploierai pas le cliché « on dirait qu’ils ont été écrit hier », non, ils ont bien été publiés en 1599, mais c’est la force de certaines choses que de nous paraître plus proche que des fatuités dont l’encre n’est pas encore sèche.

Les Sonnets
Les Sonnets (Norah Krief et Philippe Thibault)

Percussion, piano, basse : voilà la combinaison idéale pour le jazz. Les compositions de Philippe Fresson empruntent à des rythmiques diverses on l’on peut déceler des influences du tango, de musiques sud américaines, parfois de java… Nous sommes dans la subtilité, dans un tapis de sons où l’art de Norah se glisse à loisir.
Norah est une grande comédienne, c’est-à-dire qu’elle sait ce que c’est qu’un « dit » : tous ses mots sont d’une audibilité parfaite. Les inflexions de sa voix passent du léger au poignant, elles nous déroulent un tapis de sensations. Ces mots, elle les danse, portés par une  énergie peu commune.
« Fatiguée de ce monde je demande çà mourir/lassée de voir qu’un homme intègre doit mendier/quand à coté de lui des nullités notoires/se vautrent dans le luxe et l’amour du public »Ce cri blessé de Shakespeare, en 2015, des gens le perdurent encore.
J’ai employé le vocable Supercalifragilisticexpialidocious : Norah Krief, c’est Mary Poppins au pays des merveilles.
Jacques Barbarin
« Les sonnets » Traduction et adaptation de Pascal Collin, direction artistique Richard Brunel
Vendredi 30 et samedi 31 – 20h30 Salle Michel Simon – Théâtre National de Nice-  04 93 13 90 90

 

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