…La terre, c’est un bateau trop grand pour moi !

…C’est un trop long voyage, une femme trop belle, un parfum trop fort, une musique que je ne sais pas jouer…quelques phrases superbes du livre Novecento de l’écrivain italien Alessandro Baricco. Ecrit (1) d’abord pour le théâtre, il est désormais joué avec un énorme succès grâce à la mise en scène et à l’interprétation du comédien André Dussollier et à l’adaptation de Gérald Sibleyras. Carton plein pour l’acteur (2) sur la scène du théâtre Anthéa à Antibes, complet pendant deux soirs et multiples rappels pour celui qui a été scotché par l’œuvre de Baricco « J’ai découvert ce texte il y a 14 ans quand le comédien Jean François Balmer a joué cette pièce en privilégiant le texte par rapport à la musique car, bien sûr, Novecento est aussi une histoire de musique…quand j’ai monté ce projet, l’écrivain n’était pas d’accord sur ma vision musicale de ses écrits…et puis, ça s’est arrangé, j’ai choisi tous les morceaux, si j’aime beaucoup le jazz, je ne suis pas un érudit de la chose mais j’ai des amis qui m’ont aidé comme Pierre Bouteiller (3) et Jonathan Duclos – Arkilovitch(4)… »

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Lire le livre de Baricco ou découvrir l’œuvre au théâtre, c’est rentrer dans une histoire proche d’un conte qui ne peut faire que rêver, le héros est né sur un bateau, abandonné par ses parents et déposé sur le piano il ne mettra jamais pied à terre, il devient un grand pianiste autodidacte.

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Dès le départ tout semble crédible, l’histoire est racontée par un trompettiste qui jouait à bord avec Novecento avant la guerre et qui, avant de présenter l’orchestre, délire dans la présentation du paquebot et de son équipage, c’est André Dussolier habillé en Monsieur Loyal qui a repris quelques répliques et qui clame du haut de la passerelle « Tout compte fait, c’est un bateau extraordinaire , le commandant est claustrophobe, d’ailleurs il dort dans un canot de sauvetage, le pilote ancien prêtre est aveugle, le radio est manchot et bégaie, j’allais oublier…n’hésitez pas à contacter le médecin de bord le docteur Klausermanspitzwegensd mais vous allez découvrir l’immensément Grand Atlantic Jazz Band… ». C’est là que la mise en scène de Dussollier passe à la passerelle supérieure, il a choisi d’avoir sur scène un vrai quartet de jazz avec parfois de superbes images grâce au jeu d’ombres et de lumière sur les musiciens. André Dussolier se fait aussi léger en exécutant quelques pas de danse et en disant « quand on danse, on ne meurt pas ». Bien sûr, en restant dans le domaine musical, il y a un fameux duel culturel, pourrait-on dire, imaginé par Baricco, d’un côté Novecento, ce bébé adopté par l’équipage est devenu un grand pianiste à tel point que sa renommée est arrivée aux oreilles d’une star du jazz du début du XXème siècle…le pianiste américain Jelly Roll Morton qui n’hésite pas à s’embarquer sur le Virginia et à débarquer à Southampton, pourquoi ?

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Dessin de Tony Muntzlinger (1965)
Dessin de Tony Muntzlinger (1965)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suspens aussi sur la fin de vie de Novecento et son dernier rendez vous avec le trompettiste qu’il a retrouvé quelques années plus tard sur le Virginia qui va être mis à la casse après avoir servi pendant la guerre d’hôpital flottant

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« …je suis monté à bord, personne…descendu dans la salle des machines…silence…lui, là, immobile, il me regardait Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento, il me regardait et j’entends encore sa voix « moi qui n’avait pas été capable de descendre de ce bateau, pour me sauver moi même, je suis descendu de ma vie. Marche après marche et chaque marche était un désir, à chaque pas un désir auquel je disais adieu…je ne suis pas fou mon frère. On n’est pas fou quand on trouve un système qui vous sauve…la folie, ça n’a rien à voir, mes désirs, je les ai ensorcelés et je les ai laissés l’un après l’autre, derrière moi…j’ai dit adieu à l’émerveillement quand j’ai vu les icebergs géants s’écrouler vaincus par la chaleur, j’ai dit adieu aux miracles quand j’ai vu rire ces hommes que la guerre avait démolis…j’ai dit adieu à la colère quand j’ai vu le Virginia qu’on bourrait de dynamite…j’ai dit adieu à la musique… » André Dussolier n’a pas dit adieu à la musique quand il termine son spectacle avec le quartet (5) qui interprète le célèbre morceau de jazz Caravane de Duke Ellington et il a été très heureux de me dire

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« je ne vais pas en rester là, je prépare une nouvelle mise en scène toujours musicale et pourquoi pas avec un style de jazz très différent, et pourquoi pas Maceo Parker…mais ne le dites pas » Bon voyage pour Novecento, fais nous rêver encore !

                                                                   Jean Pierre Lamouroux

 

  • Novecento : pianiste un monologue chez Folio bilingue (dans le même ouvrage, version franco-italienne
  • Jeune comédien, il avait déjà joué à Antibes mais en plein air au Fort Carré sur l’invitation de Julien Berthaud
  • Journaliste à France Inter et chroniqueur à TSF Jazz
  • Auteur de Jazzin’Riviera chez ROM éditions à Nice en juin 1997 avec une préface de Stéphane Grappelli
  • Christophe Cravero Piano, Elio Di Tanna trompette, Gilles Relisieux batterie et percussions, Michel Bocchi contrebasse

 

André Dussollier sera à Marseille au Théâtre du Gymnase du 28 au 31 janvier et à Toulouse au Théâtre Sorano les 24 et 25 février

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