Littérature / Sauvage par Nature, par Sarah Marquis.

Sauvage par nature: 3 ans de marche extrême en solitaire de Sibérie en Australie

Le livre dont je vais vous parler est aussi passionnant que la personnalité de son auteur, on pourrait presque dire que ce livre ne pourrait exister si Sarah Marquis, son auteur, n’avait pas une telle personnalité en acier trempé. Et cela se voit à toutes les lignes.

Sauvage par nature
La Couverture du Livre

Sarah Marquis, née le 20 juin 1972 à Delemont (Jura Suisse) est une… aventurière. Tout simplement. Une sorte de Marco Polo. Elle se passionne pour les aventures et la vie sauvage. Après avoir essayé le cheval et le canoë, elle choisit la marche à pied sur de longues distances.
Son mode opératoire est le suivant: elle marche des dizaines de kilomètres avec un sac ou une petite charrette pour ses affaires et le soir elle plante une tente pour passer la nuit. Le ravitaillement est organisé par son frère et des sponsors financent ses expéditions. Elle donne aussi des conférences pour partager ses expériences. En 2000 elle effectue sa première longue randonnée en solo du Nord au Sud de l’Ouest des Etats-Unis (4260 km en 4 mois) en passant par les Montagnes Rocheuses et le Désert des Mojaves.
La traversée des déserts australiens en 2002-2003 en 17 mois et 14 000 km est racontée dans son premier livre (L’aventurière des sables). En 2006 elle suit la Cordillères des Andes, du Chili au Machu Picchu (7 000 km en 8 mois). En 2014, le magazine National Géographic a nominé Sarah Marquis  » Aventurière de l’année ». Je vous avez bien dit qu’on est dans le hors normes ! A 42 ans et 22 ans de marche, Sarah Marquis a marché la distance d’un tour du monde.
Détaillons l’itinéraire : Mongolie, Désert du Gobi, Chine, Sibérie, Laos, Thaïlande, Australie du Nord, Australie du Sud. C’est un carnet de voyage écrit à l’encre de l’humanisme. En général, un carnet de voyage est écrit par un navigateur, considérons que là, la navigation s’est faite sur terre. Après tout, rien n’indique que la navigation soit forcement marine. Je veux bien vous accorder pour ce voyage le terme de « périple » qui a pris dans le sens commun le sens de grand voyage, bien qu’étymologiquement un périple désigne un voyage maritime.
Au demeurant, le terme « carnet de voyage » n’est pas une figure de rhétorique : chaque récit (mettons La Mongolie) s’articule en mini-récits, dotés chacun d’un titre qui renvoient soit à une temporalité du voyage, soit à une contingence, soit à une métaphore. Et toujours ce moment important qu’est le thé : « Un thé est bien plus qu’un thé pour la marcheuse que je suis. C’est aussi un moment où je lâche tout, où je regarde la flamme, où je bois ce liquide chaud comme un baume. » Si c’est un rituel, c’est un rituel de vie.
Sarah Marquis dédie son livre « A toutes les femmes de par le monde qui luttent encore pour leur liberté. » Mais aussi « A mon chien D’Joe qui m’a tant donné… » Quand on connaît l’histoire du chien D’Joe, on sent que ce n’est pas une formule de style .Voilà l’histoire.
Lorsqu’elle est arrivée dans une ferme, au milieu du bush australien, pendant son deuxième voyage, Sarah Marquis ne cherchait qu’un peu d’eau. Elle n’est pas très bien accueillie. Le propriétaire lui désigne la fontaine du menton: «Remplis ta gourde et tire-toi!», lui hurle-t-il. Il a un fusil en bandoulière.
«J’ai ensuite aperçu ce chien attaché à l’arbre et j’ai vite compris ce qui se tramait: il allait l’abattre!», raconte t’elle à La Tribune de Genève. Elle n’hésite pas une seconde: elle détache le quadrupède et file se cacher dans les fourrés. «Le type nous hurlait dessus, il me criait que ce chien ne m’amènerait que des ennuis, mais il n’a pas tenté de nous rattraper…»L’histoire de D’Joe commence ainsi.

Sarah Marquis
Sarah Marquis

En plein désert de Gobi, elle se souvient des paroles d’un aborigène, rencontré il y a bien des années : « on ne vole pas l’histoire des gens, des plantes, des arbres, on attend patiemment qu’ils daignent les partager avec vous. » Il me semble que Sarah a écrit son récit avec l’encre de la sagesse de cette phrase.
Et on a l’intime impression que Sarah Marquis lie avec les gens, les plantes, les arbres les animaux, le même style de relation faite tout à la fois de curiosité, d’empathie, bref de l’intérêt pour ce qui vit. Même si ce qu’elle va chercher n’est pas forcement la rencontre avec le genre humain. L’anthropologie n’est pas son fait. Ni non plus la misanthropie mais un animal, un arbre, un accident de terrain, un changement météorologique, lui disent, lui parlent, la concerne plus.
La touche autant une rencontre avec un chien attaché à une corde de juste 50cm de long, la vision le matin devant des chameaux qui paissent à une longueur de sa tente, son réveil à cinq heures du matins par des loups qui hurlent : « Ils sont à, tout autour de ma tente, tous proches. Je me fige, je souris… J’aimerais hurler comme un loup, à mon tour, pour leur répondre… Je préfère me aire et déguster cette proximité avec ces survivants. »
Et cette manière qu’elle a, lors d’une tempête – et dieu sait qu’elle a dû en traverser- « d’engueuler » les éléments en furie, manière de leur dire « non, tu ne me fait pas peur ». Cette poésie lyrique qui l’anime pour parler d’un ensemble rocheux qui barre l’espace vide d’un désert : « J’imagine les rochers comme des bibliothèques du temps, rien ne peux les détruire… C’est pour ça que j’ai du respect pour eux. Et je n’oublie jamais de les saluer. »
Vraiment, les animaux sauvages et la nature sont sa famille. C’est un pont entre la nature et les humains. Elle apprend –et nous apprend- à se connaître soi-même. Selon le Charmide * le plus ancien des trois préceptes gravés à l’entrée du temple de Delphes était « Gnothi seauton » (Connais-toi toi-même) Ce livre indispensable est à la vérité un traité de philosophie consacré à ce principe.                                                                                                                                                   Jacques Barbarin
-« Sauvage par nature: 3 ans de marche extrême en solitaire de Sibérie en Australie », par Sarah marquis, Editions Michel Lafon
*Un des dialogues de Platon

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