Cinéma / VALENTIN VALENTIN de Pascal Thomas.

VALENTIN VALENTIN de Pascal Thomas

Le réalisateur de La Dilettante, Le Grand Appartement et de Le crime est notre Affaire , nous entraîne, avec son dernier film, dans un superbe ballet de chassés -croisés de personnages autour de Valentin on personnage central , où la forme du film choral est investie par une intrigue Policière, laissant sourdre les petites notes d’une belle et chaleureuse comédie humaine. Un pur plaisir …

l'Affiche  du Film
l’Affiche du Film

Nous voilà plongés d’entrée dès la séquence  d’ouverture , au cœur d’un quartier tranquille de Saint Mandé dans le Val de Marne avec ses petits immeubles où vit , une population une hétéroclite et curieuse, de voisins au cœur de laquelle se tissent des liens plus ou moins distendus selon les affinités… comme le souligne une voix-off nous entraînant dans un long flasb-back autour d ‘un certain Valentin ( Vincent Rottiers ) nouveau venu dans le quartier , et qui nous apprend que le corps de ce dernier a été retrouvé sans vie , sous un petit pont du parc voisin. Jeune homme mélancolique et séduisant, il était le centre de nombreuses attentions parmi la gente féminine du quartier. Le film adapté librement du roman de Ruth Rendell « la maison du lys tigré » , nous plonge d’emblée dans l’intrigue policière qui, comme c’est le cas pour les derniers films du cinéaste, va servir de prétexte à nous entraîner au cœur d’une petite communauté humaine dont le cinéaste brosse avec la tonalité de la chronique douce- amère, les portraits sensibles des vies qu’il élève à une dimension emblématique , mettant en relief la multiplicité des joies et des douleurs dont elles sont remplies qui font le quotidien des habitants.

Valentin ( Vincent Rottiers ) et sa mère (Arielle Dombasle)
Valentin ( Vincent Rottiers ) et sa mère (Arielle Dombasle)

Un quotidien pas toujours facile qui finit par laisser sourdre à l’intérieur de soi ces pulsions contradictoires où le sentiment de rejet qui peut s’insinuer , fait écho à celui de la civilité de la quête et de la compréhension de l’autre. C’est ce mystère au cœur de la complexité de l’âme humaine que recherche Pascal Thomas au fil d’un récit et d’une mise en scène qui laisse la porte ouverte – sur le tournage – à la surprise et à l’inventivité de l’instant ( des comédiens) qui peut venir enrichir les personnages et le récit, comme il l’explique dans le dossier de presse «  les films que j’aime ont ce charme indéfinissable créé par le mélange de maîtrise, de fortuit et d’abandon , d’intime et de visible , c’est ce , vers quoi j’essaie de tendre » , dit-il . Et c’est cette recherche de maîtrise et d’abandon qui fait le prix de son récit où chaque personnage se retrouve enrichi ,  par ce(s) petit(s) détail(s) révélateur(s) qui , tout à coup , nous font pénétrer au cœur des fêlures de ces hommes et de ces femmes, dont il nous brosse les portraits sensibles empreints à la fois de tendresse et de mélancolie .

Marylou Berry  et Félix  Moatti
Marylou Berry et Félix Moatti

Et, il vous sera difficile de les oublier. A commencer par celui de Valentin poursuivi par le souvenir d’un coup de foudre adolescent à Singapour et sur qui ,aujourd’hui , les regards amoureux des voisines se focalisent ( Marilou Berry , Agathe Bonitzer, Victoria Lafaurie ), en complément de celui d’une mère (Arielle Dombasle ) excentrique et égoïste , ou celui d’une maîtresse, Claudia ( Marie Gillain ) possessive et envahissante. Puis il y a l’attrait de la beauté et du regard suppliant de la mystérieuse et belle Chinoise , Lys Tigré (Karonia Conchet) séquestrée par ses compatriotes cultivant le Cannabis . Ils sont nombreux, les blessés de l’amour et de la vie , comme cet ancien légionnaire voisin du dessus des Chinois , Sergio       ( Christian Vadim ) cloîtré chez lui depuis le décès de sa femme , ou cet avocat « cocu » et violent          ( Luis-Do de Lencquesaing) . Il y a aussi , Jeanne ( Géraldine Chaplin, étonnante ) qui se « noie » dans l’alcool , ou encore, Rose ( Isabelle Candelier ) inénarrable thérapeute « baba-cool » , et le Clarinettiste   ( Christian Morin ) qui inonde l’immeuble de ses notes apaisantes. Enfin, le troublant Jardiner , Roger     ( François Morel ) qui bascule dans le voyeurisme pédophile dont Pascal Thomas offre un magnifique portrait d’un homme « sidéré » par sa dérive …

Le Jardinier  (  François Morel)
Le Jardinier ( François Morel)

La richesse des portraits est infinie , soutenue par une subtilité du regard et une humanité qui traque les fêlures intimes qui se libèrent dans des élans d’une sublime beauté dans ce qu’elle révèle du tragique et du désespoir , comme l’illustrent des séquences magnifiques dans lesquelles ce lâcher -prise avec lequel Pascal Thomas cherche à atteindre l’intimité la plus profonde de ses personnages , fait merveille. Il s’y insinue , la poésie , l’insolite , le pittoresque de situations, le mystère, les élans du cœur , la solitude , les pulsions de désir , la jalousie , l’amour et la mort qui rôdent . En même temps qu’on se côtoie et que l’on se retrouve ( la pendaison de crémaillère de Valentin) pour faire la fête, et on s’y apprivoise , s’étudie et s’observe … si l’intrigue policière n’est finalement qu’un prétexte dans ce Fenêtre sur Cour à la Hitchcock qui se décline à la manière de Pascal Thomas , le tragique et la gravité qui s’y insinuent , est volontairement tenu en filigrane, comme l’explique le cinéaste qui préfère donner priorité à la vie « Dans ce portrait de groupe avec avec crime qui mêle les genres, la comédie, le drame , le policier et les histoires sentimentales, l’aspect purement policier est évacué de façon presque anecdotique (…) dans Valentin Valentin , les gens ne se posent pas de questions , ils se regardent ( …) on y montre l’indifférence à l’image du personnage de Sergio qui a appris à se taire, et dit (…) «  un immeuble c’est comme la mer, on y vit , on y aime , on y meurt … on y tue …et on oublie tout » (…) seule compte la vie qui continue , si l’on, veut chercher une des clés qui nous a conduits à faire ce film, elle peut être là » , dit-il .

Marie  Gillain  et Vincent Rottiers
Marie Gillain et Vincent Rottiers

Et cette gravité tenue à distance , ne fait que renforcer l’impact du film dont le plaisir du récit et du divertissement , rejoint , l’esprit des grandes comédies populaires des Risi, Scola , Wilder, Lubitsch, et autres Capra … qui ont su si bien marier les subtils ingrédients d’un cinéma populaire intelligent . Ne vous privez surtout pas d’aller à la découverte de Valentin Valentin…

(Etienne Ballérini)

VALENTIN , VALENTIN de Pascal Thomas – 2014-
Avec : Vincent Rottiers, Marilou Berry, Marie Gillain, Géraldine Chaplin , François Morel, Christine Citti , Isabelle Candelier, Agathe Bonitzer, Christian Vadim, Louis-Do de Lencquesaing , Alexandra Stewart, Karonia  Conchet, Victoria Lafaurie ….

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