Cinéma / QUEEN AND COUNTRY de John Boorman.

 

 QUEEN AND COUNTRY de John Boorman.

Le réalisateur de Duel dans le Pacifique , Délivrance , Excalibur nous offre avec son dernier film présenté au dernier festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, une superbe comédie aux accents autobiographiques où la satire de l’armée et la romance se mêlent en un vibrant hommage à la vie , à l’irrévérence … et au cinéma.

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

Nous sommes aux lendemains de la seconde guerre mondiale dont le cinéaste avait décrit dans Hope and Glory  ou  La  Guerre  a  Sept  ans (1987) , avec les yeux du gamin de l’East- End de Londres , le vécu des journées dramatiques des bombardements avec cette distance insouciante et inconsciente de l’enfant qu’il était alors qui jouait avec ses camarades au milieu des décombres des bombes.  C’est  ce souvenir  que rappelle la scène d’ouverture du film qui inscrit  le « passage du temps » par le biais du  flahs-back ,  puis  le  retour  au présent   où le jeune Boorman ( devenu pour les besoins du récit , Bill Rohan / Callum Turner ),  voit  le  passé  lui revenir en mémoire  en assistant  près de  chez  lui à  une séquence  de  tournage d’un  film , et voit   cette scène de l’exécution d’un soldat de la Wehrmacht dont les prises sont répétées jusqu’à ce que la perfection recherchée, soit au rendez-vous!.   C’est cette scène  –  fondatrice-  de tournage vue par l’oeil ( et l’angle) du spectateur qui va donner au jeune Bill, l’envie de se lancer dans l’aventure du cinéma . Mais, le jeune Bill qui vient d’avoir 18 ans dans cette nouvelle Europe qui panse les plaies de la guerre dans un contexte tendu , avec, en toile de fond le conflit Coréen , est appelé à faire son service militaire et va subir une formation « musclée » en forme de lavage de cerveau contre laquelle il va , avec l’un de ses compagnons de chambrée , faire de la résistance active ….

Callen Landry  Jones ( Percy)  et  Callum  Turner ( Bill )
Caleb Landry Jones ( Percy) et Callum Turner ( Bill )

Voilà les éléments de l’intrigue mise en place , avec , au cœur de celle-ci le thème de la sortie de l’adolescence de la confrontation au passage à l’âge adulte et des choix de vie à faire, comme ceux  des combats à mener pour trouver sa place dans la société, lorsque le réel vous rattrape avec son absurdité ( celle de l’armée ) , mais aussi celle des rêves et des désirs qui commençent à vous tarauder . Désormais le rapport au réel prend une autre dimension qui soumet l’insouciance de l’enfance, aux poids des institutions ( armée , état , famille, collectivité ) qui vont peser sur la construction personnelle et individuelle, guidée par le ressenti des sentiments ( amour, amitié, trahison … et des injustices ( sociales … ou , de l’autorité institutionnelle , comme ici l’armée au premier rang ) . Dès lors , les portes de sortie de la rebellion , ou, celle de l’évasion, via la romance amoureuse et ses tiraillements , ou , le refuge du rêve que constitue le cinéma qui devient , ici , doublement le film conducteur du récit où les références ( en situation ) aux films se retrouvent au cœur des séquences comme des repères ou comme des moyens de communication. Comme le souligne la belle scène de la rencontre de Bill avec celui qui deviendra son ami , Percy ( Caleb Landry Jones) sous le signe d’un premier échange de mots qui se fait par le biais d’une référence cinématographique ( le Casablanca de Michaêl Curiz ) que viendra compléter rapidement une « complicité » rebelle envers les formes d’autorité et une certaine propension à la romance, éléments  d’une amitié de jeunesse marquante et, elle  aussi,  fondatrice. Le Service militaire qui réunit et qui met en évidence ,aussi, la réalité des différences sociales des « appelés » venant de tous les coins du pays et reflétant les diverses couches de la société. Tout en nuances,  le cinéaste le montre dans l’approche des rapports des recrues entr’elles , et surtout , dans la description de leur ressenti ( et réaction ) envers une éducation militaire « musclée », en fonction de leur origine sociale .

David  Tewlis ( au centre )   et  Calleb landry Jones  et  Callum   Turner
David Tewlis ( au centre ) et Calleb landry Jones et Callum Turner

Le film , qui prend la forme de la chronique, mêle et entremêle , habilement  au long des événements qui se succèdent les éléments cités ci-dessus, sous la tonalité d’une comédie enjouée qui , en nous rendant familiers et attachants les personnages, nous entraîne dans leur sillage et nous rapproche du ressenti de leurs émotions et ( ou ) des formes de rebellions qui –  au leitmotiv de la satire sur l’armée ( le vol de la pendule   pour  défier  l’autorité  et la  discipline), et au delà de la charge sur les hommes et les méthodes – se font l’ écho  d’ une forme de cynisme politique , dont se fait le reflet cet objet symbolique (  la pendule )  qui fut offert au régiment par la Reine Victoria lors de la Guerre de Crimée entre Russie et Turquie ( 1850 ) et pointe le rôle ambigü de la Grande-Bretagne lors de ce conflit !. John Boorman prend un mâlin plaisir à relater cette période  autobiographique de son service militaire, où tour à tour on retrouve la tonalité de la farce ( style M.A.SH  de  Robert Altman),  ou celle de la charge ( les entrainements des recrues faisant écho volontairement à celui des Marines, du Full Métal Jacket de Stanley Kubrick. Tandis que les portraits au vitriol du commandant Cross ( Richard E. Grant) et du Sergent -Chef Bradley ( David Tewlis ) traduisent une certaine « folie » du pouvoir qui donne des frissons…

Tamsin Egerton
Tamsin Egerton

Et puis , il y a la romance et l’amitié et cet amour du cinéma en commun, qui y font écho comme des bouées de sauvetage auxquelles ont s’accroche , même si elles ouvrent aussi aux désillusions ( l’amitié remise en question par la trahison …) et la quête de conquêtes ( les filles que l’on drague lors des « perms » ) , et de la romance dont on voudrait qu’elle ressemble à celles que l’on aime voir au Cinéma. Celle qui renvoie , aussi , au désir , avec cette Ophélia (Tamsin Egerton ) à la beauté (  innaccéssible ?)  à couper le souffle et que l’on rêve de conquérir comme une Reine pour en faire une maîtresse , mais qui joue de sa séduction et de l’ambiguïté. Cet amour ( rêvé, symbolique …),  idéalisé, dont l’image va finir par pâlir au contact d’un réel qui vient se rappeler aux vivants , via , les horreurs des blessures d’une guerre ( de Corée ) lointaine  dont les revenants apportent leur lot de souffrances . A cet égard est  significative , la séquence de l’hôpital et de l’attirance irrépressible – au cœur de l’horreur – des corps,  de Sophie ( Aimée -Ffsion Edwards) et de Bill . Celle où la découverte de l’amour se fait l’écho de la trahison lorsque l’ami Percy découvrira que Bill, l’a trompé avec son amie. C’est , dès lors  le monde des adultes et de leurs trahisons qu’évoque John Boorman dont la vie a été marquée par celles qui ont eu lieu        (  entre  son père et sa mère )  dans  sa famille. Et cette intimité qui envahit l’écran avec la magnifique scène finale , où , le cinéaste en se mettant à nu, semble livrer ( à 82 ans ) en forme de testament à ses admirateurs, son film comme un Adieu (? ) Cinématograhique .

C’est … tout en nuances et d’une simplicité bouleversante, sa façon de dire combien tout au long de sa vie le cinéma a été pour lui,  un besoin  d’expression  en même temps qu’une  forme de thérapie nécessaire . Une  forme  de  « communion  » qui lui  a  été  indispensable pour  nous  faire partager,  à la  fois,  la passion de  son métier miroir  d’un intimité  révélatrice  d’une vie dont il  (nous ) a confié , via ses  films :  ses révoltes ,  ses  passions , ses rêves, ses peines et ses joies… difficile , d’y rester insensibles.

(Etienne Ballérini)

QUEEN AND COUNTRY de John Boorman
Avec : Callum Turner, Caleb Landry Jones, Tamsin Egerton, Aimée- Ffion Edwards, David Tewlis, Richard E. Grant , Vanessa Kirby, Inead Cusak, David Hyaman …

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