Musique / Violoncelle…quand je te tiens !

Au fil des années, le violoncelle souvent connu comme instrument d’accompagnement a gagné ses lettres de noblesse surtout depuis l’époque de Pablo Casals et Mstislav Rostropovitch. Les jeunes générations ont repris le flambeau, parmi eux les frères Frédéric et Florent Audibert qui seront en concert à Menton et Caillan dans le Var le samedi 10 janvier et à Nice(1) le dimanche 11.

Maria de la Pau Tortelier, Frédéric etFlorent Audibert
Maria de la Pau Tortelier, Frédéric etFlorent Audibert

 Difficile de présenter les Audibert et surtout d’énoncer leurs multiples récompenses obtenues aux quatre coins de la planète. Sillonnant les scènes internationales soit en solo, soit en duo ou au sein d’orchestres prestigieux, ils font évoluer les répertoires dédiés à cet instrument et suivent de très prés l’écriture des compositeurs contemporains tout en jouant à merveille du baroque. Habitant dans la région, ils sont à l’initiative du Festival Cellio Fan depuis 14 ans à Callian- pays de Fayence dans le Var, son directeur artistique Frédéric Audibert évoque sa vie de musicien.et sa passion.

Frédéric  Audibert
Frédéric Audibert

JP L – Quelles sont les rencontres musicales qui ont marqué vos débuts ?

Frédéric – Il y a Yehudi Menuhin, je ne l’ai pas beaucoup connu, j’avais passé une audition à Paris à la sortie du Conservatoire, il avait fait trois fondations, une en Angleterre, une en France et une en Suisse. Il faisait des auditions tous les deux ou trois ans en Europe et il aidait les jeunes solistes à se produire et à démarrer leurs carrières, donc c’et dans ce cadre là que je l’avais rencontré. Il nous a beaucoup aidé pour nous produire comme au festival de Reims, c’était la fondation qui avait organisé çà et chaque année, je jouais là haut, c’est vrai que ça m’a beaucoup aidé au début… Il y a eu aussi Rostropovitch, çà c’est complètement différent, je l’ai vraiment beaucoup côtoyé, ça a été une véritable rencontre. Je me suis rendu compte en fait de l’importance de ces rencontres avec lui. J’ai eu l’occasion en 4 ou 5 ans de le voir 17 fois, c’est énorme, quand il est décédé, on m’a demandé de faire une conférence sur lui à Antibes. Je me souviens aussi avoir passé 8 jours à Moscou et une semaine à Bakou, pour le grand retour de Rostropovitch, là j’étais vraiment avec lui, j’ai assisté aux Masters Classes, à des répétitions de direction d’orchestre…ce sont des moments où sur le coup on ne s’en rend pas compte, on est jeune mais après, en fait, c’est énorme d’avoir côtoyer ces personnages, c’est formidable.

Vous êtes un musicien au répertoire universel, vous aimez jouer autant du classique du baroque, du contemporain, n’est ce pas trop difficile ? Votre façon de jouer change-t-elle?

Frédéric – Oui mais moi je trouve que c’est important de s’intéresser à tout çà parce que le violoncelle, la musique, ça a été une évolution de 1600 à nos jours…on dit la musique classique, la musique actuelle…ça n’existe pas, il y a de la musique un point c’est tout et ça a été une évolution et je me suis intéressé à cette évolution, le fait de pratiquer la musique baroque sur un instrument d’époque, je trouve que ça apporte énormément mais ça n’apporte pas seulement au répertoire baroque, moi ça m’a apporté beaucoup pour jouer la musique de Beethoven, de Schubert, de Mozart, et puis de pratiquer avec force et conviction les différents styles, ça permet en fait de mieux appréhender chaque style particulier parce que les choses évoluent et pourquoi les choses ont évolué, pourquoi les instruments ont évolué parce que les compositeurs demandaient certaines choses aux instrumentistes, aux luthiers, c’est complètement lié et encore aujourd’hui.

 Parmi les compositeurs contemporains, lequel est le plus facile à jouer pour vous, il y a t il des compositeurs plus difficiles que d’autres ?

Frédéric – Dans l’écriture, il y a beaucoup de différences comme le Kotos de Xenakis que j’avais joué au Printemps des Arts à Monaco, c’est une pièce qui m’a demandé des centaines d’heures de travail, c’est quasiment injouable, là j’ai passé beaucoup, beaucoup de temps dessus mais ça a été passionnant, j’ai mis une dizaine d’année avant de l’aborder, j’avais une partition colossale, je m’y suis mis, j’ai mis quasiment une année pour jouer cette pièce

Vous parlez d’instruments anciens, y a-t-il une grande différence si vous jouez avec un instrument plus récent ?

Frédéric – Oui, quand j’ai parlé d’instruments anciens c’est plutôt au niveau du montage, de la manière dont les choses sont montées parce que, en fait, je joue avec un instrument de 1715 qui est formidable, qui est extraordinaire mais qui est monté de manière moderne, c’est-à-dire que les cordes sont en acier, le chevalet est moderne alors que je joue souvent sur des instruments avec des cordes en boyau, un instrument qui avait le montage de l’époque, c’est-à-dire moins de pression sur la table, avec le boyau il y a un travail d’accord et d’hygrométrie et de précision un peu différent, pour un répertoire baroque et classique, c’est formidable.                           

DUO CELLO NARTELLE 2014 -5

Y a-t-il une grande différence quand vous jouez avec de grands orchestres  et avec votre frère par exemple en duo

 Frédéric – La grande différence c’est au moment du concert, c’est très étonnant, le travail parfois c’est compliqué, on s’engueule beaucoup, moins maintenant, en vieillissant, ça va beaucoup plus vite mais avant, c’était beaucoup plus mouvementé pendant les répétitions. Par contre au moment des concerts, c’est incroyable, c’est à ce moment là, dans le jus, dans l’action, il y a tout ce qu’on a pu vivre enfants et puis la manière de penser…il n’y a plus deux cerveaux, ça va extrêmement vite, on réagit lui et moi au quart de tour. Aux moments des concerts, c’est magique, il y a une différence énorme, quand on joue la réactivité est dix fois supérieure qu’avec les autres. Il y a quelques instrumentistes avec qui je me sens très bien, aussi parce qu’ils sont de grand talent et on va très vite mais avec mon frère, il y a eu le lien familial, la manière de penser, d’être.

Florent
Florent

Est-ce que vous sentez l’évolution d’une musique jouée seulement au violoncelle ?

Frédéric – Rostropovitch a fait beaucoup pour le grand public, Cazal a sorti le violoncelle de son état d’accompagnant, on leur doit à tous les deux. Moi, depuis 15 ans avec le festival, j’essaie de promouvoir çà, de continuer comme disait Janos Starker, immense violoncelliste hongrois qui est décédé en 2013, Don’t forget to carry the flag…N’oublie pas d’emmener la bannière… Avec le festival, j’essaie de faire découvrir aux gens toutes les possibilités et toute la musique écrite pour violoncelle est immense. J’essaie de défendre çà aussi.

On peut parler de ce que vous allez jouer dimanche ? 

Frédéric – On fera le programme du disque (8) qu’on a enregistré l’année dernière avec mon frère, ce ne sont que des violoncellistes compositeurs, ce sont des pièces très faciles d’accès, jubilatoires et entraînantes…je voudrais souligner que ce concert est aussi la poursuite de celui que nous avions donné cet été au festival Cello – Fan à l’occasion de la troisième partie d’un hommage au grand violoncelliste Paul Tortelier.

 AUDIBERTS TORTELIER

La seconde partie du concert accueillera la pianiste Maria de la Pau Tortelier, fille de Paul disparu en 1990, elle interprétera une composition de son père « Double concerto pour violoncelle ». Avec la forte présence des frères Capuçon et Audibert sur les scènes internationales, la France ajoute encore une belle histoire à la musique classique…et à la musique tout court.

                                                                               Jean Pierre Lamouroux

 

  • 1 -Théâtre de la Photographie à Nice à 18h30
  • 2 -Les Maîtres du violoncelle composent
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s