Cinéma / LE SCANDALE PARADJANOV de Serge Avédikian et Olena Fetisova

LE SCANDALE PARADJANOV de Serge Avédikian et Olena Fetisova.

Premier long métrage du comédien -cinéaste avec cette belle et vibrante évocation  du cinéaste Georgien d’origine Arménienne, Sergueï Paradjanov ( 1924- 1990 ) artiste et metteur en scène dont le talent qui confine au génie par la poésie , la verve excentrique , baroque et provocatrice d’une œuvre qui  déchaînera les foudres des censeurs du régime Soviétique qui emploieront tous les  moyens pour le bâillonner. A Voir…

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Les premières séquences du film nous plongent d’emblée dans le vif du sujet avec le tournage d’une scène du film Les Chevaux de feu ( 1964) qui va devenir un succès mondial et ,qui, par sa forme flamboyante et libre, va déchaîner les foudres du régime soviétique qui ne peut s’accommoder-alors -d’un esprit aussi rebelle et libre dans le fond comme dans la forme- d’un cinéaste qui défie l’ordre établi. Et ces premières séquences expriment à la fois son exigence sur le tournage où il se montre intraitable avec ses collaborateurs . A l’image du conflit avec son directeur de la photographie sur le placement de la caméra pour obtenir le meilleur effet sur une scène , celle d’un mariage traditionnel . Mais, également son soin méticuleux sur les objets et les détails qui sont censés restituer cette authenticité émotionnelle  comme celle que recherche inlassablement à transmette avec son pinceau le peintre face à sa toile , ou le plasticien  ( qu’il était également ), au spectateur . Mais également , de faire sourdre dans le regard de celui-ci cette légitimité d’une audace visionnaire nécessaire à toute œuvre authentique qui ne peut se passer de liberté et de poésie et dont l’anticonformisme est la marque indéfectible.

Une  scène  du  Film.
Une scène du Film.

Cette liberté là ,Sergueï Paradjanov qui la met en œuvre dès son premier film Les Chevaux de Feu ,tourné en Ukraine , en refusant par exemple de se « plier » aux désidératas officiels lui demandant de « doubler » son film en langue Russe fit scandale ( ce qui lui vaut , lui , le Géorgien d’origine Arménienne , d’être targué de nationaliste Ukrainien ! ) auprès des autorités qui ne cessèrent dès lors de la traquer via la police politique , employant tous les moyens d’investigations pour trouver les arguments  permettant de le conduire à un procès et à une condamnation. En attendant le film est interdit . Les autorités vont chercher à contourner habilement la « faille » de la provocation et de l’anticonformisme rebelle qu’il professe , et , se déchaineront sur le registre privé et sur ses relations avec les gens qu’ils fréquente ( il était très chaleureux , invitait régulièrement ses amis et faisant échanges et présents ) pour faire circuler sur lui, la « rumeur » d’ homosexualité . Arrestation ( en 1973 ) , procès expéditif et cinq ans de réclusion en camp sévère ( scènes très fortes ) où il se retrouve confronté a des exactions et sévices commandités dont il portera les stigmates , puis, sera à sa sortie assigné à résidence dans sa maison natale de Tbilisi en Géorgie . Une période de silence et d’inactivité de plus de quinze ans ( jusqu’en 1982 ) ,à laquelle on a contraint un artiste qui dérangeait .En même temps qu’on le   « diabolisait »,  on entendait mettre au pas et juguler un certain air de liberté qui cherchait à prendre son envol dans le cinéma Soviétique dont par exemple  un autre génie naissant , Andréï Tarkovski sera également victime du même ostracisme. Le soutien de nombreuses personnalités de monde de l’art  ( Aragon , Yves St Laurent , Sagan) et du cinéma international ( Fellini , Pasolini … la belle scène de la visite de Marcello Mastroianni au cinéastes en liberté surveillée ) ne suffiront pas . En prison même il continuera, quand il le peut , à réaliser collages et dessins.

Une belle  scène  . le  "collage"  du  cinéaste  sur  une  affiche de  propagande .  Paradjanov était  aussi  Charlie
Une belle scène . le « collage » du cinéaste sur une affiche de propagande . Paradjanov était aussi Charlie…

C’est cet « itinéraire » que Serge Avédikian ( avec l’aide de la  cinéaste  Russe  Elena  Fetisova  ),  restitue remarquablement , mettant en valeur à la fois la personnalité et l’opiniâtreté du cinéaste malgré la répression et la censure à ne pas baisser les bras et continuant à lutter pour affirmer sa vision artistique . Au delà de la vie quotidienne et personnelle du cinéaste dont les aspects essentiels sont restitués avec respect , mais avec cette même liberté que le cinéaste lui- même s’accordait dans ses sautes d’humeur, reflet d’une fragilité et des blessures et frustrations subies . C’est surtout l’oeuvre du cinéaste et son originalité qui sont mises en avant par Serge Avédikian qui en décline – à la fois- toute la profusion de son inspiration comme l’originalité des formes sur lesquelles elle se construit . Car le cinéma de Paradjanov se caractérise avant tout par une inventivité du langage visuel cherchant à restituer une grammaire qui puisse en quelque sorte être le reflet ( la somme) de toutes les formes artistiques ( littérature , folklore, peinture , iconographie , musique, arts plastiques… ) qui seraient en « prise directe » avec l’imaginaire et la vie quotidienne laissant place à la poésie et à l’inventivité              ( collages , art conceptuel ou folklore naïf, tableaux vivants …) tout est susceptible à bricolage et au refus de linéarité du récit. Il fait de Sayat Nova ( 1968, tourné en Arménie grâce au soutien d’amis responsables des Studios de Cinéma), inspiré de la vie d’un poète Arménien ,une magnifique œuvre allégorique ( le film sera également censuré en Russie ).
Paradjanov, ne cessera de changer les formes de ses récits et de sa mise en scène en fonction de la tonalité qui lui semblait la plus propice à son sujet . Plans fixes et cadrages larges ou rapprochés pour La Forteresse de Souram ( 1985), traduisant l’immobilité de la légende de la forteresse sauvée de la ruine par l’emmurement d’un homme . Et pour Achik Kérib (1988), conte amoureux inspiré d’une nouvelle du poète Russe Lemontov dédié à Takovski , c’est la lenteur et les envolées poétiques qui sont au rendez-vous .

Le  timbre  édité  par  la Poste  Arménienne  en Hommage  au cinéaste
Le timbre édité par la Poste Arménienne en Hommage au cinéaste

Le choix de Serge Avédikian amoureux de l’oeuvre du cinéaste dont il a eu la chance de croiser la route ( et qu’il interprète lui-même, ici  ), s’est tout dédié à nous faire partager la profusion de l’inventivité créative d’un cinéaste qui n’a jamais cessé d’être habité par celle-ci qui l’a sans doute aidé -aussi – à traverser les douloureuses épreuves . Mais surtout il a voulu inviter cinéphiles les cinéphiles d’aujourd’hui à redécouvrir une œuvre ( 1) , celle d’une cinéaste maudit , persécuté ( comme Tarkovski …ou Pasolini) , d’une richesse et d’une beauté à couper le souffle «  c’est ce qu’on devait à Paradjanov à minima , sans jamais empiéter sur son territoire d’autant que l’on voit des extraits de ses propres films en cours de réalisation. Je devais d’être proche de la sensibilité de Paradjanov sans la copier » , explique-t-il dans de dossier de presse du film.
Hommage nécessaire et réussi … à Erevan en Arménie ,son pays d’origine, un musée lui est consacré.
(Etienne Ballérini )

LE SCANDALE PARADJANOV de Serge Avédikian et Olena Fetisova -2014-
Avec : Serge Avédikian, Yulia Persild, Karen Badalov, Zaza Kashibadze …
(1) – Les films de Sergueï Paradjanov sont édités en Dvd aux éditions Montaprnasse

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