Litterature / Dictionnaire de la Collaboration

Dictionnaire de la collaboration

C’est un « pavé » que je vous propose de découvrir, ce dictionnaire de la collaboration. Il est de fait plus qu’autre chose qu’un dictionnaire, même s’il s’étend sur 900 pages, de Abellio Raymond, un intellectuel du Mouvement social révolutionnaire, parti d’inspiration fasciste fondé à Paris en 1940, à André Zucca photographe français à la revue Signal, principal journal de propagande publié par les nazis durant la Seconde guerre mondiale.

Couverture  du  Dictionnaire
Couverture du Dictionnaire

L’auteur, François Broche, né en 1939 est un journaliste et historien spécialiste de la France Libre et de la seconde guerre mondiale. Il est actuellement membre du conseil d’administration et du conseil scientifique de la Fondation de la France Libre. Il a obtenu le Prix littéraire de la Résistance en 1971 pour son Bataillon des guitaristes (1970), le Prix Paul-Léautaud pour son Léon Daudet (1992), le Prix des Écrivains combattants pour le 1er tome de son Armée française sous l’occupation, et le Prix Edmond Fréville en 2003 (décerné par l’Académie des Sciences morales et politiques) pour le second volume).

J’ai dit que cet ouvrage était bien plus qu’un dictionnaire ; Il est, je crois, une manière de parler à et de notre époque. Et d’abord, comment définir la collaboration ? La Collaboration- je parle ici de celle dont parle cet ouvrage- implique l’acceptation de la défaite et de l’armistice qui en découle. Concept mouvant et évolutif, elle suppose une adaptation permanente aux circonstances, aux exigences de l’occupant, aux besoins des Français, au déroulement de la guerre mondiale. Elle se caractérise par une extraordinaire diversité d’attitudes et de comportements, et revêt des formes et des degrés d’implication très variables selon les personnes, les milieux, les régions, les moments.

Lorsque je dis « je parle ici de celle dont parle cet ouvrage », j’entends par là que tout pays occupé – et dieu sait que les conflits accompagnés d’occupation ne manquent pas au jour d’aujourd’hui- génèrent forcement des pratiques collaboratives. Le vainqueur occupe, administre, persécute, pille, sans se soucier de l’approbation du vaincu. C’est le vaincu qui, en recourant à la collaboration dans l’espoir d’en tirer profit. Peut-on dire par exemple que, aujourd’hui, dans la partie de l’Ukraine occupée par la Russie, des phénomènes de collaboration n’existent pas ?
Ce « dictionnaire » est un véritable panorama des collaborations françaises avec l’Allemagne nazie entre 1940 et 1944. La collaboration y est vécue à travers ses différentes facettes : les types de collaboration, ses évènements, ses lieux, les partis et organisation collaborationnistes, ses institutions et organismes français (politiques, militaires, économiques, culturels, ses journaux, ses revues, ses études, ses romans, ses films, ses acteurs, son historiographie). C’est un exceptionnel précis d’histoire à travers quelques 850 entrées.

François  Broche
François Broche

On y apprend que la presse d’extrême droite n’était pas la seule à avoir le triste privilège de faire partie de la fine fleur collaborationniste : en effet, Notre Combat – pour une nouvelle France socialiste, organe de la gauche collaborationniste, paraissant pendant la seconde guerre mondiale, était une revue hebdomadaire française publiée par le Comité d’action anti-bolchévique.
La culture non plus n’est pas exempte : la musique (baroque, classique, romantique, contemporaine) est instrumentalisée par l’occupant dans le but d’en faire un élément de premier plan dans la collaboration franco-allemande. Quant au cinéma, si l’on excepte des acteurs comme Jean Gabin, Michèle Morgan, Marcel Dalio, Jean-Pierre Aumont, et des metteurs en scène comme Renoir, René Clair, Julien Duvivier, Max Ophüls, la majorité des acteurs, des metteurs en scène et des techniciens acceptent de rester.
Une « entrée » de ce dictionnaire (de fait, plusieurs) est au cœur de cet ouvrage, les pages consacrées aux collaborations : cela commence par le groupe « Collaboration » (qui comportait parmi ses parrains quatre membres de l’Académie française), la collaboration d’état, la collaboration économique 1, la collaboration militaire, la collaboration policière… Et, comme le note François Broche, « ni le collaborationnisme servile ni le collaborationnisme idéologique n’aurait pu se développer aussi aisément qu’ils le firent s’il n’y avait pas eu la collaboration d’état. »
Le dictionnaire est précédé d’une introduction que François Broche nomme « Le mot et la chose ». En une douzaine de pages fortes, éclairantes, il analyse la genèse du mot, se livre à l’esquisse d’une définition, dresse le constat des formes et niveaux de la collaboration. Quant aux clivages « … en juin 40, soudain, il n’y a plus de droite ni de gauche ; la défaite bouscule les vieux clivages, que la Collaboration achèvera de faire volé en éclat. » Le sous-titre de ce dictionnaire est éclairant : « collaborations, compromissions, contradictions ».
Je crois profondément que cet ouvrage a sa place non seulement chez toute personne que cette période concerne, mais aussi ceux qui sont persuadés que « l’histoire que nous écrivons est rendue possible par l’histoire qui s’est faite » (Paul Ricœur).
Ah bien sûr, il y aura ceux de la bonne conscience (qu’aurions-nous fait à la place ?, il fallait bien vivre) je rappellerais que Jean Moncorgé, alias Jean Gabin, servira comme chef de char  du 2e escadron du régiment blindé des fusiliers-marins qui appartient à la célèbre 2ème division blindée du général Leclerc. Et que Joséphine Baker s’acquitte durant la guerre de missions importantes. Engagée ensuite dans les forces féminines de l’armée de l’airelle débarque à Marseille en octobre 1944.
Jacques Barbarin
François Broche, Dictionnaire de la Collaboration, éditions Belin.
1) Sur la collaboration économique, je vous conseille la lecture de « Industriels et Banquiers sous l’occupation : la collaboration économique avec le Reich et Vichy », d’Annie Lacroix-Ruiz, chez Armand Colin
Illustrations :
Couverture di livre
François Broche

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