Cinéma / LE TEMPS DES AVEUX de Régis Wargnier.

LE TEMPS DES AVEUX de Régis Wargnier .

Le réalisateur dIndochine ,avec son dernier film nous entraîne dans les sentiers de la terreur Khmer Rouge avec l’adaptation  de deux récits de l’ethnologie Français François Bizot ( 1 ) racontant sa captivité sous la férule de, Duch,  le  bourreau Khmer . récit palpitant, confrontation de deux  hommes  aux  valeurs et idées opposées , et réflexion passionnante  sur  l’indicible de l’inhumanité  de  la terreur   de la  dictature , et  sur le  pardon impossible …

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Au début des années 1970 le Cambodge est en pleine instabilité politique et en guerre civile. Apparu en 1951 le mouvement communiste radical politique des Khmers Rouges d’inspiration Maoïste , va, petit à petit gagner du terrain pour prendre le pouvoir sous le nom de Kampuchea Démocratique en 1975 , dictature sanguinaire chargée de « purger » la société de l’influence Capitaliste et Coloniale 0ccidentale, afin de mettre en place une société Communiste sans classes. La terreur et les exactions qui s’ensuivirent firent des millions de victimes   ( plus d’un Million et demi , selon des études consacrées au génocide Cambodgien ) , avant d’être chassés par l’invasion Vietnamienne en 1979. C’est au cours de la période où les Khmers prennent petit à petit possession du pays que se situe le récit de François Bizot , et précisément en 1971 où installé dans le pays , il effectue son travail d’ethnologue auquel il travaille depuis des années en relation avec les services culturels de l’ambassade Française , à l’étude de la culture Khmère et à la restauration des temples d’Angkor . Une culture et un pays dont il est devenu un amoureux au point de s’y installer et de se marier avec une autochtone . Un jour , en plein travail en compagnie de son collaborateur et d’un jeune dessinateur qu’il vient de rencontrer, il se fait arrêter par une section de révolutionnaires qui le font prisonnier et le conduisent dans un camp où il va être retenu prisonnier pendant plusieurs mois …

Raphaël Personnaz  , enchainé dans le camp de prisonniers  politiques
Raphaël Personnaz , enchainé dans le camp de prisonniers politiques

François ( Raphaël Personnaz, remarquable dans son rôle le plus dramatique …) qui tente de faire valoir sa situation de chercheur et de nier les allégations d’espionnage faite à son encontre , se retrouve soumis à un régime insupportable de « manipulation » et de terreur psychologique  et  physique , instauré par le chef du camp , Duch ( Kompheak Phoeung , lui aussi remarquable ) qui va installer un rapport de force et d’intimidation en même temps qu’un jeu subtil de « séduction » dans lequel il cherche à entraîner son prisonnier. Un double- jeu qui fait la force du récit et du film servi par la mise en scène de Régis Wargnier qui cherche à tous moments à plonger le spectateur,  le faisant témoin par son regard rendu complice par l’image, d’une situation qui l’interpelle à tout instant . Impossible , en effet de ne pas réagir à tous ces événements vécus et relatés ( dans ses livres témoignages ) par le prisonnier pris au piège d’une « machine » qui cherche à la fois à la broyer , en même temps qu’elle se sert de lui, à des fins ( troubles ) dont il est difficile de faire la part des raisons qui y participent. Duch jouant sur sa connaissance de  la culture française et de l’intellectuel qu’il en en face de lui  pour justifier son implication dans le mouvement Révolutionnaire en même temps que de sa conduite de chef de camp impitoyable face aux ennemis de la Révolution. Et ce Français avec qui il disserte , aussi , philosophie et Littérature , il va le protéger de ses supérieurs qui veulent sa condamnation et son exécution , arguant du fait que celle-ci, pourrait desservir l’intérêt de la révolution compte tenu de sa position en tant que protégé de l’ambassade, et de la politique Française- neutre- en la circonstance. En ce sens ils voudra l’utiliser comme porteur d’un message aux autorités Françaises …

Le  Geolier ( Kompheak  Phoeung )
Le Geolier ( Kompheak Phoeung )

Dans ces circonstances , pendants sa captivité,François Bizot devient à la fois le témoin de la vie du camp , mais surtout des tortures, des exécution sommaires qui s’y pratiquent , et  méthodes employées pour « éliminer » les suppôts de l’impérialisme et les potentiels ennemis de l’intérieur. C’est une Machine de mort qui est en train de se mettre en place dans les premiers camps des territoires conquis par les Khmers …celle d’une entreprise du mal          ( d’embrigadement , de soumission et de persécussion )
qui finit par dénaturer les individus. Contre elle,  François , va mettre à profit sa situation particulière pour tenter ( en vain) de protéger quelques captifs dont il connaît la situation et qui n’ont pas fait acte d’opposants ou de résistance… il profitera également de quelques complicités pour tenter de fuir et faire parvenir des messages aux siens. Et s’il bénéficia de la « clémence » de son Geôlier qui lui permettra d’échapper aux massacres futurs, le temps des aveux venu et des témoignages nécessaires , devra faire surgir la vérité.. En ce sens le film ( à notre avis son meilleur) de Régis Wargnier qui remet en lumière celui de François Bizot , vient aussi s’ajouter au travail et à l’oeuvre exceptionnelle du grand cinéaste Cambodgien Rithy Panh ( qui est par ailleurs un des producteurs du film … et ce n’est pas un hasard ) , lui , qui a perdu toute sa famille dans la tragédie, et n’a depuis, cessé de travailler inlassablement à apporter preuves et témoignages sur les exactions commises durant cette terrible Dictature . On Vous conseille vivement de voir ( ou d’acquérir en DVD ) trois   films exceptionnels et bouleversants qui mettent en lumière ce que sera le vrai visage de Duch: S 21 La Machine de Mort Khmer Rouge (2003) et Duch, Le Maitre des Forges de l’Enfer (2011)  et L’image Manquante (2013).

Une scène de l'évacuation de l'ambassade  Française  (  en second  plan Olivier  Gourmet )
Une scène de l’évacuation de l’ambassade Française ( en second plan Olivier Gourmet )

Et en ce sens , le rapport Geôlier / Prisonnier, traduit dans toute son ambiguïté par Régis Wargnier mettant en lumière le « geste » d’humanité dont fait preuve Duch envers son « ami Français », va devenir l’argument fort contre celui qui fut le froid tortionnaire et meurtrier de milliers de prisonniers lorsqu’il deviendra, plus tard – lorsque  les Khmers ayant pris le pouvoir et dirigèrent  le pays sous la botte de Pol Pot -, le responsable du grand centre ( S 21 ) de torture de Phnom Penh. Alors , lorsque ce dernier  demandera  à François Bizot  d’être témoin a décharge lors de son procès, le refus de Bizot et la réponse fuse sous forme de sentence  «  proportionnée à la mesure des souffrances de milliers de prisonniers torturés à mort », qu’il souhaite lui voir infliger. Celle d’un pardon impossible , et du nécessaire devoir moral de mémoire…

Régis Wargnier explique dans le dossier de Presse «  Duch espère revoir un ami, il rêve d’un soutien . Et c’est un homme qui revient régler ses comptes qui se présente à lui dans l’ombre de la prison.Pas un ennemi déclaré, plutôt l’ombre d’une conscience (…) il y a un aspect moral d’une haute exigence (…) l’individu charnel qui a été épargné , s’efface pour laisser place à un être moral , un homme face aux crimes d’un autre homme », dit-il . Le ver est dans le fruit, l’oeuf du serpent , ça vous dit quelque chose ?… devant le visage de son geôlier dont il avait croisé les prémices de la naissance du froid tortionnaire qu’il deviendra, le masque tombe définitivement. Sachant que celui-ci, après la chute du régime Khmer et pour échapper aux poursuites éventuelles, alla se réfugier …dans l’humanitaire , pour y enseigner catéchisme et mathématiques aux enfants !. Le mérite du film est, aussi ,  de donner à voir et à comprendre une page de l’histoire de ces pays d’Indochine qui firent partie de notre histoire coloniale…

(Etienne Ballérini)

LE TEMPS DES AVEUX de Regis Wargnier -2014-
Avec : Raphaël Personnaz, Kompeak Phoeung , Olivier Gourmet, Thanet Thorn…
(1) – le  film est l’adapté de deux ouvrages de François Bizot : Le Portail (2000) et Le Silence du Bourreau (2011)

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