Art / Paulin Nikolli, la joie de peindre, la joie de vivre

Nikolli devant son ancien atelier
Nikolli devant son ancien atelier

Plus d’un peintre, c’est d’une forte personnalité dont je voudrais vous parler. Je ne me sens pas qualifié pour dire si telle ou telle peinture est de la figuration libre, de l’expressionnisme abstrait, du post-conceptuel… En revanche, ce que je sais, c’est que Paulin Nikolli, venu de son Albanie natale et installé à Nice depuis on va dire une quinzaine d’années, « vaut le détour ».

Jacques Barbarin : Paulin, je ne saurais pas classer ta peinture, comme on a la maladie de le faire pour toutes choses. Mais ce que je peux dire, c’est que, aussi bien pour ton œuvre que pour ta personnalité, le mot « joyeux » s’impose, et aussi l’amour de la couleur.
Paulin Nikolli : Tu sais, on peut situer ma peinture dans ce que l’on appelle « l’art brut »1 .Mais là n’est pas l’important. La vie sans couleurs, c’est la mort. Je joue au football, et dans le stade, on voit toutes les couleurs du monde. Ca fait partie de moi-même, de donner des bonnes choses. Je peux mourir, mais sans l’art, je ne peux pas vivre.
NikolliJ.B : En effet, tu as été footballeur professionnel en Albanie. Et pour toi, quelle es la plus grande joie : jouer au foot ou peindre ?
P.N. : Ca pouvait être les deux, quand j’ai commencé à jouer. Pour moi, le premier amour ça à été le ballon ; mais après, le pinceau c’est mon amour pour la vie. Au foot, ça dure 5 ans, 10 ans, 15 ans si on a de la chance. Mais la peinture, ça dure toute la vie. De toute façon, je joue toujours au foot. Au début, je jouais attaquant. Mais, avec l’âge, j’ai 45 ans, je joue milieu de terrain. Un peu plus tard, je serais défenseur, on ne sait jamais, hein ? Mais dans la peinture, je suis d’attaque !
J.B : Il y a un film français de 2005 qui s’appelle « Peindre ou faire l’amour ». Toi, tu ne choisis pas, tu fais les deux, non ?
N.P: Les deux font plaisir ! Sans l’amour, on n’est rien du tout ! On fait une famille, mais on fait la peinture aussi ! La peinture, c’est l’amour, j’y exprime mes symboles. Quand on voit ma peinture, on prend le temps de réfléchir, qu’est ce qu’il y a ? Il y a des personnages, mais dans les personnages il y a des symboles, aussi. C’est comme un match de foot : il faut le voir, là on découvre le foot, comme la peinture. Et le symbole, c’est une deuxième partie de la peinture.

Une oeuvre de Nikolli
Une oeuvre de Nikolli

J.B : En quelque sorte, « L’existence du gâteau se prouve en le mangeant ». Tu es d’origine albanaise, c’est peut-être le fait de venir d’un pays qui a eu une chape de plomb pendant très longtemps, qui te donne ça, cette joyeuseté.
N.P. : Avec cette dictature², nous étions complètement fermés. Mais il ne fau pas oublier une autre chose, notre pays est très coloré, empli de joie. Je me suis trouvé à Paris, en 1997, je parlais italien. C’est de là qu’est venue ma peinture, une manière de m’exprimer, je ne pouvais pas avec la langue… Je fais la peinture comme un enfant : j’ai une émotion et je l’exprime. Nous étions dans un pays très fermé, et moi je ne pouvais plus.
J.B. Dans E basta !, Léo Ferré disait : « quand on vit, comme on veut, on touche comme on peut ». Tes conditions d’existence t’ont obligé à travailler dans la rue, travailler et exposer devant les gens. Maintenant, tu as un petit atelier – plus grand que l’ancien- qui te sert plus d’entreposage qu’autre chose, mais quand tu peins c’est toujours à l’extérieur.
N.P. : Dans la rue je vois tout le monde, j’y ai même donné une interviewe à deux journalistes du New York Times [voir site] et même si demain j’ai un atelier de 500m², je continuerai à travailler dans la rue. La rue, pour moi, c’est ça, c’est les nuances, les couleurs de Nice, je n’ai jamais vu ciel comme ici. Bien sûr, j’ai eu 40 tableaux volés, c’est comme ça, des tableaux déchirés au couteau, mais qu’est ce que je peux faire ? La rue, il y a tout, c’est une grande école. C’est difficile, mais je l’ai choisi, toute ma vie je veux travailler dans la rue. J’ai été accusé de tags, parce que je posais mes tableaux dans la rue, d’occupation illégale du domaine public. Si j’ai envie de travailler à deux heures du matin, je travaille à deux heures du matin. L’art n’a pas d’heure.

Le pinceau de Nikolli
Le pinceau de Nikolli

J.B : Je sais que tu as eu des relations on va dire « conflictuelles » avec des galeristes. Mais depuis que tu es connu –et reconnu- tu exposes bien au-delà de Nice.
N.P. : Je prépare une exposition pour Miami. Bientôt, en janvier, je suis exposé à la galerie Ferrero. Si j’intéresse un galeriste, il va venir, sinon, ce n’ai pas grave, ça ne me dérange pas. Mon travail, c’est mon travail. Ils commencent de venir grâce au New York Times qui m’a trouvé dans la rue. Ce n’est pas une galerie qui va ni m’arrêter, ni m’avancer. J’ai prévenu Le Patriote, ils ne sont jamais venus, Nice-Matin n’en parlons pas… Je suis dans le New-York Times, et vous, ceux qui essayent de me faire ch.., vous êtes ou, aujourd’hui ? Moi, j’avance.
Jacques Barbarin

http://www.niikolli.free.fr

1 Le terme d’Art Brut a été inventé en 1945 par le peintre français Jean Dubuffet. L’Art Brut regroupe des productions réalisées par des non-professionnels de l’art, œuvrant en dehors des normes esthétiques convenues Dubuffet entendait par là un art spontané, sans prétentions culturelles et sans démarche intellectuelle.
²L’Albanie connaît, après sa libération totale en novembre 1944, un gouvernement communiste stalinien, dont le principal dirigeant est Enver Hoxa. L’Albanie est dès lors isolée du reste du monde jusqu’à la chute du régime communiste en 1991 et elle subit l’un des régimes les plus sévères, comptant plus de 8 000 condamnés à mort et des milliers de personnes emprisonnées dans des camps (rapportées à une population d’après-guerre de 1 million d’habitants).

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