Cinéma / ’71 BELFAST de Yann Demange.

’71 BELFAST de Yann Demange

Le film évoque la période trouble des années 1970 en Irlande du Nord où les divisions politiques et religieuses des communautés sont de plus en plus fortes, attisées par la ségrégation subie par la minorité Catholique, que le renforcement de l’envoi de renforts de l’armée Britannique perçu comme une provocation, va précipiter dans la violence . Premier, et réussi, long métrage du cinéaste Français qui a grandi à Londres…

l'Affiche  du  film
l’Affiche du film

Le conflit qui est  ici, au cœur du récit est celui qui a débuté dans la seconde partie des années Soixante opposant Catholiques                      ( Républicains et Nationalistes ) aux Protestants ( loyalistes et Unionistes) dont la politique de ségrégation confessionnelle subie par la minorité catholique, est l’héritière d’un long passé de conflits ( dont celui qui a conduit à la guerre civile 1921-1923 ) qui ont émaillé les deux communautés . Un passé évoqué entr’autres dans les films, Michaël Collins de Neil Jordan (1996) et Le Vent se Lève de Ken Loach ( 2006, Palme d’or à Cannes) . C’est donc dans un Belfast en pleine effervescence et au bord d’une nouvelle guerre civile qu’un contingent de jeunes recrues ( la séquence d’ouverture du film, nous montre leur entraînement et préparation ) de l’Armée Britannique débarque avec mission de « protéger les citoyens ». Lors d’une de ces opérations menée dans un quartier Républicain en résistance , où l’hostilité à l’armée est très forte «  allez-vous-en , vous n’êtes pas chez vous ici ! » crie la population , jets de pierres et de seaux de latrines, scandés par les couvercles de poubelles des ménagères qui battent le pavé… scènes de guérilla, la tension monte , lorsque les recherches d’armes et d’opposants -résistants , se fait sans ménagement dans les maisons . Dans la rue, les bousculades dégénèrent en échauffourées , Gary ( Jack O’Connell , épatant , vu récemment dans Les poings contre les murs de David MacKenzie ) et ses camarades plongés pour la première fois dans l’enfer se retrouvent pris au piège. Un premier coup de feu et un soldat est mortellement atteint, d’autres coups de feu suivent , Gary est blessé mais  arrive à s’enfuir et va devoir se cacher pour échapper aux poursuivants…

Gary (  Jack O' Connell )  en fuite
Gary ( Jack O’ Connell ) en fuite

Le coup de feu tiré par un membre de l’IRA , va mettre les deux camps en effervescence. Du côté des Loyalistes le débat , entre les responsables des forces armées et la police secrète ( MRF, Forces Militaires de réaction), sur les moyens et les méthodes ( pour faire face à une situation de pré-guerre civile ) sont aussi virulents que chez le Républicains divisés entre les partisans de la Fraction armée et ceux de la ligne politique officielle. Une situation complexe à laquelle le cinéaste a choisi de donner une vision et dimension originale, en choisissant de se démarquer des films ayant – avant lui- évoqué le sujet à l’image du remarquable Bloody Sunday de Paul Greengrass (2002) privilégiant l’aspect naturaliste et documentaire, qui évoquait le tragique 30 Janvier 1972 à Derry au cours duquel 14 Manifestants furent tués par l’armée Britannique .
Ici, le sujet central étant la fuite de Gary pour échapper à ses poursuivants des deux bords, qui le traquent, la survie,  est au cœur du récit   et proche du ressort du film à suspense qui va devenir celui de la mise en scène,  que Yann Demange a choisi de maintenir au plus près d’un réalisme cher au Jean- Pierre Melville de l’Armée des ombres ( 1969) . « On est sur le terrain du film de genre , pourtant il était impensable de faire basculer totalement le film dans ce registre (…) on a fait vraiment beaucoup de recherches pour rester au plus près de la réalité de cette époque (…) mais je ne suis pas documentariste et ’71 n’a pas valeur de document sur le contexte social et historique. Le ressort du film est clairement l’élément humain (…) j’ai voulu qu’il soit dans l’énergie physique d’un ballet et je me suis interdit de filmer le moindre personnage comme un héros (…) que les personnages aillent dans les zones de gris voulues permettait de ne pas être prisonnier des conventions du film de genre», explique le Cinéaste.

Face à la foule de  Manifestants
Face à la foule de Manifestants

Dès lors le parcours haletant de Gary pour échapper à ses poursuivants des deux bords dont les intérêts politiques divergent pour chercher à l’éliminer, se fait le reflet de cette confusion et de la complexité d’une situation où la raison des uns ( les mensonges des militaires et les exactions des Forces militaires de Réaction ) fait écho à celle des autres , sur la nécessité et la méthode du combat politique à mener . Et , surtout, de l’avantage politique qui pourrait en découler pour  le  camp, qui  sera  le premier à retrouver Gary, le fugitif devenu encombrant.
Cet aspect remarquablement développé  de la nuit de traque, par le « climax Labyrinthique » de la mise en scène, qui offre d’ailleurs un bel écho à la dimension intemporelle voulue par les auteurs. « ’71 Belfast , évoque n’importe quel autre conflit actuel, il pourrait se passer en Syrie , en Afghanistan ou au moyen Orient », explique le cinéaste. Et c’est cet écho d’un conflit douloureux d’hier qui renvoie à ceux d’aujourd’hui où d’autres vies humaines se retrouvent broyées et servent de « cibles » manipulées d’une oppression dont ils sont les victimes , qui offre au film cette dimension humaine, revendiquée par le cinéaste.  Comme l’illustre la scène de l’intervention en pleins heurts entre soldats et jeunes enfants , de cette mère tentant de mettre fin aux échanges de coups , leur disant «  ne voyez-vous pas que c’est un gamin comme vous ? » de la même manière que les belles séquences unissant dans l’adversité le jeune orphelin qui va aider Gary perdu dans la nuit de Belfast à retrouver son chemin , ou encore de  cet ex-infirmier soignant si précieux qui rappelle à Gary « l’instrumentalisation » dont il est l’objet de la part du gouvernement  et des militaires  qui le servent ….

Gary  traqué, se  caché   dans la nuit ...
Gary traqué, se caché dans la nuit ..

Au cœur du danger et de l’horreur , les gestes d’humanité…interpellent faisant écho à cette instrumentalisation qui , aujourd’hui , a laissé place à l’horreur transformant des milliers de  potentiels  Jeunes Gary en autant de cibles à abattre sur  les champs de guerre cités ci-dessus,  où,  des milliers de civils sont  aussi sacrifiés . Dès lors le film offre une belle dimension de réflexion. Et, en filigrane de cette tragédie Irlandaise et humaine , il y a cette idée d’un certain cynisme ( auquel  fait écho la scène du mensonge et du silence demandé aux soldats par les autorités militaires ) , comme  celui d’une inhumanité et d’une inflexibilité de comportement laissés en héritage ( aux terroristes d’aujourd’hui?) incarné, hier ,  par une certaine « Dame de fer » ( Margareth Thatcher ) , laissant mourir en prison, Bobby Sands et ses camarades prisonniers politiques …

(Etienne Ballérini )

’71 BELFAST de Yann Demange -2014-
Avec : Jack O’Connell, Lewis Paul Anderson, Richard Dormer, Sean Harris, Martin McCann…

Publicités

Un commentaire

  1. ‘ai vu la même semaine ce très beau film hélas violent et The Search de Michel Hazanavicius qui finit un peu mieux mais montre aussi un conflit entre deux communautés qui vivent sur le même territoire. Deux films où l’on voit des enfants qui cherchent leurs voies dans ce monde déchiré où certains adultes attisent du mieux qu’ils peuvent le feu.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s