Cinéma / LA LOI de Christian Faure

LA  LOI
Aujourd’hui nous parlerons d’un film, ou plus exactement d’un téléfilm au titre fort simple, « La Loi », réalisé par Christian Faure, que France 2 a diffusé mercredi 26 novembre. En droit, la loi est une règle juridique suprême, générale et impersonnelle. Et celle dont parle ce téléfilm est tout simplement la loi Veil. Je ne sais si ce téléfilm doit être reprogrammé, en tout cas si oui, « à vos cassettes ! », comme disait Jean Christophe Averty.

Simone Veil
Simone Veil

Rescapée de la Shoah, Simone Veil, née à Nice en 1927, entre dans la magistrature  comme haut fonctionnaire jusqu’à sa nomination comme ministre de la Santé en mai 1974. À ce poste, elle fait notamment adopter la « loi Veil», promulguée le 17 janvier 1975, qui dépénalise le recours par une femme à l’interruption volontaire de grossesse.
C’est les 3 jours de débat, -si ce n’est de combats- à l’Assemblée Nationale qui constitue la trame de ce téléfilm passionnant. La plupart des scènes ont été tournées à l’Assemblée Nationale, devenue une arène, où Simone Veil est livrée en pâture aux députés… de son propre camp, l’Union des démocrates pour la république, à laquelle succédera en 1976 le RPR.
Dans le gouvernement, Jacques Chirac, Premier ministre, est, sauf à la fin, d’un assourdissant silence. Normalement c’est le ministre de la justice, Jean Lecanuet, qui aurait du présenter la loi, puisqu’il s’agissait de modifier le code pénal. Mais le ministre avait des convictions… Bien sûr il y avait Françoise Giroud, secrétaire de la condition féminine, mais qui aurait voulu que l’on radicalise plus les choses.
Le film raconte donc ces trois journées, mais il raconte aussi les non-dits, les silences, les regards de madame Veil (admirablement interprétée par Emmanuelle Devos). Je pense à ce regard lorsque la loi est enfin votée : Regard de fatigue, certainement, mais regard qui dit : « Je vois des choses que vous ne voyez pas ».

Le  Discours  à l'Assemblée (  Emmanuelle Devos)
Le Discours à l’Assemblée ( Emmanuelle Devos)

Outre le regard de Simone Veil, il y a dans ce film un autre regard, aussi important, aussi intense : celui de Diane Restof (Flore Bonaventura), photographe à « L’Express » qui voit se voir confier une mission qu’elle désirait ardemment : assister aux séances parlementaires pendant le débat de la loi. Ce regard, cette qualité de regard, est un véritable « complément d’enquête » (après tout nous sommes sur France 2) à celle de la ministre. Elle est en empathie avec le combat de cette dernière mais n’oublie à aucun moment son propre regard.
Car le combat que mène Simone Veil est un combat sociétal et le parlement étant le reflet de la société, elle a des adversaires non seulement au parlement- et rappelons-le, dans son propre camp, mais dans celui de la société civile. A ce titre, un des moments les plus durs est le moment où, revenant de nuit chez elle, dans le couloir d’entrée a été peint : Simone Veil (suivie de l’étoile juive) = nazi.

Emmanuelle Devos  et  Simone  Veil
Emmanuelle Devos et Simone Veil

Rappelons quand même que le 13 avril 1944, Simone, sa mère et sa sœur Madeleine sont envoyées de Drancy à destination d’Auschwitz-Birkenau. Elle reçoit le matricule 78651 qui lui est tatoué sur le bras. Quels esprits malades ont pu imaginer confondre une rescapée des camps de la mort et une loi qui serait nazie dans son essence ? Je laisse Simone Veil répondre :

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme – Je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. ».
La loi est adoptée grâce à la presque totalité des votes des députés des partis de gauche et du centre, malgré l’opposition d’assez nombreux députés de la droite.

Le banc des  Ministres  à l'Assemblée
Le banc des Ministres à l’Assemblée

Emmanuelle Devos « n’incarne pas » Simone Veil, comme j’ai pu le lire, de même que aucun acteur n’incarne son personnage, l’acteur – comme le comédien- cherche en son personnage ce qui lui ressemble, comme ce qui lui dissemble. Elle est Emmanuelle à la recherche de Simone. C’est comme cette épouvantable « bluffant » que les journalistes emploie incessamment : bluffer, c’est essayer d’en imposer par ses actions, ses paroles, c’est tromper. Jouer, ce n’est pas tromper, c’est essayer de trouver.
Lorànt Deutch joue avec bonheur Dominique Levert, chef de cabinet de Simone Veil. Diane Restof lui dit à un moment : « je ne fais pas de politique », il a cette superbe réponse : « Alors vous n’êtes pas journaliste. »
Ce film est un grand moment de cinéma, un grand moment de service public.
Jacques Barbarin

Illustrations
Simone Veil et Emmanuelle Devos
Le discours
Le banc des ministres
Simone Veil

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2 commentaires

  1. Je suis d’accord pour dire que le combat de Simone Veil fût admirable et qu’Emmanuelle Devos est remarquable dans son rôle.
    En revanche la mise en scène est ennuyeuse,les différents personnages sont souvent mal joués,Chirac notamment et Lorànt Deutch guerre convaincant, sans parler de Michel Debré insipide.
    Mais la pire c’est justement la jeune journaliste totalement hors jeu et parfois ridicule ,pas du tout crédible.
    Dommage , cette lutte historique méritait autre chose que ce film télévisé.

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