Cinéma / RESPIRE de Mélanie Laurent

RESPIRE de Mélanie Laurent

Depuis quelques années, la carrière de comédienne de Mélanie Laurent a pris une dimension internationale. Pourtant, elle ne renonce pas pour autant à passer derrière la caméra. Après Les Adoptés en 2011, son premier long métrage de fiction, elle nous propose Respire, son second film, l’histoire d’une amitié perverse entre deux adolescentes.

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

On connaissait surtout Mélanie Laurent actrice, révélée en 2006 par Je vais bien, ne t’en fais pas de Philippe Lioret, qui lui a valu le Prix Romy Schneider et le César du meilleur espoir féminin. Depuis, sa carrière devant la caméra a pris une dimension internationale avec, notamment Inglorious Basterds de Quentin Tarantino et, très récemment, Enemy de Denis Villeneuve. Mais parmi les autres facettes (Mélanie Laurent s’est aussi essayée à la chanson), celle de réalisatrice. Après deux courts et, en 2011, Les Adoptés, son premier long métrage de fiction, elle signe ici le second.
Respire est une adaptation très libre du roman homonyme d’Anne-Sophie Brasme, paru en 2001 (1). L’histoire d’une amitié entre deux adolescentes, Charlène et Sarah, celle d’une amitié vénéneuse, d’une relation à sens unique qui mène vers la folie. Mélanie Laurent l’avait lu alors qu’elle était lycéenne. Elle avait 17 ans, le même âge que la romancière ! Marquée par sa lecture et sa propre expérience, la future réalisatrice avait songé très tôt faire un film sur la perversion psychologique et la manipulation. Bien des années plus tard, elle mène ce projet à son terme.

dans  Respire
Charly (  Joséphine Japy)  et Sarah ( Lou  de  Laâge )

 

Respire est donc une chronique de l’adolescence. Charlie (Joséphine Japy), 17 ans, mène une vie ordinaire. Jeune fille réservée et bonne élève, elle s’efforce de ne pas être perturbée par la relation conflictuelle qu’entretiennent ses parents. Un jour, la directrice du lycée présente une nouvelle élève, Sarah (Lou de Laâge), belle et du tempérament. Elle s’installe à côté de Charlie, laquelle laisse tomber sa copine Victoire pour devenir son amie. C’est le début d’une profonde amitié qui va devenir fusionnelle. Pourtant, sans raison apparente, le comportement de Sarah change, plongeant Charlie dans l’incompréhension.
On serait tenté de rapprocher l’histoire de ces deux adolescentes de celle de La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kéchiche, mais la composante homosexuelle de leur relation ne fait ici l’objet que d’une très courte scène. La réalisatrice ne s’y attarde pas par la suite. Drame psychologique qui bascule lentement vers le cinéma de genre et l’horreur, le film doit beaucoup à son duo de jeunes comédiennes, toutes les deux exceptionnelles, Lou de Laâge (déjà remarquée dans Jappeloup) et Joséphine Japy (une révélation, malgré quelques apparitions au cinéma).

Lou  de  Laâge
Lou de Laâge

Au cours d’entretien vidéo accordé au « Monde », lors de la présentation cannoise du film à la Semaine de la Critique en mai 2014, Mélanie Laurent déclarait : « J’avais vu Joséphine Japy dans Cloclo. A 16 ans, elle faisait déjà preuve d’une maturité de jeu insensée. Quant à Lou de Laâge, j’avais découvert une photo d’elle sur internet où elle faisait peur, alors qu’elle a un visage à la Boticelli, là, elle était très dure, inquiétante… Je suis donc parti de deux photographies. L’une, angélique, de Joséphine, et l’autre, « flippante », de Lou, pour imaginer les deux personnages principaux. » Cette démarche met en évidence le talent de directrice d’actrices de la jeune cinéaste qui, par ailleurs, n’a pas négligé pour autant les seconds rôles, tous féminins, comme ceux joués par une étonnante Isabelle Carré (la mère de Charlie) ou Claire Keim (la tante). Elle nous offre ainsi quelques portraits de femmes, forte, faible ou au bord de la folie, éloignés des stéréotypes.
Enfin, on soulignera une autre qualité de la mise en scène, la façon dont sont filmées les scènes de groupe entre adolescents, au lycée ou lors des soirées, avec justesse et naturel.
Dans la carrière d’un réalisateur, le second long métrage constitue parfois un piège et les promesses que contenait le premier se sont envolées. Dans le cas présent, Respire est une réussite..

Philippe Descottes

RESPIRE de Mélanie Laurent ( 2014), avec  Joséphine Japy, Lou de Laâge, Isabelle Carré  et Claire Keim

(1) « Respire » d’Anne-Sophie Brasme est édité chez Fayard

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