Cinéma / QUAND VIENT LA NUIT de Michaël R. Roskam.

QUAND VIENT LA NUIT de Michaël R.Roskam.

Après un premier film, Bullhead (2012) qui nous avait scotchés, le cinéaste Belge qui a séduit Hollywood ( nommé aux oscars ) , confirme son regard original et sombre pour son second film tourné aux Etats-Unis , inspiré d’un roman de Dennis Lahane qui s’est mué en scénariste pour l’adaptation. Un superbe Polar qui défie les  codes  du genre , une très belle réussite.

L'Affiche  du  Film
L’Affiche du Film

Si vous avez vu Bullhead vous aurez, comme nous, étés frappés par la mise en scène faisant référence à la peinture Flamande ,et la tonalité sombre du portrait de cet homme aux prises avec une organisation Mafieuse qui s’administrait , en une sorte d’auto-destruction, des produits dopants destinés a des animaux ( boeufs ) d’élevage . L’Univers du cinéaste confronté à un autre contexte de tournage , s’aventurant dans un système de production( Hollywoodien) et dans un genre codifié avec ses passages obligés, le polar, en adaptant le roman de Dennis Lahane ( Amimal Rescue , publié aux éditions Rivages Noirs ), risquait-il de voir sa personnalité et son originalité de regard s’édulcorer ?.                                                                                                                                                    On pouvait le craindre car d’autres avant lui, ont  déchanté …mais le cinéaste Belge a réussi à relever le défi en s’attachant les services , au scénario de l’écrivain Dennis Lahane célébré  et adapté au Cinéma  de Mystic River  ( Clint Eastwood) et Shutter Island ( Martin Scorsese) dont l’univers  sombre , est proche du sien. Mais surtout il a su garder cette tonalité de mise en scène qui avait fait le prix de Bullhead  à  la fois dans le traitement des personnages, comme dans celui des ambiances ( lieux ) et les tonalités d’écriture et des images . On retrouve le même travail de recherche  picturale ( Rubens, Courbet et Rembrandt ) qui avait fait le prix de Bullhead , effectué ici sur les décors et  inspiré de  l’artiste Peintre de  Brooklyn, George Wesley Bellows , auquel s’ajoute  celui sur les Costumes fait par  David Robinson qui dit s’être inspiré entre ‘autres des tableaux du Caravage. Avec également à la direction de la photographie son complice Nicolas Karakatsanis et à la bande sonore musicale (superbe ) de Ralf Keunen , la maîtrise de la partie technique était donc sous contrôle pour mettre en valeur, le cadre et le récit .

James  Gandolfini  et  Tom  Hardy
James Gandolfini et Tom Hardy

Le récit qui reprend d’ailleurs les thèmes du cinéaste , et le cadre  celui de Brooklyn dans lequel les héros vont être mis à l’épreuve . Un Brooklyn de la vie diurne et nocturne ( la plaque tournante du bar ), dans laquelle le Cinéaste s’est immergé avec un réalisme étonnant qu’il explique lui -même « on est allés à la découverte des endroits les plus méconnus, on a sillonné les rues , on a visité tous les bars , on a rencontré et observé des tas de personnes qui nous ont raconté des tas d’anecdotes sur les quartier et les trafics » ,dit-il . Un travail qui met en lumière avec bonheur et réalisme la complexité et la dimension cosmopolite du quartier de Brooklyn acquise au fil des années.
C’est donc au cœur de ce quartier que l’on va retrouver les  protagonistes. Un quartier en pleine métamorphose où les églises sont en train d’être achetées par les sociétés immobilières, tandis que les trafics de la nuit sont aux mains de la Mafia  Russe ou Tchétchène . C’est dans ce contexte que l’on retrouve Bob Soginowski ( Tom Hardy) et son cousin Marv ( James Gandofini, magnifique dans son dernier rôle  et à  qui le film est dédié  ). Le premier serveur dans le bar dont Marv, est le  gérant sous surveillance et influence de la mafia qui s’en sert comme  couverture pour ses affaires . L’organisation mafieuse qui était déjà au cœur du récit de Bullhead y est encore,  ici , avec son emprise.                    Belle idée que de faire du bar de nos héros la « plaque tournante » des trafics et des affaires et qui devient le « lieu » théâtral des enjeux  et des événements dans lesquels les personnages sont impliqués , comme l’illustre la séquence de la soirée du Superball qui doit servir de couverture à une opération. On vous dira encore qu’autour d’eux, l’emprise mafieuse  qui fait son drop ( collecte ) quotidien de fonds est omniprésente , qu’il y a aussi celle de la police qui enquête … et puis,  cet amant jaloux, Eric Deeds ( Matthias Schoenaerts , le héros de Bullhead et fidèle du cinéaste ) qui promène son ombre et sa présence inquiétante dans le sillage de Bob et de son ex, Nadia ( Noomi Rapace ) dont Bob est tombé amoureux .

Noomi  Rapace  et  Tom Hardy
Noomi Rapace et Tom Hardy

Il y a également  ce  « chiot »   recueilli par Bob qui va jouer un rôle important en même  temps qu’il va donner un sens à la vie de Bob et lui permet de sortir de sa solitude  et de  ce  passé  enfoui  qui refait surface  et  l’idée d’une  possible rédemption   .Car, explique le  Cinéaste  « j’ai voulu mettre l’accent sur l’absurdité et les mensonges », qui refuse le spectaculaire et d’imposer une morale au spectateur « c’est au spectateur de la trouver », préférant se pencher sur les personnages et sur leurs ambiguïtés ( jeux d’alliances et de trahisons) , pour s’en aller dans la  direction  du « conte », et analyser les secrets  enfouis. Et  ici, ils ne manquent pas, on vous ménage la surprise et le suspense de la découverte. On vous dira par contre que le cinéaste se sert habilement des passage obligés du genre  ( vols, racket, violences , enquête policière ) comme moteurs de l’action pour en faire les éléments- miroirs révélateurs de l’approfondissement et de la complexité des personnages, dont Bob et Marv révèlent petit à petit les failles d’un passé qui resurgit . De la même manière que celui de Nadia et de son ex-amant jaloux. On y ajoutera la silhouette tout aussi mystérieuse  ( avec ses incessants sous- entendus ) du commissaire de  Police chargé de l’enquête. Il y a du cynisme et un certain humour noir qui fait son effet , il y a une tension physique et cette  violence omniprésente qui finit par éclater ( la magnifique scène de confrontation entre Bob et Eric ). On retrouve aussi le constat sur la violence d’un présent qui prend le pas sur celle du passé avec l’organisation Mafieuse structurée qui a pris la place des petits malfrats d’hier . En même temps que la société civile, elle aussi,  a évolué avec les grands travaux effectués par les trusts immobiliers  qui  changent , à la fois les espaces et la vie quotidienne des gens .

Matthias  Schoenarts  et  Noomi Rapace
Matthias Schoenarts et Noomi Rapace

Le traitement ( le choix ) cinématographique du cinéaste,  en faisant astucieusement cohabiter réalisme et une certaine stylisation, offre une perspective intéressante au récit sur cette mutation qui a changé à la fois les lieux et les hommes . C’est d’ailleurs au cœur de cette mutation de la cité que le film noir à puisé pour décrire la naissance de la criminalité, puis, sa transformation en puissance mafieuse organisée . Et le cinéaste enrichi encore cette perspective de récit en y apportant une modification essentielle à contre-courant du portrait habituel du héros du film noir dont le personnage principal au final n’est pas sauvé…ici , au travers des destinées parallèles de Bob et de Marv , il introduit , astucieusement l’idée d’une possible rédemption. Le cynisme, la morale, le conte, la fatalité … et la vie plus forte …

(Etienne Ballérini)

QUAND VIENT LA NUIT de Michaël R. Roskam.-2014-
Avec : Tom Hardy, Noomi Rapace, James Gandolfini, Matthias Schoenarts, John Ortiz, Michaël Atonov, Anne Dowd….

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