Théâtre / …et je dirais même plus : Numa Sadoul. (Entretien )

Et je dirais même plus : Numa Sadoul.

Le continent Numa Sadoul est assez impénétrable pour qui n’en connait pas les arcanes.                  Au commencement était l’image, plus précisément la bande dessinée. Au point que, dans les années 70, Numa lui consacre un mémoire universitaire de 3ème cycle, « Archétypes et concordances dans la bande dessinée moderne ». Il publie des entretiens avec Hergé – d’où le titre- et sort récemment un recueil d’interviewes consacrés au dessin de presse (voir article « Cabu, Chab, Siné, Luz, Wolonski… passent à table ! »). Il publie des romans, fait de la mise en scène de théâtre, joue, enseigne le théâtre, et je dois en oublier. C’est vous dire si son œuvre est polysémique. J’ai essayé, au cours de mon entretien avec ce touche à tout, de me limiter au théâtre : cela n’a pas été tout le temps facile.

Numa  sadoul
Numa sadoul

Numa Sadoul : L’activité dans laquelle je me sens le plus à l’aise, c’est la mise en scène. De suite après, c’est la pédagogie, parce que c’est à peu près la même chose. Je transmets, que je mette en scène ou que j’enseigne, je transmets quelque chose qui est en moi à des gens qui sont attentifs, plus ou moins, qui écoutent, et c’est un peu la même démarche. Comédien, c’est ce que j’aime le moins, disons que je pratique le moins. Cela doit bien faire depuis « Une page à part », en 2006, que je ne suis pas monté sur une scène. J’avais une troupe en 1970, qui était la première troupe de théâtre expérimental, et j’ai sillonné l’Europe avec cette troupe, une création que l’on a tournée pendant deux ans. J’ai arrêté un long moment, et j’ai attaqué la bande dessinée. Je suis revenu sur la scène par le biais de l’opéra, en 1977, puis je suis revenu au théâtre.

Numa  sadoul. Madame  Butterfly
Numa sadoul. Madame Butterfly

Tu viens de dire que la mise en scène et la pédagogie de théâtre, c’est à peu près la même chose
N.S : Quand tu travailles avec des acteurs, comme metteur en scène, ou des élèves, comme prof, tu as un retour qui se fait, et qui est aussi enrichissant pour toi : tu progresse, en même temps que ceux que tu fais avancer. Comme prof, j’ai appris énormément des élèves, je leur ai montré des choses qui m’ont permis de dégrossir des choses que je ne possédais pas. Et quand tu fais une mise en scène avec des acteurs, ou des chanteurs, c’est pareil : ils t’apportent un retour, ils t’écoutent, ils t’apportent des contradictions, ou bien des améliorations.
On voit tes mises en scène d’opéra à Toulon, Bordeaux, Lyon, Lille, et j’en oublie, or, à Nice…
N.S : Ca fait… depuis l’époque de Pierre Médecin [directeur de l’Opéra de Nice de 1982 à 1993]. J’ai rencontré tous les metteurs en scène, tous les directeurs de l’Opéra de Nice qui lui ont succédés, Del Monaco, Marc Adam… pour leur proposer mes services, jamais personne n’a donné suite. J’ai éssayé à Monaco, personne ne m’écoute, là-bas. Je travaille déjà au théâtre de Nice, c’est déjà pas mal.

Numa  sadoul.  Ondine
Numa sadoul. Ondine

Au cas où quelqu’un de l’opéra de Nice lirait cet article, j’aimerais lui faire connaître ce que pense Serge Alexandre, de la revue PerformArts, à propos de Mme Butterfly (1 ) : « On est loin ici du Japon de carte postale coutumier de certaines productions. Raffinement, poésie, beauté incandescente et passion : tels sont les mots clés de ce spectacle totalement maîtrisé… Butterfly sous la direction de Nouma Sadoul n’est pas simplement une jolie poupée enfantine, elle devient une tragédienne née qui doit à sa formation de Geisha d’être en représentation perpétuelle de l’homme qu’elle désire séduire. » .Bien . Revenons à Numa Sadoul enseignant de théâtre et la troupe qu’il a fondée, « Les enfants terribles ».
N.S : C’est ce dont je suis le plus fier depuis toujours. Cela va bientôt faire quinze ans que je me les « coltine ». [La compagnie « Les enfants terribles »] Bien sûr, ils ont grandis, mais ils ont été remplacés. Quad ils sont un peu trop grands, on les court-circuite et ont les jette. Je suis arrivé à faire avec des ados et des enfants le même travail qu’avec des adultes, en allant même peut-être un peu plus loin, parce qu’ils ont moins d’inhibition. Certes, ils ont moins de technique, mais ils sont plus entreprenants, plus audacieux. Actuellement, nous tournons avec « Ondine »², de Jean Giraudoux. Nous tournerons 2 ans avec cette pièce. C’est le spectacle dont je suis le plus fier. C’est ma plus grande fierté de metteur en scène depuis « Les bonnes ».
Tu vas tous les deux ans en Avignon avec ces « Enfants terribles », et j’ai l’impression que c’est une continuation de ta démarche pédagogique.
N.S : Nous y faisons 10, 11, représentations. Au-delà, c’est fatiguant, ce sont des jeunes. Ils tractent tous les jours, jouent le soir. Nous y retournons en 2015.Quand nous n’y allons pas, j’y vais en spectateur, pour le plaisir : Avignon est une drogue dont on ne peut se passer. Tu parles de continuation pédagogique, en fait toute la tournée que l’on fait est partie prenante de cette continuation – là. Et particulièrement en Avignon, car jouer là-bas, ce n’est pas comme aller jouer à St Paul de Vence ou à Paris. On s’installe, on mange ensemble, c’est une vie de troupe, on tracte deux fois par jour, on rencontre d’autres comédiens, on va voir des spectacles… et tout ça s’est hautement dans ma démarche pédagogique.

Tintin et  Moi. Entretien  avec Hergé
Tintin et Moi. Entretien avec Hergé

Avez-vous un « point de chute » récurrent ?
N.S : Depuis dix ans, c’est le « Collège de la Salle ». Ils nous ont accueillis sans nous connaitre en 2006, ils nous ont ouverts les portes et on s’en trouve fort bien. Ils ne nous demandent même plus ce que nous faisons, je dis on vient tel jour, telle heure, et ils nous réservent le créneau. Nous avons développé un véritable partenariat. Nous sommes maintenant dans la salle du Lycée, qui fait 100 places, et un jour on ira dans la salle de 200 places. C’est le plus gros ensemble théâtral d’Avignon. Il y a 4 théâtres et 50 salles de classe qui sont transformées. Il est même question qu’ils finissent par produire leur festival.
La trace, le chemin de Numa Sadoul me fait penser à la phrase du regretté critique d’art Jacques Lepage : «  de l’homme de Cro-Magnon, à Matisse, c’est le même trait ».

Jacques Barbarin.

(Prochain  Portrait  Théâtre  : Gaële Bogossian   Comédienne, Metteur  en scène.)

1 -Opéra de Puccini, 1904 Un jeune officier américain de passage, B. F. Pinkerton épouse une geisha de quinze ans, Chio-Chio-San (ce qui signifie en japonais « Madame Papillon »). Simple divertissement exotique pour lui, le mariage est pris très au sérieux par la jeune Japonaise. Après la cérémonie et après lui avoir fait un enfant, Pinkerton repart. Espérant son retour, elle lui reste fidèle et refuse de nombreuses propositions de mariage. Trois ans plus tard, Pinkerton revient au Japon avec sa nouvelle épouse américaine. Quand Chio-Chio comprend la situation, elle leur abandonne son enfant et se donne la mort en se poignardant.

2- Ondine, créée en 1939 : C’est le conte Undinre(1811) qui inspira Ondine à Jean Giraudoux. Le thème de la nixe (génie ou nymphe des eaux dans la mythologie germanique) qui cherche à s’incarner dans l’humain est typique du conte merveilleux. L’héroïne de Giraudoux y perd par amour ses attributs surnaturels. Le dramaturge a trouvé là une occasion de représenter les rapports impossibles de l’homme et de la femme, dans une féerie théâtrale où la fantaisie se mêle à la rigueur de la tragédie classique.
Illustrations :
Numa Sadoul
Madame Butterfly
Affiche Ondine
Couverture Entretiens avec Hergé

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Un commentaire

  1. […] *https://ciaovivalaculture.com/2014/11/08/theatre-et-je-dirais-meme-plus-numa-sadoul-entretien **https://ciaovivalaculture.com/2014/02/20/livre-cabu-charb-sine-luz-wolinski-passent-a-table/ ***http://www.lafauteadiderot.net/Mise-en-scene-et-opera-La-flute **** opéra de Catalani dont un aria a servi dans la bande son du film « Diva », de Jean-Jacques Beineix ***** « ma vie est un roman qui m’intéresse beaucoup » ****** « Casta diva », air célèbre de « La Norma » opéra de Bellini […]

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