Théâtre / Stéphane Eichenholc, le geste et la parole

Stéphane Eichenholc
Stéphane Eichenholc

Cela fait une vingtaine d’années qu’il exerce le théâtre ici, vous imaginez donc qu’il n’en n’ait pas à ses premiers spectacles. Il est éclectique dans ses choix, n’hésite pas à marier le rire et le drame dans la même pièce, et surtout, cela est dû à sa formation, insiste sur la rigueur de la gestuelle, pour le plus grands bonheur de ceux qui « dégustent » ses œuvres.

Il, c’est Stéphane Eichenolc, maître à bord de la Compagnie Arkadia, qu’il a fondée il y a dix-sept ans. La première question allait donc de soi.
Stéphane Eichenolc :
Arkadia, c’est la cité grecque, c’était la cité des poètes, c’est aussi un prénom russe féminin : la Russie, la Grèce, la poésie, je trouvais ça intéressant, surtout avec le K de Kafka.

 

Tu es surtout axé sur le théâtre contemporain.
S.E. : Oui. J’a très rarement monté des classiques, ainsi, à brûle-pourpoint, je ne pourrai pas te donner le titre d’une pièce classique que j’ai mise en scène. J’ai  monté des auteurs comme Duringer, Bennet, Horowitz, Dario Fo, José Sanchis Sinisterrra, Ribes,  Matéi Visniec…. Je suis un touche – à – tout, même si j’ai commencé par le travail corporel avec Dario Fo, ou le mimodrame, puisque j’ai fait une école de mimodrame 1. J’ai toujours voulu explorer des formes, et c’est vrai que le théâtre contemporain me sied bien.

Petit boulot pour vieux clown,  de Matéi Visniec
Petit boulot pour vieux clown, de Matéi Visniec

Actuellement tu montes une pièce pour jeune public, « La sorcière du placard au balais »,  adapté d’un « Conte de la rue Broca » de Pierre Gripari.
S.E : J’ai découvert très tard le spectacle pour jeune public. Je l’avais découvert dans un premier temps en amenant ma fille voir donc du théâtre jeune public. J’avais un à-priori en me disant que le travail de comédien pour ce type de théâtre devait être un travail moins abouti, moins exigeant au niveau de l’interprétation… Je me suis rendu compte qu’on ne pouvait pas tricher avec les enfants ; et j’ai eu l’occasion, il y a cinq ans, avec « Le navire marchant dessus  la terre », une création en alexandrins de Claude Boué, de me mettre au jeune public. J’ai eu la chance de travailler sur un autre « jeune public », « La fée aux gros yeux », puis un troisième. J’en ai monté un il y a deux ans, « Bienvenue chez les Cro-Magnon », où j’ai renoué ave mon travail sans paroles. C’était un travail sur la découverte du langage, spectacle que j’ai mis en scène avec Eric Guyauneau. C’est un spectacle qui tourne toujours.

Affiche de « La sorcière du placard à balais »
Affiche de « La sorcière du placard à balais »

Et cette « sorcière du placard au balais » ?
S.E : Là, pour la première fois j’avais envie de m’attaquer à un grand  classique du théâtre. « La sorcière du placard au balais » est étudiée dans les écoles. Ce qui me fascine aussi, c’est la scénographie. Avant de faire du théâtre, j’étais illustrateur, j’ai toujours eu un rapport à l’image ; même si cela ne ce voit  pas trop dans mes mises en scène : j’ai voulu beaucoup d’épure par manque de moyen, et puis aussi parce que je voulais mettre en avant les acteurs et la lumières. Mais là on a un travail ou l’on a besoin d’une scénographie, de décors, et cela m’a amusé de renouer avec quelque chose que je savais faire ?

Il y a des comédiens « récurrents », dans ton travail, comme Ralph Schütz, ou Eric Guyonneau.
S.E : Je rajouterai un troisième acteur, qui n’est pas professionnel par la formation, et qui a un niveau remarquable : Jean Louis Stora, avec qui j’ai beaucoup travaillé. Et ce qui rejoint ces comédiens, c’est la générosité, j’aime à travailler avec des comédiens qui se donnent complètement, qui font pas semblants, qui sont généreux, qui cherchent… J’aime les acteurs, j’aime le travail de plateau.
Tu as fait plusieurs fois Avignon-off, et tu as un regard assez « critique ».
S.E : J’ai connu le off en 1995, j’avais la chance d’être coproduit, je l’ai refait avec ma compagnie avec « Mistério Buffo »²,  de Dario Fo,  également en coproduction. J’ai trouvé qu’il y avait une surenchère de spectacles. La première fois ou j’ai joué, il y avait 600 spectacles, et l’on criait déjà au scandale parce que cela devenait n’importe quoi, actuellement on dépasse largement les 1000… Il n’y a plus aucune visibilité, c’est vraiment le miroir aux alouettes ; et ça fait vivre surtout, les loueurs de salles, les « Thénardier » comme je les appelle, ceux qui louent les appartements et les restaurateurs. Après, les comédiens ne se payent pas, sauf quelques belles structures qui on les moyens de faire ça dans les normes et dans les règles. Sinon, c’est vraiment très difficile. Après reste le coté festif, reste les rencontres, reste le hasard, qui est toujours jouissif, qui est toujours excitant. Cela peut rester une belle aventure de ce coté-là mais il ne faut pas être naïf.

Ay Carmela
Ay Carmela de José Sanchis Sinisterra

Bon. Revenons au « jeune public ».
S.E : Je vais continuer dans cette voie là parce que ça m’offre un espace de liberté. J’ai toujours, dès mes premiers spectacles, créé des petites formes, écrit des chansons. Je me suis aussi toujours exprimé par l’écriture et, petit à petit, c’est quelque chose qui prend un certain ascendant dans mon travail, et là j’ai un projet qui est, en quelque sorte, du théâtre laboratoire.
Dis-m’en plus, Stéphane…
S.E : J’ai regroupé tous mes anciens élèves et je leur ai proposé une expérience : créer tous ensemble un spectacle d’improvisation et de création. Cela aura lieu les 2 et 3 juillet prochain au Théâtre de la Tour. Je vais l’écrire an collaboration avec mes élèves, un aller – retour entre improvisation et écriture. Cela va s’appeler « Bravo l’artiste », et ça traite du théâtre. On va s’amuser beaucoup, on va dénoncer certaines choses. C’est la rencontre entre celui  dont on ne parle jamais, le public, et les comédiens. C’est une séquence de petites scènes, de petits tableaux : un public a assisté à un spectacle – on ne sait pas lequel – ils en dissertent ; arrivent les comédiens, ils en discutent. Où était-ce, au festival d’Avignon, dans une grande salle,  ont-ils vu un one-man-show, un classique,  du théâtre pour enfants,  du théâtre contemporain, on ne sait pas. Mais à chaque fois est traité de manière différente une rencontre entre un public et un comédien. Mais cela peut-être un costumier, un metteur en scène, un compositeur. Donc, on va beaucoup s’amuser, et je parle un petit peu de mon vécu.

A écouter Stéphane, vient à l’esprit qu’il a le théâtre chevillé au corps. Et s’il parle beaucoup de « s’amuser » ce qui n’empêche le travail -je dirais même que c’est une condition sine qua non- le travail du comédien ne s’appelle t-il pas un jeu ? Peut-être un jeu avec le je.Vivement juillet prochain.  En attendant,  « La sorcière du placard au balais », c’est le  mercredi 17 décembre à 15h au « Pôle culturel Auguste Escoffier », 269 allée du professeur Cassin, Villeneuve-Loubet, 06170, réservation 04 22 13  60 70.

Prochain portrait théâtre, le comédien – metteur en scène de théâtre-metteur en scène d’opéra et pédagogue  Numa Sadoul.

Jacques Barbarin

http://www.compagniearkadia.com/
1 œuvre scénique dans laquelle les acteurs ne parlent pas, mais miment leur rôle.
² Mistero buffo, est un spectacle de théâtre de Dario Fo, joué pour la première fois en 1969, en Italie. Le spectacle se présente comme une « jonglerie populaire ». Ce « mystère » est inspiré de textes italiens du Moyen Âge.

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