Cinéma / CHEMIN DE CROIX de Dietrich Brüggemann.

CHEMIN DE CROIX de Dietrich Brüggemann.

C’est le chemin de croix d’une jeune adolescente de quatorze ans d’une famille catholique Fondamentaliste élevée à la dure dans la religion par une mère qui veille, et qui va vivre le calvaire d’un enfermement psychologique , au point de vouloir sacrifier sa vie . Un choix radical de mise en scène , un film fort . Ours d’argent du Meilleur scénario au Festival de Berlin 2014.

l'Affiche du  film.
l’Affiche du film.

C’est le quatrième film du cinéaste Allemand, mais le premier sorti en France sans doute grâce à la distinction obtenue au Festival de Berlin . Et, on vous le dit aussitôt  il  faut  aller le découvrir sur grand écran, car, sur un thème  grave et assez austère il fait partie de ces films qui n’hésitent pas à interpeller sur le sujet abordé ( l’intégrisme religieux) , en même temps qu’ils proposent une écriture cinématographique et un point de vue passionnant . On le rattachera aux films récents ayant abordé le même sujet avec une certaine parenté d’écriture et d’exigence et  venu d’un pays voisin , l’Autriche, et de deux cinéastes majeurs Michaël Haneke et Ulrich Seidl. Dans le second volet de sa trilogie Paradis intitulé Paradis, Foi ( 2012 ) , Ulrich Seidl faisait le portrait d’une quadragénaire qui passait sa vie à répandre la bonne parole dans les foyers et qui avait transformé sa maison en chapelle et se flagellait régulièrement et voyait sa vie transformée par le retour d’une longue convalescence de son mari Musulman. Dans Le Ruban Blanc ( Palme d’Or, Cannes 2009) Michaël Haneke , évoquait dans l’Allemagne du Nord à la veille de la Première guerre mondiale la communauté d’une petite bourgade ancrée dans la tradition Luthérienne, ébranlée par des accidents étranges…et un pasteur de village qui éduque ses enfants en leurs infligeant sévices corporels et moraux ,et, qui sermonne également lors des offices les habitants du village. Ici, c’est la petite Maria ( Léa Van Acken , remarquable dans  son premier rôle au cinéma  ) se retrouvant soumise au poids d’une éducation qui va la détruire .

Maria  ( Léa Van Acken ) et le prêtre  (Florian Stetter )
Maria ( Léa Van Acken ) et le prêtre (Florian Stetter )

Et ce poids se traduit de la part du cinéaste par le choix volontaire d’une référence à la bible et aau parcours de la crucifixion du Christ dont les quatorze étapes qui l’illustrent se retrouvent  au cœur du parcours de Maria , traduit par une construction en 14 chapitres dont le choix de mise en scène est traduit par des plans fixes au cœur desquels  seulement interviennent quatre mouvements de caméra                   ( panoramiques , travelling latéral ) en forme de ruptures, reflétant les moments charnières et symboliques au cœur de cet enfermement psychologiques dans lequel la jeune fille se retrouve . Des  plans qui  traduisent  sa lente agonie spirituelle . Une agonie dont les étapes citées illustrent l’irrémédiable chemin de croix qu’ elle finit par s’infliger, pliant sous le poids des influences dans une société Allemande moderne où la séparation de l’église et de l’état n’existe pas , et où  dès, lors celui de l’éducation religieuse parentale confortée par celle de l’église , pèse de tout son poids sur les enfants qui y sont soumis . Les premières séquences du film en sont l’illustration. Dans la première un plan fixe on y voit le jeune père Welber ( Florian Stetter ) trôner au centre de la table ( la cène ) entouré de ses éléves à qui il délivre la bonne parole de l’évangile , comme Jésus le faisait à ses disciples. Les effets de l’enseignement de ce dernier conjugué à celui de la mère (Franziska Weisz) rigoriste nous vaut une autre scène ( en voiture ) où Maria se fait littéralement démolir par sa mère à  qui elle a osé demander si elle pouvait se rendre à l’invitation d’une copine de classe  et  participer à une chorale où chants réligieux et musique profane cohabitent . Pas question selon la mère de se « fourvoyer » avec des fréquentations qui l’invitent à la tentation des « rythme et chants sataniques ! » . La leçon de la mère sera encore plus dure lors de la scène du repas familial où la pauvre Maria – sortie de la confession qui doit la préparer à la cérémonie de la cérémonie de  la  confirmation  – décide de ne plus mentir et confie que l’invitation à la chorale en question … lui a été faite par son camarde de classe Christian ( Moritz Knapp) . Fureur de la mère qui la voit déjà tentée par le démon du sexe en marche !.

La  famille réunie: Francisca Weisz ( la mère ) , Klaus  Michaël Kamp ( le père , Lucie Aron( la gouvernante) , Maria ( Lea Van Acken )  et  les  autres  enfants
La famille réunie: Franziska Weisz ( la mère  ) , Klaus Michaël Kamp ( le père , Lucie Aron( la gouvernante) , Maria ( Lea Van Acken ) et les autres enfants

On vous laissera découvrir les autres « étapes » de la chape de plomb qui enferme Maria . Elle est d’autant plus flagrante que , par effet miroir et au cœur des séquences,  l’auteur laisse percevoir sur le chemin de la jeune fille les possibilités d ‘ouverture vers une autre vie qui pourrait s’offrir à elle . Le rôle du copain de classe Christian , en est une;  de la même manière que le sont la plupart des autres enfants du collège mixte et multi-confessionnel dans lequel elle suit les cours . La possibilité de résilience qui s’offre à elle est également du côté des pratiquants non intégristes de la paroisse qui vivent leur foi et leur croyance en toute simplicité  et  tolérance envers  autrui  . Elle est aussi dans la main tendue de Bernadette ( Lucie Aron) la jeune fille au pair Française de la famille qui s’ocupe de son petit frère muet , et qui comprend rapidement l’état suicidaire dans lequel Maria est en train de sombrer . Car Maria , sous influence désormais des préceptes catholiques , semble vouloir les subir comme une épreuve qui lui permettrait , en se sacrifiant , de trouver remède à sa vie imparfaite de pêcheresse térrestre entretenue par les reproches familiaux continuels . Maria se retranche dans le mutisme et se laisse dé périr physiquement , refusant même les soins hospitaliers . Ce qui lui importe désormais, c’est que Dieu lui accorde en échange du sacrifice de sa vie …la parole à son petit frère muet !.

Maria ( Le va Acen )  et son   copain Christian (    Moritz  Knapp)
Maria ( Le va Acen ) et son copain Christian ( Moritz Knapp)

La force du film au delà de la mise en scène qui nous entraîne dans le « chemin de croix » de Maria , est de nous en montrer au delà des bouées de sauvetage qui lui sont proposées , de  nous donner à voir et à comprendre par un subtil jeu de miroirs qui renvoie a celui miracle  espéré , le visage de la normalité . Celui qui se distille au cœur des séquences qui font suite au sacrifice de Maria par une sorte réflexion très sombre dont l’écho de la dérision qui  habille par exemple ,  la scène du choix du cercueil  dans laquelle les parents de Maria se ridiculisent avec des notes de consolation « c’est une sainte ! » qui donnent le sentiment d’assister à une tragi-comédie dont ils sont les protagonistes,  et  d’un drame  dont ils sont responsables. Une responsabilité qu’ils cherchent à fuir en s’enfermant encore un peu plus dans le cercle infernal du lot de consolation ( la sanctification ) que la religion leur laisse espérer. Dietrich Bruggemann leur apporte la contradiction,encore, dans un plan final magistral, celui du cimetière, où, le plan fixe ou l’on voit Christian venu se recueillir sur la tombe de Maria, est rompu par un superbe mouvement de caméra sur grue qui s’élève au- dessus du cimetière pour faire , ensuite , un panoramique sur la nature environnante, puis  aller  vers le ciel … pour y  chercher ( scruter )  les indices du miracle et  la présence Divine. On y voit seulement le bleu du ciel et quelques nuages, le silence s’installe …fondu au noir . La lumière de la salle qui se rallume, laisse le spectateur pantois sur  le spectacle d’une agonie  en forme de  crime  qui ne dit  pas  con nom . C’est très fort …

CHEMIN DE CROIX de Dietrich Brüggemann – 2014-
Avec : Léa Van Acken , Franziska Weisz, Florian Stetter, Lucia Aron, Moritz Knapp,
Klaus Michaël Kamp, Birge Schade , Ramin Yarzdani….

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