Art / D.I.M # 11

Ophélie Brunet
Ophélie Brunet

Une nouvelle fois, l’artiste niçois peintre et performer Alain de Fombelle nous transporte dans son univers, cette fois ci sa tablette graphique imprime sur grand écran des traits et des couleurs, face à lui une danseuse et deux musiciens.

Alain de Fombelle
Alain de Fombelle

Qu’il n’y ait pas de malentendu, chaque performance de l’artiste est entièrement improvisée, de même pour ceux qui participent au projet. Dans la galerie Depardieu, une référence culturelle pour la ville de Nice, Christophe Meulien guitariste et Antoine Ulmann saxophoniste sont aux taquets comme l’est la danseuse Ophélie Brunet.

Christophe Meulien et Antoine Ulmann
Christophe Meulien et Antoine Ulmann

La performance démarre lentement pour arriver au crescendo, tous les acteurs se donnent, on sent monter l’adrénaline…mais revisitons en quelques lignes le parcours d’Alain de Fombelle, je l’avais rencontré il y a quelques années quand il peignait dans sa galerie du Vieux Nice des Marmouilles et des Pointus. Ne cherchez pas ces drôles d’animaux sur Internet, ce sont les fruits de l’imagination de ce prof de math qui, entre deux cours, peint, écrit et compose. L’arrivée du numérique a comblé d’aise cette tête pensante du son et de l’image, tout est possible à dose infinie, discordances et distorsions sont au menu, son crayon magique glisse sur sa palette d’ordinateur plus vite qu’un pinceau sur une toile, les couleurs affluent coupant les lignes, les ronds, les carrés ou toutes formes biscornues. Il faut se laisser surprendre par exemple lors de l’un de ces concerts qu’il réalise où il déclame ses textes dans Double Quartet Expérience « …Qu’est ce que c’est cette société qui détruit ses mythes sans savoir leurs prix ni leurs valeurs…encore moins ce qu’ils ont coûté à l’espèce pour être forgés… » ou encore en 2009 dans Pour les Beaux Feux de la Belle, un titre romantique pour un artiste qui cache son jeu « …Quelle vanité de croire que l’on sert à quelque chose…tout est tellement vain…la vie est tellement dérisoire… » Vous l’aurez compris, cet homme est dangereux, il veut nous sortir de notre chemin si tranquille et, si en plus, sur son texte est distillée une musique peu commune, sortie d’un Didgeridoo, un instrument aborigène d’Australie…mais ce n’est pas tout, il y a eu «  L’Ouïe l’a vue » avec un sous titre dû au travail de son auteur « Ecoute ton œil et vois tes sons »…Vous l’aurez compris, l’homme ne laisse jamais son cerveau au repos, dans D.I.M # 11 (je vous laisse trouver la signification de ce titre) avec cette œuvre, la performance est nouvelle avec la présence d’une danseuse et n’en déplaise à Monsieur de Fombelle, on se sent moins dans l’abstraction, dans l’irréel que dans les précédentes performances, car après quelques minutes, il y a osmose entre les participants

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On a l’impression qu’Ophélie enlace ces dessins géants qui sont projetés sur la toile et que le peintre se laisse charmer par les gestes de la danseuse comme s’il l’a déshabillée en changeant sa robe blanche en costume multicolore en l’enveloppant de couleurs, ou en la faisant passer par une porte, sa palette s’enflamme, la performance se réalise « …ça ne peut être qu’une performance en temps réel, ça ne peut pas être autrement, on pourrait imaginer de composer les images et de faire quelque chose de construit, enregistré à l’avance mais je pense que l’intuitivité ne serait pas pareille, c’est la première fois avec une danseuse…J’ai vu qu’elle réagissait aux images donc moi-même, j’ai réagi à ses mouvements, il y a une espèce de jeu entre des mouvements et les images qui se créaient, donc c’était très bien parce que c’est la même chose que l’on a l’habitude de faire avec la musique et je ne savais pas si ça pouvait se faire avec une danseuse…

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vous semblez me dire qu’il y a des passage plus figuratifs, je l’admets mais, le figuratif pour moi a l’inconvénient de déjà donner une référence or, je ne veux pas donner de références. Il arrive dans ce que je fais qu’il y ait des choses qui soient vaguement figuratives mais ce n’est pas mon objectif…j’ai essayé de me concentrer sur mon mouvement par où commençait la danse, d’abord je me suis connecté à l’espace, aux gens, à mon propre corps, puis à la musique et après j’ai intégré l’information des images, et puis, petit à petit j’ai essayé de me connecter aux images soit en les regardant, soit en essayant de m’intégrer dans ce décor, décor qui était mouvant, comme si j’intégrais les motifs des couleurs, des formes sur l’écran, dans ma propre gestuelle, parfois j’ai essayé de disparaître, je me suis dit comme je suis en blanc, je vais essayer de vraiment disparaître…A chaque fois que je fais une improvisation que ce soit avec des musiciens, vidéastes, danseurs, je suis comme une éponge, j’absorbe tout ce qu’il y a dans mon environnement sonore, pictural, environnement humain, c’est selon où sont les gens, les spectateurs, je vais réagir différemment sans préméditation, mais pour moi, j’ai l’impression d’être mené par le bout du nez, il y a une sorte de perte de repère spatio-temporel… » Côté musique, le fidèle compagnon d’Alain, lors de ses performances, le guitariste Christophe Malien qui rentre un peu plus, à chaque fois, dans l’univers du plasticien. Un exemple, il prend sa guitare non pas pour jouer mais pour la frotter un long moment sur le parquet de la scène, il nous explique « …s’il fait des images nouvelles, je dois essayer aussi des sons nouveaux. Oui il y a un changement dans les image parce qu’il ne fait plus les mêmes qu’avant, il y a des changements dans la musique, on a d’autres expériences, on évolue, on change et puis, il y a une danseuse et çà, ça change tout, il y a l’image, le mouvement de la danse donc, on n’est pas dans un art total, il y a création d’images, de dessins, de danse, de musique, on essaie tous de réagir ensemble, alors qu’il n’y a pas de lien immédiat et logique comme les liens qu’il peut y avoir avec les notes de musique, les accords,etc.…donc, c’est vraiment quelque chose de très particulier…il y a la difficulté, de temps en temps, il faut regarder son instrument, pour la guitare les doigtés, on finit par perdre ses repaires donc c’est forcément imparfait comme la vie un peu… » Une performance qui a impressionné les spectateurs à tel point que, l’un d’eux a demandé à Alain de Fombelle s’il était possible de faire un projet avec plusieurs danseurs « …il faudrait que j’essaye, je ne sais pas si je suis capable de générer des images, de suivre la musique et de suivre plusieurs danseurs…je ne sais pas, de toute façon, il y a dans ce que je fais une impossibilité de tout expliquer, c’est tout à fait intuitif… »

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En attendant une autre création, le maître est toujours friand de quelques réflexions sur la société comme « …Oyez, Oyez citoyens, ce qu’on vous demande, c’est d’être travailleur, neutre, gris, silencieux… » Des propos plus que jamais d’actualité. Les prochaines performances auront lieu le 18 novembre pour « les Voix du Shaman » et le 9 décembre « Défigurations », toujours à la galerie Depardieu qui proposera aussi des concerts de jazz, notamment le 31 octobre avec le trio du saxophoniste Jean Marc Baccarini et toujours des expositions avec celle de John Douglas et une conférence le 19 novembre de Jean Marc Levy-Leblond.

Jean Pierre Lamouroux

– Christophe Meulien : guitare, piano et techniques instrumentales alternatives

-Antoine Ulmann : saxophone alto, danseur, membre du groupe improurge, Trou et Zumba

– Ophélie Brunet : artiste pluridisciplinaire, elle fait de l’acrobatie au sol, elle est clown et mime corporel et ensigne la danse auprès de personnes porteuses de handicaps mentaux

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